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« Laïcité » : un condensé d’histoire du droit des religions

La juriste Stéphanie Hennette Vauchez publie une synthèse efficace et précise de l’histoire juridique de la question laïque en France depuis un peu plus de deux siècles.

Repas dans les cantines, burkini dans les piscines, voile à l’école (et ailleurs)… L’ouvrage de Stéphanie Hennette Vauchez, Laïcité (Anamosa, 112 pages, 9 euros) s’ouvre par un constat : « Tordu en tous sens, mobilisé sur tous les fronts ou presque, le mot laïcité est comme essoré par le débat public, qui lui en demande trop. » Or, rappelle cette professeure de droit public, il n’en a pas toujours été ainsi. Durant deux siècles, la « question laïque s’est incarnée sur deux grands terrains » bien plus restreints : « la guerre des deux France » et « la guerre scolaire ».

Le premier désigne ainsi le conflit qui a opposé la « France catholique et la France républicaine » au XIXsiècle, aboutissant à une large exclusion du religieux du domaine public (à l’école, à l’hôpital, au cimetière…), mais aussi à différentes mesures de compromis, dont la loi de 1905, officialisant la séparation des Eglises et de l’Etat, tout en garantissant la liberté de culte, modèle d’équilibre entre les exigences des différents antagonistes, fut le principal aboutissement.

La « guerre scolaire », elle, a opposé les tenants d’une école intégralement laïque aux partisans de l’enseignement libre, jusqu’à l’abandon du projet de loi Savary, en 1984, et l’entérinement de la possibilité donnée aux écoles privées de proposer un enseignement religieux tout en bénéficiant de subventions publiques – 8 milliards d’euros en 2023, soit 14 % du budget de l’éducation nationale.

Les décisions de compromis prises dans le sillage de ces deux « guerres » ont, pour un temps, aplani les tensions. Mais, depuis les années 1980, notamment l’« affaire de Creil » en 1989, où le débat public s’est enflammé après l’exclusion de trois collégiennes ayant refusé d’enlever leur voile en classe, la situation a changé.

Contours flous

« Le sens prêté à la laïcité n’allait guère plus désormais être mobilisé que comme clé de lecture de la question de l’admissibilité des signes religieux dans l’espace public – et, singulièrement, des signes associés à la religion musulmane », constate Stéphanie Hennette Vauchez. Le « tournant sécuritaire » pris depuis les attentats islamistes du XXIe siècle est venu un peu plus brouiller la définition d’un terme déjà imprécis à l’origine. Devenue l’étendard d’un prétendu « universalisme républicain » aux contours flous, cette « nouvelle laïcité hypertrophiée » s’éloigne des réalités concrètes et multiples des pratiques religieuses en France, devenant exclusive et clivante.

L’autrice, qui ne sort pas de son domaine de compétence – le droit –, se garde, pour sa part, de donner une « vraie » définition. Et ceux qui attendent des recettes concrètes face aux défis contemporains posés par la recomposition du paysage religieux français resteront sur leur faim. Le livre, qui assume un parti pris – celui d’une défense des libertés fondamentales, y compris religieuses –, n’en reste pas moins une introduction remarquablement efficace et précise à l’histoire récente du droit français des religions.

« Laïcité », de Stéphanie Hennette Vauchez Anamosa, 112 p., 9 €. 

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