On en a tant rêvé…
On a tou.tes rêvé, attendu et évoqué le monde d’après. Après Covid, après confinement, après… On a tou.tes eu besoin de se « réinventer » un peu ces derniers mois. Car le monde d’après n’a pas eu lieu… Voire il a empiré ! Pour beaucoup d’entreprises, d’associations, voire de collectivités, la crise du Covid et le confinement ont aussi été l’occasion de prendre de la hauteur, redonné du sens et d’enrichir leur stratégie. Beaucoup d’entre nous en ressortent avec un besoin de revenir à l’essentiel. Comment faire de ce grand chamboulement pandémique et social une occasion de rééquilibre nous grandissant en humanité ? Que faire de cette responsabilité impliquante, à ce moment de notre histoire, alors que les fondements d’un système planétaire, matérialiste et ultralibéral se mettent à trembler, se déliter ?
La redéfinition de la place de l’Homme par rapport à la nature, la remise en cause d’une histoire écrite par les seuls prédateurs, le questionnement sur la croissance et le profit à tout prix, le doute par
rapport à un système de surproduction et de surconsommation dévastateur, les COP inefficaces et manipulatrices face à une urgence climatique et de la biodiversité exigeant responsabilités et implications, face aux guerres qui éclatent au grès des humeurs de régimes autoritaires, totalitaires… Toutes les évolutions que nous vivons, chacun.e à notre échelle ou en tant que société, ne sont pas anodines et impulsent un autre “monde d’après” déjà un peu là. Mais pour qui ? Et comment ?
C’est aussi l’époque du “en même temps”, une forme de relativisme qui tenterait de ménager la chèvre et le chou, le charbon et la réduction des gaz à effets de serre. La guerre serait la paix…Mais tout n’est pas relatif. J’irai jusqu’à dire qu’il faut choisir son camp : il est indispensable de repenser la manière dont on définit la performance ou réussite d’une entreprise, d’une association, d’une collectivité, dans la perspective d’un développement soutenable, d’une sobriété solidaire en même temps qu’une dévastation généralisée : responsabilité économique, responsabilité environnementale et responsabilité sociale vont de pair.
Judith Butler, écrivaine féministe avait posé cette question : « Comment mener une vie bonne dans une société mauvaise ? ». La conscience de sa responsabilité, en tant qu’entreprise, association, collectivité, école, université, administration,… lucide et engagée, citoyenne et solidaire, pourrait être un bon cap. En définitive ici et maintenant, localement et sans attendre. Les transitions, bifurcations et alternatives utiles et consciencieuses seront d’abord locales.
Les gouvernements nous ont beaucoup appris de cette société du spectacle de notre ami Guy Debord : « Quand dire ce n’est pas forcément faire ! ».
82% des Français·es déclarent vouloir adopter une consommation citoyenne mais seulement 41% passeraient vraiment à l’action (étude Storymind — terrain Opinion Way). Encore faudrait-il définir ce qu’est une « dé-consommation citoyenne » ; mais, ce n’est pas une surprise, nous constatons un décalage entre les déclarations et les actes, entre les envies et les craintes, entre les espoirs et les faits. Les peurs et éco-anxiétés.
Ces contradictions compliquent un peu la tâche des « mutants » créatifs et innovants… Ou pas. Et pas trop des militants qui se complaisent dans de perpétuelles oppositions confortables. Dans un roman de Lucca di Fulvio, en 2013, une des personnages dit : “quand la vie devient compliquée, ça veut dire qu’on se trompe quelque part”. Cette phrase résonne elle pour toutes et tous ?
Et s’il suffisait, non pas d’aimer comme le chantait Jacques Brel, mais de rester authentique et fidèle à ses valeurs ? Si l’on essayait la sincérité, la simplicité, le langage clair ? Si l’on parlait à nos amis, nos voisins, nos contradicteurs, nos parents, nos enfants, nos contemporains comme à des gens et non comme à des ennemis ou adversaires ? Cela pourrait bien nous éviter les gaspillages d’énergies dans des luttes fratricides, picrocholines, dont les motifs apparaissant obscurs ou insignifiants. Et à la fin inutiles. Par délicatesse nous ne donnerons pas des exemples…
Vers une éthique voire poétique
La crise du Covid a été un accélérateur de prise de conscience pour beaucoup d’entre nous. Ces réflexions étaient déjà là mais elles se sont comme imposées désormais. Des années d’engagements auprès d’entreprises, associations, fondations, écoles et universités vraiment innovantes et les aider à construire une éthique responsable, un dialogue honnête sur la base de valeurs partagées… sont cette dynamique et énergie Biovallée. Une coopération réelle sur un territoire de vie, commun. Où nous ne sommes pas assez nombreux pour nous éviter, nous chamailler, nous battre, nous exécrer, nous haïr. Comment oser s’engager pour la Paix, là-bas, si ici nous ne donnons pas l’exemple de l’attention, du respect et du dialogue apaisé.
Les ornières classiques et faciles pour finalement retomber dans une communication creuse voire complètement dissonante et de devoir faire à nouveau face à cet écart entre ce qui est dit et ce qui est fait… La lutte… voici le plus simple et primitif !
Comment continuer à travailler pour des femmes et hommes qui proclament mais n’y croient pas vraiment ? La majorité ?
On peut contribuer à bâtir un monde plus respectueux de l’environnement, plus inclusif, plus juste, en mettant nos idées et en mettant la plume (MCD) au service de celles et ceux qui veulent vraiment changer et améliorer cette société.
Nous sommes en accord avec Boileau qui écrivait “ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire vous viennent aisément”…
Un responsable engagé se doit d’être à l’écoute de toutes les parties prenantes, de constamment rechercher une sincérité des messages et de veiller à réduire son empreinte aussi carbone en faisant mieux avec moins, aussi de mots (frugalité, justesse, clarté). Les bénéfices territoriaux sont immenses. Essayons.
La prise de conscience s’accélère et de plus en plus d’associations, d’entreprises, de collectivités, d’écoles, d’administrations, d’universités prennent position, cherchent la transparence et la cohérence, la coopération et l’entraide, veulent donner du sens à leurs activités, réfléchissent à leurs valeurs et à comment les traduire en actes. Comme beaucoup d’entre nous finalement !
Maintenant et ici, il s’agit de donner la parole aux faiseurs en action plutôt qu’aux causeurs. Aux laboureurs plutôt qu’aux doctrinaires d’extrême-droite et extrême-gauche. Plus que jamais des échéances nous attendent… Et il nous faudra du courage ! Encore du courage ! Toujours du courage !
Claude Veyret
Totalement d’accord avec ces propos de réelle ouverture tout en n’ignorant pas qu’il faut savoir aussi résister tout en écoutant ceux (dont nous sommes aussi parfois ) qui sont captifs de dogmatismes confortables et vainement rassurants. Quant à l’ouverture, elle ne suffit pas. S’il faut de « bonnes intentions » il faut du « faire ». Merci Claude.