A69 : entre manifestation « joyeuse et populaire » d’un côté et « incendies et zad évacuée » de l’autre, l’impossible dialogue
Ce week-end, on ne retiendra sans doute de la mobilisation contre l’A69 que les dégradations dans les entreprises sous-traitantes du chantier et la Zad éphémère, évacuée brutalement par les forces de l’ordre. Mais derrière ces images chocs, il y avait aussi celles d’une manifestation qui s’est majoritairement déroulée dans le calme et la bonne humeur et d’un espace démocratique où scientifiques et riverains ont essayé d’échanger sur le changement climatique.

Ce week-end, la mobilisation « Ramdam sur le macadam » contre l’A69 entre Castres et Toulouse a rassemblé plusieurs milliers d’opposants à Saïx dans le Tarn. « Plus de 10 000 personnes », selon les organisateurs, 2 400 selon la préfecture. Une mobilisation majoritairement calme, « inventive et joyeuse » comme l’ont décrite certains participants. « De nombreux habitants, le monde paysan, les scientifiques, les naturalistes… se sont réunis pour une manifestation populaire et festive à Saïx », racontent aussi les organisateurs dans un communiqué.
Mais ce qu’en ont surtout retenu les médias, c’est la prise pour cible de deux entreprises sous-traitantes du chantier. La préfecture a ainsi comptabilisé « 2 500 individus radicaux et violents », « presque tous cagoulés, vêtus de noir, casqués ». Dans la cimenterie, « un algeco, trois véhicules toupies et un engin de travaux publics » ont été endommagés lors d’un incendie allumé par ces militants, qui ont « dégradé le bâtiment » de l’entreprise Bardou et « arraché ses clôtures, avant d’être repoussés par les forces de l’ordre », explique la préfecture. Au total, sept interpellations ont eu lieu, selon la même source.
« Un groupe est entré dans une cimenterie d’un prestataire de l’A69, Carayon, qui sera directement impliqué dans le chantier de l’A69. Ils sont entrés pour déployer une banderole géante sur le silo. Nous avons alors appris qu’un camion-toupie avait été incendié. Le préfet s’est empressé de sauter sur l’occasion pour tenter de criminaliser la lutte ! », ont réagi dans un communiqué les organisateurs de la mobilisation. « Les collectifs ne réclament que l’apaisement depuis des mois, la suspension du chantier indispensable pour entamer un dialogue constructif. Le préfet n’a eu de cesse de tendre la situation par des provocations », déplorent-ils.
« Plus de légumes, moins de bitume »
À plusieurs kilomètres de là, le gros des manifestants a défilé calmement samedi 21 octobre. Côte à côte, au détour des différents cortèges, marchaient des anciens mobilisés du plateau du Larzac avec des militants plus jeunes, les banderoles et pancartes multipliant les jeux de mots: « Faites des 69, pas l’A69 », « Des prairies, pas des Ferrari » ou encore « Plus de légumes, moins de bitume ». « Jamais il n’y a eu une telle empathie pour notre lutte », se félicitait Gilles Garric du collectif La Voie est libre, qui avec d’autres associations et syndicats (Extinction Rebellion, les Soulèvements de la Terre, Groupement national de surveillance des arbres, Confédération Paysanne, Solidaires, etc.) ont organisé le rassemblement.
S’appuyant sur un sondage Ifop réalisé il y a quelques jours auprès de la population du Tarn et de la Haute-Garonne, il a indiqué que 61% des sondés étaient favorables à l’abandon du projet d’autoroute et qu’ils étaient 82% à se prononcer pour un référendum local. De son côté, Atosca, s’appuyant sur un autre sondage réalisé par Opinion Way, a fait valoir que 53% des Français sont favorables à l’autoroute. L’entreprise a également insisté sur le fait qu’environ 40% du budget du chantier a déjà été engagé et que les travaux étaient donc bien lancés.
« La ZAD n’est pas un élément festif et sympathique »
De retour au campement situé à Saïx, à une dizaine de kilomètres à l’est de Castres, plusieurs militants ont investi des maisons expropriées par le chantier sur le lieu-dit de la Crémade pour créer une Zad (Zone à défendre) baptisée « CremZAD ». Mais celle-ci a été évacués dimanche 22 octobre à la mi-journée. « Les gendarmes mobiles ont fait irruption sur le site et le campement alentour en tirant des lacrymogènes… en plein milieu de l’assemblée de l’ATECOPOL, animée par des dizaines de scientifiques, dont des membres du Giec expliquant la gravité de la crise climatique et l’importance d’arrêter les projets comme l’A69, expliquent les organisateurs.
« Ces tirs ont provoqué plusieurs départs de feu dans les champs et bois environnants, une situation extrêmement dangereuse pour le lieu et les personnes présentes », ont également témoigné les militants sur place. Ils déplorent 30 blessés, dont le militant Thomas Brail, qui avait fait une grève de la faim et de la soif, et qui a dû être évacué.
« Je ne veux pas un pays où l’on a zéro infrastructure, zéro projet et où, même avec des arguments valables, une minorité imposerait sa loi aux élus et à la majorité élue », a martelé le ministre des Transports Clément Beaune dimanche sur France Inter. « La ZAD n’est pas un élément festif et sympathique, c’est une violation des règles élémentaires de la propriété et de l’espace public, donc non! », a-t-il ajouté. D’un côté comme de l’autre, le dialogue semble bel et bien impossible.
Concepcion Alvarez à suivre sur : https://www.novethic.fr/
Autoroute A69 Toulouse – Castres : « Non, il n’existe pas une très large majorité d’élus locaux favorables au projet »
« Nous, élus du Tarn et de la Haute-Garonne opposés au projet d’autoroute Toulouse-Castres A69, appelons le gouvernement à suspendre les travaux le temps d’une expertise indépendante ».
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POLITIQUE – Après les réunions sur l’A69 provoquées en fin de semaine dernière par le ministre Clément Beaune, un communiqué publié ce matin du lundi 16 octobre annonçait que, « conformément à la volonté politique clairement réaffirmée localement », « le chantier [serait] mené à son terme ». Quelques heures plus tard, nous avons assisté à un véritable passage en force avec l’intervention des forces de l’ordre pour déloger les « écureuils » défendant des arbres centenaires sur le tracé de l’autoroute.
Ces réunions étaient donc bien une mascarade comme l’ont dénoncé les collectifs et une partie des élus invités qui avaient choisi de ne pas y participer, dont la députée du Tarn (LFI) Karen Erodi. Le gouvernement persiste dans les mensonges et la provocation.
Non, tous les élus concernés n’ont pas été conviés « sans exclusive ». Plusieurs, directement touchés comme le maire de Loubens-Lauragais, sont restés à la porte, quand d’autres, aussi peu concernés que la maire d’Albi étaient étrangement conviés. Malgré ces manœuvres, l’opposition s’est fait entendre, par la voix d’élus locaux et des députées de la Haute-Garonne Anne Stambach-Terrenoir (LFI) et Christine Arrighi (Écologiste), allant jusqu’à provoquer le départ du maire de Castres, courroucé qu’un débat contradictoire puisse se tenir.
« Faudra-t-il un nouveau drame dans le Tarn pour être entendus ? »
Non, il n’existe pas « une très large majorité des élu.e.s favorables à ce projet ». Seuls 21 % d’entre eux ont manifesté leur soutien suite à l’appel du président de l’Association des Maires et Élus du Tarn. Plus de 200 élus du territoire, maires, conseillers municipaux, départementaux et régionaux, parlementaires, ont quant à eux déjà exprimé leur opposition.
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Comme pour tant d’autres projets finalement jugés inutiles, les autorités restent insensibles à toutes les voix associatives, syndicales, politiques, aux démonstrations scientifiques, à l’évidence de l’aggravation du dérèglement climatique, et nous feront subir à toutes et tous les conséquences de leur déni.
En toute responsabilité, les grévistes de la faim et de la soif ont décidé d’arrêter leur mouvement. Faudra-t-il un nouveau drame dans le Tarn pour être entendus ?
Nous, élus du Tarn et de la Haute-Garonne opposés au projet d’autoroute Toulouse-Castres A69, appelons solennellement le gouvernement à entendre la demande des collectifs et à suspendre les travaux le temps d’une expertise indépendante pouvant ouvrir à une consultation populaire.
Cette tribune est initiée par Maxime Lacoste, conseiller municipal de Saint-Sulpice-la-Pointe. Elle est co-signée par 159 élus (maires, conseillers et élus municipaux, départementaux, régionaux) ainsi que par les députés de Haute-Garonne Anne Stambach-Terrenoir, François Piquemal, Christophe Bex, Hadrien Clouet (LFI) et Christine Arrighi (EELV) et la députée du Tarn Karen Erodi (LFI). Retrouvez la liste complète des signataires ci-dessous. Suit les noms de 159 conseillers municipaux opposés à cette autoroute.
Haute-Garonne : des gendarmes mobilisés face à des militants écologistes bloquant la construction de l’autoroute A69

Depuis le début de la construction de l’A69 entre Toulouse et Castres en mars dernier, les travaux font l’objet de virulentes contestations de la part des écologistes.
Enième bras de fer entre les écologistes et les autorités locales. Alors qu’une session d’abattage d’une centaine de platanes est prévue sur les lieux demain, plusieurs véhicules de gendarmes ont été mobilisés ce jeudi 30 août pour protéger le chantier de l’autoroute A69, censée prochainement relier Castres à Toulouse, a révélé BFMTV. Le projet, qui mesure 54 kilomètres de long, suscite la colère des militants écologistes mais aussi des agriculteurs, dont les terres seront traversées par ce bras d’autoroute.
Contestations écologiques mais aussi culturelles
Ces militants écologistes, dont notamment le collectif «La Voie est Libre», s’étaient déjà mobilisés fin avril, peu après que les travaux pour la construction de cette quatre voies aient démarré. «Autoroute Toulouse-Castres. Quinze minutes de gagnées, des milliers d’arbres massacrés», alertaient alors les membres du collectif qui avaient appelé des milliers de manifestants à se mobiliser contre ce projet d’autoroute.
Certains contestataires avaient même été placés en garde à vue, à l’instar de Thomas Brail, du Groupe national de surveillance des arbres (GNSA), qui avait été arrêté pour avoir «stoppé une pelleteuse s’apprêtant à creuser au pied d’un platane de 130 ans», selon un tweet du collectif. En langage judicaire, il s’agit d’une «obstruction au chantier», rapporte le procureur de Toulouse, Samuel Vuelta-Simon.
Mais la construction de cette autoroute connaît aussi d’autres formes de contestation. Le château de Scopont, inscrit aux monuments historiques, est ainsi directement menacé par l’A69 : l’axe routier devrait passer à 300 mètres du château et à 180 mètres de son pavillon néogothique. Le propriétaire des lieux compte déposer plainte en septembre, espérant que l’autoroute, reconnue d’utilité publique, soit construite à plus de 500 mètres de son domaine.
M.A.
Le bon sens voudrait que ce projet soit abandonné définitivement… Malheureusement, le bon sens est une denrée rare chez ces bétonneurs.
COMMUNIQUÉ – MOBILISATION CONTRE L’A69
Contre l’A69, plus de 10.000 personnes à Saïx manifestent joyeusement, montent une ZAD sur le chantier et envahissent les sites de bétonneurs
Dans le Tarn, c’est aujourd’hui plus de 10.000 personnes qui se sont à nouveau retrouvées contre l’A69. De nombreux habitants, le monde paysan, les scientifiques, les naturalistes… se sont réunis pour une manifestation populaire et festive à Saïx !
Réparti-e-s en 6 cortèges, les manifestant-e-s ont multiplié les actions : notamment en installant une ZAD sur une maison de maitre expropriée par le concessionnaire à la Cremade, en bloquant la RN126 pour y mettre un faux péage à 17 euros – le prix de la future A69 -, et en investissant les sites des entreprises Carayon et Bardou impliquées dans le bétonnage des terres du Tarn.
Cette mobilisation a eu lieu à l’appel de la Voie est Libre, d’Extinction Rebellion, du GNSA, de la Confédération paysanne, du GLAM et des Soulèvements de la Terre, après une longue suite d’oppositions populaires et massives à l’A69. Ce sont en effet des grèves de la faim, le projet de territoire alternatif « Une autre voie », 90% des 6266 avis négatifs, des campings dans les arbres, des mobilisations de plusieurs milliers de personnes, et des actions de tous types qui se sont déroulées ces derniers mois.
Un sondage IPSOS montre aujourd’hui que 61% des habitant-e-s du Tarn et de Haute-Garonne souhaitent l’arrêt de l’autoroute A69 – une preuve de plus du rejet massif de ce projet, s’ajoutant aux tribunes de 1500 scientifiques, de centain·es d’élu·es locales·aux et des 155 agriculteur·ices impacté·es par le tracé.
Les opposant·e·s ont aujourd’hui choisi de montrer l’ampleur et la diversité de la mobilisation contre l’A69, via différents cortèges nommés par les arguments absurdes déployés par les promoteurs du projet.
– Le cortège « Désenclavement », mené par les tracteurs, a investi la RN126 avec des milliers de personnes. Les manifestant·e·s ont ensuite monté un « faux péage » à 17 euros, prix d’un aller-retour sur l’A69, qui serait l’autoroute la moins fréquentée et la plus chère de France – la réservant à une « élite » et non à l’essentiel des habitant-e-s de la région.
– Le cortège « Valorisation du territoire » a nettoyé les alentours de plusieurs habitations expropriées, où NGE avait répandu 200 tonnes de lisier illégalement pour dissuader de s’y rendre. Les militant-e-s ont ensuite pris place dans les bâtiments, posés une charpente et aménagés les lieux pour s’implanter dans la durée. L’appel est lancé dès maintenant à renforcer l’occupation, et en cas d’expulsion à manifester à Toulouse le samedi suivant.
– Le cortège économie locale s’est séparé et un groupe est entré dans une cimenterie d’un prestataire de l’A69, Carayon, qui sera directement impliqué dans le chantier de l’A69. Ils sont entrés pour déployer une banderole géante sur le silo. Nous avons alors appris qu’un camion-toupie avait été incendié. Le Préfet s’est alors empressé opportunément de s’offusquer et de condamner une fois de plus la lutte, alors qu’il cautionne au quotidien les destructions colossales engendrées par les bétonneurs. Nous l’invitons à s’indigner pour les milliers d’arbres arrachés, pour les 300ha de terres agricoles saccagées, pour les dizaines de familles expropriées… une violence inouïe qui s’abat sur l’avenir ! Qui sont les responsables ?
Les collectifs ne réclament que l’apaisement depuis des mois, la suspension du chantier est indispensable pour entâmer un dialogue constructif. Le Préfet n’a eu de cesse de tendre la situation par des provocations : évacuation de grimpeurs pointés par des lanceurs de LBD pour abattre des platanes centenaires,abattage des platanes de Vendine à minuit suite à des arrêtés de chasse bidon, non respect de l’engagement de Clément Beaune de suspendre les défrichements, mascarade de réunion de concertation…
Après cette journée de mobilisation populaire et diversifiée, les organisations mobilisées appellent à maintenir la pression, soutenir l’occupation à la Crémade et empêcher par différents moyens la reprise des travaux.
Nous nous mobiliserons jusqu’à l’abandon du projet : NO MACADAM !