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Féministes en toc : l’édito de Raphaël Enthoven

Qui dira la souffrance et l’embarras d’une fraction de nos « féministes intersectionnelles » face à la révolution iranienne ? Quand, sous le prétexte que les femmes ont le droit de s’habiller comme elles veulent, on défend le port du voile dans un pays comme la France (où, comme partout ailleurs, le port du voile est autorisé), quand on présente comme une conquête du féminisme le droit (jamais contesté) d’arborer un vêtement misogyne dans la rue, quand on raconte que des poupées sans visage sont l’occasion, pour les petites filles qui les reçoivent, d’imaginer un visage qui leur ressemble… La révolution iranienne, c’est un cauchemar. Quand, parce qu’on se cherche un damné à défendre, on en vient, en « féministe », à défendre le port d’un symbole spectaculairement sexiste, destiné à témoigner de l’infériorité d’un sexe sur l’autre, la révolution iranienne paraît un châtiment. Quand on s’abrite derrière le mot-valise « islamophobie » pour confondre racisme et laïcité, et jeter l’opprobre sur l’universalisme et sur l’égalité des sexes, la révolution iranienne sonne comme un démenti sanglant.

Certaines tentent de s’en sortir en mettant sur le même plan le droit (acquis) de porter le voile, et le droit (mortel) de le retirer. Comme si c’était le même combat. Comme si le sort des lycéennes en abaya ou des femmes en burqa était comparable à celui des femmes qui, en ce moment, sont emprisonnées et torturées parce qu’elles ont osé montrer leurs cheveux. Affirmer qu’il est aussi odieux de vouloir imposer le hijab de force, que de vouloir l’enlever de force, c’est dire que la laïcité est non seulement une contrainte, mais une contrainte comparable au régime de violence et d’écrasement auquel les Iraniennes sont soumises. Comparer l’islamiste aux yeux de qui la loi de Dieu passe avant les lois de la République, et la femme qui retire son voile avec le sentiment de faire tomber le mur de Berlin, comme si c’étaient deux  aspects d’une même lutte, c’est avoir les idées si larges qu’elles en deviennent très étroites.

Les femmes qui réclament de porter l’abaya à l’école ou de faire du sport en hijab défient la démocratie. Les femmes qui retirent leur voile en Iran défient la dictature et la théocratie. Ce n’est pas le même combat. Dans le premier cas, c’est pour la servitude qu’on lutte. Dans le second, c’est pour la liberté. Aucun pays n’interdit le port du voile dans l’espace public (et tant mieux). Mais il existe bien des endroits, à l’inverse, où le port du voile est obligatoire et son retrait passible de prison, de torture ou de mort. Défendre la liberté des femmes tout en défendant le port du voile, c’est comme lutter contre le réchauffement climatique en baissant les taxes sur les hydrocarbures. Comment ces féministes en toc peuvent-elles se sortir de ce casse-tête qui leur vaut d’être conspuées chaque fois qu’elles prennent la parole pour défendre les Iraniennes ?

La solution est toute trouvée : il suffit aux « féministes » en question de devenir féministes, ce qu’elles ne sont pas. On n’est pas féministe quand on est incapable d’écrire le mot « islamisme » ou d’écrire le mot « voile » (afin de ne pas vexer l’électorat qu’on drague), on n’est pas féministe quand on se donne la liberté de se vêtir pour alibi de la soumission au patriarcat musulman. On n’est pas féministe, mais on fait rire à ses dépens, c’est déjà ça.

Raphaël Enthoven
Raphaël Enthoven à suivre sur https://www.franc-tireur.fr/

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