13 June 2019, Baden-Wuerttemberg, Stuttgart: A farmer sprays a field near Stuttgart-Plieningen with a field sprayer. Photo: Christoph Schmidt/dpa (Photo by Christoph Schmidt/picture alliance via Getty Images)
Le glyphosate pourrait être autorisé 10 ans de plus dans l’UE

ENVIRONNEMENT – La gauche vent-debout. La Commission européenne a proposé ce mercredi 20 septembre de renouveler pour dix ans l’autorisation du glyphosate dans l’UE, sous conditions, après le rapport d’un régulateur estimant que le niveau de risque ne justifiait pas d’interdire cet herbicide controversé.

La proposition de l’exécutif européen sera examinée vendredi par les représentants des 27 États membres, qui devront ensuite la valider à une majorité qualifiée lors d’un vote le 13 octobre.

L’autorisation actuelle du glyphosate dans l’UE, renouvelée en 2017 pour cinq ans, expirait le 15 décembre 2022, mais avait été prolongée d’un an dans l’attente d’une évaluation scientifique.

« Violation des droits humains à la vie et la santé »

La proposition de Bruxelles a fait bondir de nombreux élus de gauche. L’eurodéputée LFI Manon Aubry a dénoncé « une folie » et regrette le « silence » du président Emmanuel Macron. Une « aberration totale », fustige sa collègue écologiste Marie Toussaint. « Sa réapprobation et pour une telle durée constituerait une violation des droits humains à la vie et la santé, et des droits du vivant », ajoute-t-elle.

Même indignation pour l’eurodéputé Benoît Bitan : « Quel scandale ! Les études scientifiques (…) pointent la toxicité à long terme de cette substance. Et même avec ça, la Commission européenne persiste et signe. Kafkaïen ! » Et Pascal Canfin, président de la commission Environnement du Parlement européen, d’ajouter : « Cette proposition n’est pas acceptable. »

Des députés ont aussi réagi en nombre sur le même réseau social. « Sinistre farce, pour le grand bénéfice de l’agrobusiness. À vomir », critique Bastien Lachaud, tandis que Manuel Bompard estime que les « mensonges permanents sont insupportables ».

La Commission propose d’autoriser le glyphosate jusqu’au 15 décembre 2033, soit pour une durée deux fois plus longue que la précédente autorisation, mais en-deçà de la période de 15 ans initialement prévue. Le feu vert pourra cependant être révisé à tout moment si de nouvelles évaluations le justifiaient.

Autorisation sous conditions

Bruxelles établit quelques garde-fous : les conditions d’utilisation devront ainsi être assorties de « mesures d’atténuation des risques » concernant les alentours des zones pulvérisées, via des « bandes tampons » de cinq à dix mètres et des équipements réduisant drastiquement les « dérives de pulvérisation ».

Des niveaux-limites sont fixés pour certaines « impuretés » issues du glyphosate, et l’usage pour la dessiccation (épandage pour sécher une culture avant la récolte) est désormais interdit.

Le glyphosate, substance active de plusieurs herbicides – dont le célèbre Roundup de Monsanto, très largement utilisé dans le monde – avait été classé en 2015 comme « cancérogène probable » pour les humains par le Centre international de recherche sur le cancer de l’Organisation mondiale de la santé.

À l’inverse, l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a jugé l’an dernier que les preuves scientifiques disponibles ne permettaient pas de le classer comme cancérogène.

De son côté, l’EFSA avait simplement relevé en juillet « un risque élevé à long terme chez les mammifères » pour la moitié des usages proposés du glyphosate, mais reconnu que le manque de données empêchait toute analyse définitive.

Chaque État à la main

Pour en tenir compte, la Commission s’en remet largement aux États, chargés de délivrer les autorisations au niveau national et de fixer les conditions d’utilisation, pour « apporter une attention particulière » aux effets sur l’environnement.

La proposition de la Commission européenne intervient alors que les négociations entre États membres et au Parlement européen s’enlisent sur un ambitieux projet de législation imposant des objectifs contraignants de réduction des pesticides dans l’UE, dans le cadre du Pacte vert.

Si l’autorisation du glyphosate comme substance active est reconduite au niveau de l’UE, ce sera ensuite à chaque État d’autoriser les produits qui en contiennent, en encadrant leur usage « quand c’est justifié » selon les cultures, conditions climatiques et spécificités locales, précise un responsable européen.

« Dans des cas extrêmes, des États peuvent théoriquement interdire tous les produits contenant du glyphosate », mais doivent pour cela avoir de solides justifications « dans le cadre des conditions » mentionnées dans le texte, ajoute-t-il.

Le Luxembourg avait ainsi banni la commercialisation du glyphosate fin 2020 avant que la justice ne le contraigne en 2023 à lever cette interdiction.

Le HuffPost