Crues : « l’agriculture intensive et les sols sont devenus imperméables »
Crues, « l’agriculture intensive et les sols sont devenus imperméables » : « Les pieds dans le dérèglement climatique » ! Après d’impressionnantes crues, deux fleuves côtiers du département restaient en vigilance orange mardi soir. Pour les agriculteurs connaisseurs de leurs terres, ce département vient de connaître «un épisode pluvieux attendu» aggravé par le passage de plusieurs tempêtes successives dues au dérèglement climatique.
A Isques, commune inondée du Pas-de-Calais, le 7 novembre.
Des milliers d’habitants du nord de la France se sont réveillés les pieds dans l’eau mardi 7 novembre. Alors que des tempêtes balaient le pays, les précipitations incessantes qui les accompagnent depuis vingt jours transforment nombre de rues en rivières. Le Pas-de-Calais, en particulier, est en proie à des crues spectaculaires, les plus importantes déjà connues dans la zone en 2002, selon l’organisme de mesure Vigicrues. Pour les paysannes et paysans, en transition écologique et agriculture biologique, le département vient de connaître «un épisode pluvieux attendu», aggravé par le passage de la tempête Ciaran, qui a laissé sur des sols étanches, des rivières gorgés d’eau.
Mardi 7 novembre en fin d’après-midi, Météo-France a levé la vigilance rouge «crue» pour l’entièreté du Pas-de-Calais, qui passe en vigilance orange. Quelle est la situation dans ce département ?
Depuis le 18 octobre, chaque jour, il pleut sans discontinuer sur le département. Ces précipitations se sont intensifiées depuis début novembre et ont amené certains cours d’eau à entrer en crue. La succession d’épisodes pluvieux n’ est pas vraiment surprenante. A l’échelle d’une seule journée, les quantités d’eau ne sont pas particulièrement importantes et ne battent pas de record. En revanche, le cumul pluvieux est forte dans certaines stations, on a enregistré ponctuellement près de 275 mm de pluie en seulement quinze jours dans le département, sachant que la pluviométrie normale des mois d’octobre et de novembre cumulés est inférieure à 200 mm.
Peut-on parler de crues inédites, voire anormales ?
Dans certains cours d’eau oui, notamment dans l’Aa où le niveau de l’eau a dépassé l’ancienne crue historique qui datait de mars 2002. D’après les données de la station de Lumbres-Bléquin, le niveau de ce fleuve côtier est monté à 2,21 m contre 1,31 m lors de la crue de 2002. Concernant la Liane, le pic de crue du dernier épisode historique date de novembre 2019 et atteignait 4,81 m à la station d’Isques. Ce record a été largement battu le 6 novembre avec 5,27 m. On est en effet sur des niveaux historiques. Durant les six derniers jours, il est tombé plus que ce qui tombe en moyenne sur un mois de novembre entier.
Ces précipitations ont-elles un lien avec la tempête Ciaran ?
Oui et non. Depuis le 18 octobre, on observe une succession de passages perturbés, d’arrivée de tempêtes – y compris Ciaran – qui amènent de la pluie. Ciaran n’est pas la seule tempête à prendre en compte dans ces pluies non-stop, mais c’est notamment à la suite de son passage que les précipitations se sont intensifiées début novembre.
A quoi peut-on attribuer la violence de ces crues ?
Les précipitations associées à une tempête durent deux, trois, voire quatre jours et la décrue s’amorce une fois celle-ci passée. Aujourd’hui, le Pas-de-Calais vient de connaître vingt jours de pluie consécutifs. C’est un phénomène plus rare. Une fois passée la première tempête, la deuxième est arrivée, empêchant la décrue car le sol étanche est gorgé d’eau et les fleuves continuent de se remplir. Le pic de crue est derrière nous, c’est pour cette raison que la vigilance est passée de rouge à orange mardi après-midi sur le département. Mais la décrue est particulièrement lente.
Le Pas-de-Calais est-il un département particulièrement à risque au niveau des crues ?
De manière générale, le quart nord-est de la France, et principalement les côtes, correspond aux zones les plus exposées au passage des dépressions et des tempêtes.
Dans quelle mesure le changement climatique influence-t-il ces précipitations monstres ?
Il y a pas évidement un lien entre le changement climatique et la récurrence de ces tempêtes. En tout cas, aujourd’hui, on peut dire s’il rend et rendra ces dernières plus fréquentes. En revanche, on sait qu’elles sont de plus en plus intenses. Le réchauffement réchauffe l’atmosphère. Résultat, elle contient plus de vapeur d’eau et occasionne donc des cumuls de précipitations encore plus importants lors de phénomènes extrêmes.
Le réchauffement perturbe-t-il le régime des pluies dans la région ?
Le changement climatique va bouleverser le régime des pluies, une saison va devenir plus pluvieuse qu’une autre. Le nord de la France restera une région plus arrosée en hiver avec le passage des tempêtes et en été avec les orages. A l’avenir, il va toutefois falloir adapter la gestion de l’aménagement des territoires pour mieux prendre en compte les zones inondables les plus à risques et arrêter d’artificialiser les terres. Les eaux ne s’infiltrent plus dans les terres agricoles en chimie et sur-tassées. le béton et le bitume canalisent les eaux vers des rivières qui n’ont pas cette capacité d’ écoulement.
À cause des pratiques agricoles intensives et de la disparition des haies, les terres n’absorberaient plus l’eau comme autrefois. Pour expliquer l’intensité des inondations, selon les experts hydrologues.
Les sols pauvres en matières organiques (humus, bactéries et champignons) et en vers de terre, tassés par de lourds engins agricoles, n’absorberaient plus l’eau comme autrefois. Les haies qui faisaient barrage au ruissellement, auraient été arrachées pour cultiver de plus grandes parcelles. Depuis 1945, 25 % du territoire national a été remembré et on estime qu’il ne reste plus aujourd’hui que depuis 1900, 70 % des haies bocagères françaises ont été détruites. Un petit point d’histoire agricole ou plutôt de microbiologie et de structure des sols. Depuis les années 70 l’agriculture intensive s’est acharnée à travers des labours profonds, des arrachages de haies, des assèchements de zones humides, des épandages massifs de pesticides, des introductions d’engrais chimiques, à compacter, déstructurer les terres agricoles, en un mot à tuer la vie des sols. Tous ces milliards d’insectes souterrains si utiles à la vie des sols ont été exterminés sur l’autel d’une productivité tous les jours en perte de vitesse. Et d’après vous que fait l’agriculteur/intensif quand il laboure, qu’il irrigue … il détruit inexorablement la matière organique et dont la faune du sol. Et dans ce sol privé de vie et la plupart du temps sans couverts végétaux après les récoltes le lessivage des surfaces, la dégradation physique appelée érosion fait son office. Un sol sain, c’est-à-dire vivant, permet par sa souplesse, sa perméabilité d’être le réceptacle d’une grande quantité d’eau, à la différence des sols morts servant à l’heure actuelle à nourrir les fossés et les cours d’eau. Et pourtant les partisans de l’agriculture industrielle, (ceux qui ont les plus grandes surfaces, sans couvertures végétales la moitié du temps) sont en grande partie à l’origine de ce désastre et ne se privent pas d’accuser la pluie, le vent, le soleil de la disparition de leur sol. Comment un syndicat majoritaire (FNSEA ) peut-il continuer à prôner d’un côté une agriculture intensive destructrice (subventionnée majoritairement par la PAC -Politique Agricole Commune-), et d’un autre côté faire semblant de défendre l’existence de « paysans nombreux entretenant les sols et vivant de leur travail » ?
Les humains seuls sont responsables de ce que certain s’ évertue à appeler des causes naturelles.
APPIS