Transition écologique : l’écueil du défaitisme et de la division
Le défi climatique se retrouve instrumentalisé au profit de batailles culturelles polarisant l’opinion, alors qu’il devrait nous inciter à tous œuvrer dans le même sens. Il est nécessaire de trouver un discours volontariste en évitant les injonctions péremptoires. Nous n’en prenons pas le chemin.
La transition écologique aborde une phase cruciale. Les alertes des scientifiques sur le changement climatique et les promesses de long terme des gouvernements et des entreprises pour réduire les émissions de gaz à effet de serre doivent désormais se traduire par des décisions concrètes, qui sont appelées à bousculer profondément nos habitudes, nos convictions et notre confort matériel.
Au fur et à mesure que les réglementations et restrictions entrent en vigueur et que les appels à la sobriété énergétique et consumériste se multiplient, la crispation des opinions publiques se fait de plus en plus palpable. Un populisme antiécologique tente de profiter de cette vague. Le prétendu catastrophisme du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) est raillé. Les efforts réclamés sont présentés comme démesurés au regard de leur faible impact sur le niveau total, mondial, de nos émissions de gaz à effet de serre. La souveraineté nationale, la liberté individuelle, la protection de nos « modes de vie » sont tour à tour appelées à la rescousse pour justifier de ralentir la mobilisation en faveur du climat.
Après une forme d’unanimisme sur les objectifs à atteindre, les premiers renoncements apparaissent. Sous pression, les gouvernements britannique, allemand ou suédois reviennent sur des décisions favorables à la transition écologique déjà actées. Au Parlement européen, les doutes grandissent sur la pertinence du Pacte vert. En France, la loi sur la lutte contre l’artificialisation des sols ou celle sur le rythme de l’isolation des passoires thermiques sont ouvertement contestées.
Cette période est un test décisif pour les gouvernements. Elle donnera la mesure de leur détermination à respecter leurs engagements climatiques tout en sachant créer l’adhésion la plus large possible sans laquelle la transition écologique échouera.
Pas de transition écologique douce
Les réticences et les blocages qui se font jour ne sont pas une surprise. De même qu’il n’y a pas eu de mondialisation heureuse, il n’y aura pas davantage de transition écologique douce et harmonieuse. Pour la mener à bien, il est nécessaire de trouver un discours équilibré : réaliste sans être anxiogène, volontariste en évitant les injonctions péremptoires. Nous n’en prenons pas le chemin. Le défi climatique se retrouve instrumentalisé au profit de batailles culturelles (à droite comme à gauche), nourrissant la polarisation de l’opinion, alors qu’il devrait nous inciter à tous œuvrer dans le même sens.
Tout l’enjeu ne consiste pas à ce que les gens acceptent la transition comme seul moyen d’éviter la catastrophe. C’est aussi de leur donner l’espoir d’un futur plus enviable que celui qui les attend, si trop peu est entrepris. Il s’agit de les convaincre que la bataille ne se mène pas contre eux, mais dans leur intérêt sur le plan collectif mais aussi individuel.
Ce récit d’une transition écologique désirable et juste reste à écrire. Seule certitude, il doit privilégier l’encouragement plutôt que la culpabilité permanente. Le 3 octobre, nous avons appris que la France a poursuivi un rythme de 4,3 % de recul de ses émissions de gaz à effet de serre au premier semestre, pas si éloigné des 5 % inscrits dans la planification écologique.
Même si ce chiffre reste insuffisant et s’explique en partie par des facteurs conjoncturels, il ne faut pas bouder ce type de petite victoire, mais au contraire en faire des leviers pour accélérer. Laisser penser que les objectifs sont hors d’atteinte ou qu’ils réclament trop d’efforts conduirait à entretenir un défaitisme qui ne demande qu’à prospérer.

