Environnement : « La mesure de la santé des sols est une occasion d’accélérer la mise en œuvre d’une transition environnementale créatrice de valeur »
Alors qu’une proposition de loi visant à mettre en place un diagnostic de santé des sols obligatoire vient d’être proposée, plusieurs experts, issus de la communauté scientifique, des ONG environnementales et du monde de l’entreprise insistent, dans une tribune, sur l’importance de réhabiliter et de préserver les sols.
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Dans son rapport de l’évaluation mondiale de la biodiversité et des services écosystémiques (2019), la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (Ipbes) rappelle que la nature est essentielle à l’existence humaine et à une bonne qualité de vie. Il faut, par conséquent, développer les solutions fondées sur la nature, dont la restauration et la protection des sols font partie.
La bonne santé des sols est décisive pour nombre de services environnementaux dont nous dépendons : la fertilité et la productivité agricoles, le stockage du CO2 ou la rétention et la filtration de l’eau. Or, leur état de dégradation généralisé – 60 % des sols européens sont dégradés, voire très dégradés –, associé à l’intensification des stress climatiques (sécheresses, inondations), met en péril notre souveraineté alimentaire.
Il faut nous adapter en permettant aux sols de jouer pleinement leurs fonctions et déployer massivement un triptyque : diagnostic, réhabilitation et conservation de la santé des sols.
Nous devons sans tarder regarder sous nos pieds !
L’initiative du député (Modem) du Loiret Richard Ramos, qui propose la mise en place d’un diagnostic de santé des sols pour chaque vente d’une parcelle agricole, à l’image de ce qu’est le diagnostic de performance énergétique (DPE) lors d’une transaction foncière, est une idée qui pourrait être reprise dans le cadre du pacte et loi d’orientation et d’avenir agricoles (Ploaa).
En effet, la mesure de la santé des sols est une occasion d’accélérer la mise en œuvre d’une transition environnementale créatrice de valeur. Le sol est le premier actif de chaque exploitation, il est le premier outil de travail de chaque agriculteur. Diagnostiquer est la première étape de l’évaluation des fonctions environnementales qu’ils portent, des fonctions vitales qui sont autant de services que les agriculteurs rendent à la société et qui doivent être valorisés.
Des indicateurs faisant consensus
A l’heure où, légitimement, les acteurs du monde agricole appellent à la juste rémunération des missions assurées par les filières sur les territoires, le développement des crédits carbone dans l’agriculture et des filières d’agriculture régénératrice ou agroécologiques sont la preuve que ces services peuvent créer de nouveaux revenus pour le monde agricole.
Au-delà de l’intérêt pour les agriculteurs, la mesure de la santé des sols permettra de définir la réelle valeur de chaque sol et cette évaluation bénéficiera aussi aux entreprises, aux collectivités territoriales, aux agences et services de l’Etat, aux propriétaires, aux banques…
Les travaux de l’Agence de la transition écologique (Ademe) et de la Commission européenne ont permis d’identifier des indicateurs de bonne santé des sols faisant consensus dans le monde scientifique, et qui pourraient déjà être déployés dans le cadre d’une transaction foncière, ou d’un nouveau bail.
Avec une telle réglementation, pionnière en Europe, la France aura la capacité d’éclairer l’Union européenne. Elle posera un standard permettant de documenter l’état de nos sols et d’identifier les leviers pour les préserver.
A quelques semaines de la COP28, nous plaidons ardemment pour des obligations sur la mesure de la santé des sols. Au même titre que la qualité de l’air ou de l’eau, la santé de nos sols doit être connue et partagée. Plus qu’une nécessité, il s’agit bien d’une opportunité !
Liste des signataires : Véronique Andrieux, directrice générale de WWF France ; Antoine Cadi, directeur recherche et innovation, CDC Biodiversité ; Maud Lelièvre, présidente du comité français de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) ; Paul Luu, secrétaire exécutif de l’initiative 4 pour 1000 ; Adrienne de Malleray et Quentin Sannié, fondateurs de Genesis ; Marc-André Selosse, professeur au Muséum national d’histoire naturelle (Paris).