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Saint-Julien-en-Vercors : hommage

Notre rédacteur Claude Veyret en parle pas ou peu.  Il l’a enfin transmis à ses enfants, Amélie, Violaine, Angèle, Colline et Julien pour la première fois il y a un an, en  aout 2022.  La ferme de ses grands-parents maternels, Joseph et Thérèse Peyronnet,  a été brûlée le 18 mars 1944. Les résistants  présents assassinés, des voisins assassinés. Sa grand tante Thérèse Faresse est morte le 22 juillet  1944 sous les bombardements allemands au cœur du village de Saint Julien. La commune de Saint Julien en Vercors à rendu un hommage à ce temps tragique en mars 2014. Et compte le renouveler en mars 2024. On comprendra qu’il voue une mémoire fidèle aux héros de son enfance et aux valeurs de la résistance. Mais plus que cela, on comprend son goût immodéré à la liberté, l’égalité et la fraternité. Mais aussi à la paix, aux droits des hommes et de femmes, et la justesse des causes à défendre. Militant infatigable des luttes ( Larzac, Malville, G8, luttes foncières, accueil des réfugiés,  etc..), il demeure depuis 1970 engagé contre tous les autoritarismes, toutes les hiérarchies,  les diktats, les extrémismes. Militant libertaire ( il s’engage pour la 1re fois en 1970 pour la libération de Petro Valpreda. En janvier 1972, Valpreda est libéré ).  Antifasciste, antimilitariste, antistalinien, anticapitaliste, antiautoritaire,  il militera 55 ans pour la paix, l’autodétermination des peuples, l’autogestion ouvrière et paysanne, l’écologie et la souveraineté dans tous les domaines. L’égalité des hommes, des femmes et des non-humains.
Paul Breynat, La Chapelle en Vercors, 2023
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Stèle commémorant la destruction du PC de la Résistance à la Matrassière, commune de Saint-Julien-en-Vercors.

Contexte historique

Le 18 mars 1944, vers 6 heures, à Saint-Julien-en-Vercors, une vingtaine de camions chargés de soldats allemands un autocanon et une automitrailleuse cernent le village et se dirigent vers la ferme Peyronnet ( Joseph et Thérèse Peyronnet et sa sœur Eva sont paysans à Saint Julien en Vercors) de la Matrassière et au Château Guillon.

Les Allemands détruisent le PC de l’état-major de l’AS de Lyon replié sur Saint-Julien-en-Vercors. Descour (« Bayard »), absent, échappe à l’attaque. Le lieutenant Guigou prend immédiatement ses dispositions pour que deux hommes emportent tout le courrier confidentiel et les papiers secrets de l’état-major. Pour assurer leur repli, armé d’un fusil-mitrailleur, Guigou et trois hommes se portent au devant des Allemands et ouvrent le feu. Ils sont tous les quatre tués. Léon Borel, fermier à Saint-Julien-en-Vercors, au hameau des Domarières, est fusillé devant sa famille (Son fils Henri et sa femme ) par les Allemands parce qu’ un réfractaire essayant de s’échapper s’était caché dans son fenil. Le réfractaire meurt brûlé dans la ferme Borel  plutôt que de se révéler. Alors que les Allemands s’apprêtent à fusiller sa femme, madame Julien Callet s’interpose et lance à l’officier ennemi : « Vous avez déjà tué son mari. Vous allez laisser cette femme tranquille ». Le bilan est lourd. Six résistants, entre 20 et 40 ans, sont tués ainsi que deux hommes et une femme du pays. Neuf fermes sont incendiées. Quatre otages dont trois Lorrains sont emmenés (Sources peu sûre, NDLR). Les Allemands reviennent le 23 mars pour récupérer les vaches des fermes pillées et incendiées. La facilité avec laquelle les Allemands découvrent et attaquent le PC de la Matrassière laisse supposer qu’ils sont bien renseignés.

Le récit ( contesté ? NDLR) de Pierre Lassalle confirme cette hypothèse. Lassalle entend des bruits de détonations et de moteurs dans la matinée. Il se dissimule dans un bois. Dans l’après-midi, le silence revient. Il se dirige vers Saint-Martin-en-Vercors. En chemin il rencontre le lieutenant Pérol (« Jacques ») qui lui raconte que les Allemands sont arrivés par Saint-Julien-en-Vercors. « Le dispositif de sécurité pour alerter n’a pas fonctionné. Ils étaient bien renseignés et sont arrivés à la Matrassière où ils ont tué le lieutenant Guigou, incendié des maisons, tué le père Borel devant les siens dans la cour de sa ferme. Un maquisard, caché dans une grange, a été carbonisé. Une vieille femme grabataire est morte dans sa maison qui a brûlé. Le détachement allemand, environ 150 hommes de la Wehrmacht, a emprunté la route de la vallée de la Bourne. Il a été arrêté au pont de la Goule Noire par le feu d’un groupe de maquisards aux ordres du capitaine Dubois. Les défenseurs, trop peu nombreux, ont été manœuvrés par une troupe agressive et bien entraînée. Le capitaine et plusieurs de ses hommes ont été tués. Un peu plus loin, le conducteur d’un car assurant la liaison avec Grenoble a mis son véhicule en travers de la route dans un passage resserré afin de retarder le convoi. Il a été rudement houspillé, les Allemands refusant de croire à une erreur de manœuvre due à l’émotion. Malgré ces deux tentatives d’interception, l’arrivée des véhicules ennemis, qui ont ensuite traversé Saint-Julien-en-Vercors, a été une surprise totale pour ceux de la Matrassière. Les voyageurs parlent aussi de plusieurs victimes, de militaires abattus les armes à la main, de civils froidement exécutés. Tous se posent des questions concernant la précision de l’attaque ».

Cette attaque du 18 mars représente une date pivot dans la chronologie locale de la guerre. Les Allemands ont pénétré au cœur du Vercors considéré jusqu’alors comme impénétrable. Les résistants n’en tiendront guère compte. Malgré son importance, cette journée n’est pas commémorée, sauf cette première fois ce ce 18 mars 2014.

Mise en Forme  : Paul Breynat, La Chapelle en Vercors, Aout 2023.

 

1 Commentaire

  1. Medias Citoyens Diois

    Claude,
    J’ai au-moins deux témoins mettant hors de cause Henriette, mais par contre avançant le nom d’une autre personne, travaillant à la poste de Saint-Julien-en-Vercors en mars 44.
    Il s’agit d’une personne native de là-haut à priori malade et dormant chez ses parents la nuit du 17 au 18 mars 44.
    Mais, il s’agit sans doute d’un début de polémique stérile ayant pris cours à la Libération…
    J’imagine mal des militaires confier leur sécurité à une gamine de 20 ans.
    Ou alors l’adage qui dit « Que la guerre est une chose trop sérieuse pour être confiée à des militaires » s’avèrerait être une parfaite vérité.
    Je te confirme qu’une sentinelle se trouvait à Palat.
    Je ne suis pas certain du tout que la ligne téléphonique, au moins en provenance de l’Isère fonctionnait ce matin là. Je ne crois pas que les services nazis étaient aussi stupides…
    Par contre il y avait du matériel radio dans la ferme Peyronnet il me semble…
    Et enfin, les nazis avaient des espions dans le Vercors. Voir en novembre 43 la descente de la Gestapo à la Berthonnière par exemple. Un peu plus tard la Résistance flinguait un habitant du quartier après avoir constaté qu’il se rendait une fois par semaine à la Gestapo à Valence.
    Donc, je crois vraiment que le démenti s’impose : on ne peux pas accuser les morts, surtout quand ils sont innocents.
    Je me souviens d’ailleurs que ma mère se félicitait souvent de n’avoir donné aucun renseignement te concernant, lorsque gendarmes ou RG posaient des questions à la mairie.
    Je sais bien que l’ingratitude est la première faiblesse de l’homme…
    Toujours disponible pour discuter.
    Amicalement,

    Dominique Repellin

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