Javier Milei, presidential candidate for the Liberty Advances (LLA) party, speaks during an election night rally at the party's headquarters in Buenos Aires, Argentina, on Sunday, Oct. 22, 2023. Argentina's election will be settled in a presidential runoff between Economy Minister Sergio Massa, who defied expectations to snatch the lead in Sunday's election, and libertarian outsider Milei. Photographer: Anita Pouchard Serra/Bloomberg via Getty Images
Javier Milei, ici le 22 octobre 2023, est devenu le nouveau président argentin le 19 novembre 2023.

C’est une sorte de Donald Trump qui brandit une tronçonneuse, ou de Jair Bolsonaro à la crinière de lion. Le populiste Javier Milei a été élu président de l’Argentine ce dimanche 19 novembre en battant de plus de 11 points son adversaire centriste Sergio Massa. L’ex-économiste d’extrême droite, ultralibéral, a été élu président d’Argentine avec 55,7% des voix face au péroniste Sergio Massa. Symbole du ras-le-bol d’une frange de la population fatiguée par la crise économique…

Le candidat d’extrême droite Javier Milei élu président

L’économiste ultralibéral et polémiste, qui se présente comme « antisystème », l’a emporté avec 55,6 % des voix, selon de premiers résultats partiels, contre 44,3 % pour le centriste Sergio Massa qui a reconnu sa défaite.

Le candidat d’extrême droite Javier Milei a largement remporté dimanche 19 novembre le second tour de l’élection présidentielle en Argentine, au terme d’une campagne tendue et indécise comme rarement en quarante ans de démocratie. Son rival, le centriste Sergio Massa, a reconnu sa défaite. M. Milei assumera la présidence à partir du 10 décembre, succédant au président péroniste (centre gauche) Alberto Fernandez.

Javier Milei a réuni 55,6 % des voix contre 44,3 % pour Sergio Massa, selon des résultats partiels communiqués par le secrétariat général de la présidence après le décompte de plus de 99 % des bulletins. L’ampleur de l’écart surprend : ces dernières semaines, des sondeurs avaient donné un léger avantage à Milei, mais nombre d’analystes prédisaient un résultat se jouant « au vote près ».

« Aujourd’hui commencent la fin de la décadence » et la « reconstruction de l’Argentine », a exulté Javier Milei devant plusieurs milliers de ses partisans, à son QG de campagne à Buenos Aires.

Javier Milei « est le président que la majorité des Argentins a élu pour les quatre prochaines années », avait reconnu avant même l’annonce des résultats officiels M. Massa, l’actuel ministre de l’économie, qui était arrivé en tête au premier tour le 22 octobre. Il a déclaré avoir appelé Javier Milei pour « le féliciter et lui souhaiter bonne chance ».

Les indécis, environ 10 % selon les estimations, détenaient la clé pour départager Massa qui avait réuni près de 37 % des voix au premier tour et Milei (30 %). Les bureaux de vote ont fermé à 18 heures, avec un taux de participation de 76 %. Quelque 36 millions d’Argentins étaient appelés à se prononcer concernant deux projets d’avenir totalement opposés.

D’un côté, Sergio Massa, 51 ans, depuis seize mois ministre de l’économie d’un exécutif à l’égard duquel il a peu à peu pris ses distances. Cet homme politique expérimenté avait promis un « gouvernement d’unité nationale » et un redressement économique graduel, préservant l’Etat providence, crucial dans la culture argentine.

Un polémiste climatosceptique

Face à lui, Javier Milei, 53 ans, économiste d’extrême droite, se présente comme « anarcho-capitaliste ». Ce polémiste de plateaux de télévision a surgi en politique il y a seulement deux ans. Décidé à débarrasser le pouvoir d’une supposée « caste parasite », il se montre résolu à « tronçonner » l’« Etat ennemi » et à « dollariser » l’économie. Le nouveau président est aussi un climatosceptique assumé, pour lequel le changement climatique est un « cycle », non une conséquence de l’activité humaine.

Après l’annonce de sa victoire, il a clamé devant ses partisans : « C’en est fini du modèle appauvrissant de la caste. Aujourd’hui, nous adoptons le modèle de la liberté, pour redevenir une puissance mondiale. » Il a également affirmé que sous sa présidence « il n’y aurait pas de place pour la tiédeur ou les demi-mesures ». A son QG de campagne, des milliers de personnes ont chanté et scandé deux des slogans fétiches du candidat : « La caste tiene miedo » (« la caste a peur ») et « Viva la libertad, carajo » (« Vive la liberté, bordel ! »).

La troisième économie d’Amérique latine traverse une période difficile, avec une inflation chronique désormais à trois chiffres (143 % sur un an), quatre Argentins sur dix sous le seuil de pauvreté, un endettement préoccupant et une monnaie qui dévisse. Les Argentins sont éreintés par des prix qui grimpent de mois en mois, voire de semaine en semaine, quand les salaires ne suivent pas voire baissent. Le salaire minimum s’élève à 146 000 pesos (413 dollars, soit 378 euros). Les loyers sont hors d’atteinte pour beaucoup, et nombre de mères de famille recourent au troc, comme après la « Gran Crisis » si traumatique de 2001. Selon une étude de l’université de Buenos Aires publiée en début d’année, 68 % des jeunes de 18 à 29 ans émigreraient s’ils le pouvaient.

Le pays est sous la pression des objectifs de rééquilibrage budgétaire du Fonds monétaire international (FMI), auquel l’Argentine rembourse péniblement un prêt colossal de 44 milliards de dollars (40 milliards d’euros) octroyé en 2018.

Dimanche soir, Javier Milei a redit sa détermination « à remettre en ordre les comptes budgétaires, et régler les problèmes de la Banque centrale », une institution qu’il avait dit vouloir « dynamiter ».

Accusations de fraude à mots couverts

Javier Milei a aimanté un vote « bronca » (« colère »), mais sa rhétorique, sa volonté d’assécher la dépense publique dans un pays où 51 % des Argentins reçoivent une aide sociale ou son projet de « déréglementer le marché des armes à feu » ont par ailleurs effrayé. Aussi le candidat « antisystème » avait-il baissé le ton entre les deux tours. Moins d’apparitions, moins tranchées, et un message : « Votez sans peur, car la peur paralyse et bénéficie au statu quo. »

Ajoutant à la nervosité ambiante, le camp Milei a distillé ces dernières semaines des accusations de fraude à mots couverts, sans pour autant qu’une plainte soit déposée. « Attention aux très mauvais exemples de [Donald] Trump et de [Jair] Bolsonaro » qui ont promu de tels messages ou « n’ont pas accepté les résultats », avait mis en garde Sergio Massa.

 M. Massa pour sa part avait appelé les Argentins à voter « dans la réflexion, la sérénité, le calme », et avec « espoir ». Ils ont fait un autre choix.

Sergio Massa n’a pas attendu les résultats officiels pour reconnaître sa défaite, rapportant avoir « appelé Javier Milei pour le féliciter ». Tandis que sa campagne a été entravée par le mauvais bilan du gouvernement sortant et marquée par l’absence de programme clair, il a défendu « le vivre-ensemble, le dialogue et le respect de la paix », mais aussi « l’éducation et la santé publiques », « l’industrie nationale », « les droits des travailleurs » que Javier Milei entend détricoter. Alors que ce dernier avait anticipé une « fraude » en cas de défaite, Sergio Massa a, lui, souligné l’existence d’un « système démocratique fort, solide, transparent et qui respecte toujours les résultats ».

« Je ressens de la terreur »

Devant le QG de Sergio Massa, à Buenos Aires, de nombreux partisans des péronistes étaient effondrés. Noelia Ferreira, 37 ans, professeure d’éducation physique, sanglotait en écoutant le discours de leur candidat : « Je n’ai pas les mots pour exprimer ma tristesse de savoir que nos droits chèrement acquis vont être entre les mains d’un extrémiste. Ce n’est pas de la peur, que je ressens, c’est de la terreur. »

 Des partisans de Sergio Massa réagissent aux résultats de l’élection présidentielle devant le siège de sa campagne à Buenos Aires, le 19 novembre 2023.