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Kamala Harris  marque l’histoire politique américaine

La vice-présidente des États-Unis vient de battre un record: celui du nombre de votes décisifs au Sénat émis par la deuxième personne de l’exécutif américain. Une ligne de plus à un CV déjà indélébile.

La vice-présidente américaine Kamala Harris avant son 32e vote décisif au Sénat, le plus grand nombre jamais exprimé par un vice-président, au Capitole des États-Unis à Washington D.C., le 5 décembre 2023.

À la tête des États-Unis avec Joe Biden depuis près de trois ans, Kamala Harris est devenue un personnage incontournable du Parti démocrate et de la politique américaine. De l’étude du droit à San Francisco jusqu’à la Maison-Blanche, en passant par le département de la Justice de Californie et le Sénat des États-Unis, la vice-présidente a connu une ascension fulgurante et continue son petit bonhomme de chemin.

Vue par beaucoup comme la très probable héritière de Joe Biden, elle figure à nouveau à ses côtés sur le ticket présidentiel pour l’élection 2024. Et alors que l’occupant du Bureau ovale est âgé de 81 ans, ce qui fait de lui le plus vieux président en exercice et le plus vieux candidat à la fonction suprême, les regards se tournent logiquement vers elle avec plus d’insistance. En attendant son tour, la «pionnière» –son nom de code utilisé par le Secret Service qu’elle a choisi– continue de laisser son empreinte dans l’histoire politique américaine.

La première femme vice-présidente

Le premier et unique échec important de la carrière politique de Kamala Harris remonte aux dernières primaires démocrates pour l’élection présidentielle 2020. Obligée de jeter l’éponge au début du mois de décembre 2019, avant même le premier scrutin de ce grand marathon électoral, la sénatrice a totalement loupé sa campagne électorale, alors qu’elle semblait bénéficier d’un certain attrait dans les sondages lorsqu’elle s’est lancée.

Ce qui aurait pu signer la fin de ses ambitions nationales va finalement passer au second plan après que Joe Biden l’a désignée comme colistière en août 2020, lui offrant ainsi une nouvelle opportunité pour sa carrière. Avant elle, la Démocrate Géraldine Ferraro et la Républicaine Sarah Palin avaient échoué à se hisser au sommet de l’État à la suite des défaites de Walter Mondale en 1984 et de John McCain en 2008. Mais trois mois plus tard, en novembre 2020, l’histoire s’écrit enfin: Kamala Harris devient la première vice-présidente des États-Unis.


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La première femme présidente

«La seule tâche du vice-président est de sonner à la porte de la Maison-Blanche chaque matin pour s’assurer de la santé du président», disait, non sans une pointe de sarcasme, Thomas Riley Marshall, vice-président de Woodrow Wilson entre 1913 et 1921. Des propos rapportés par l’historien Marc Chaux dans son ouvrage Les vice-présidents des États-Unis des origines à nos jours: les délaissés de l’histoire américaine, paru en 2015.

La vice-présidence est en effet une institution qui peut constituer un tremplin vers le Bureau ovale puisque celui ou celle qui occupe cette fonction peut prendre, temporairement ou définitivement, la place du chef de l’État s’il vient à laisser le poste vacant en cas de décès, de démission, de destitution ou encore d’opération médicale nécessitant une anesthésie générale.

Ce fut notamment le cas lorsque Joe Biden a subi un examen de routine, une coloscopie, le 19 novembre 2021. Le 46e président des États-Unis a alors transféré ses prérogatives à Kamala Harris le temps de l’examen, comme le veut la Constitution américaine. Pendant une heure et demi, et pour la première fois de l’histoire, une femme a donc dirigé les États-Unis ce jour-là.

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Un record au Sénat

Au-delà des missions qui lui sont attribuées par la Maison-Blanche, le vice-président est aussi le président du Sénat en vertu de la section 3 du premier article de la Constitution des États-Unis. Son rôle est cependant assez limité puisqu’il n’a pas un droit de vote automatique. Il est en effet autorisé à s’exprimer uniquement lorsqu’il y a une égalité. Une situation qui peut être amenée à se produire, puisque la chambre haute du Congrès américain est composée de cent sénateurs. Il se peut donc aussi qu’il n’y soit jamais confronté si l’un des deux grands partis possède une large majorité, comme ce fut le cas lors de la vice-présidence de Joe Biden entre 2009 et 2017.

Mais alors qu’il lui reste un peu plus d’une année de mandat, Kamala Harris a déjà été appelée à départager un vote au Sénat à trente-deux reprises depuis janvier 2021, le dernier en date le mardi 5 décembre, ce qui constitue un nouveau record. C’est une de plus que la précédente marque, détenue jusqu’à présent par John C. Calhoun, qui l’avait établie durant ses près de huit ans de vice-présidence entre… 1825 et 1832.

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La très faible majorité démocrate au Sénat explique essentiellement cette hyperactivité législative de la vice-présidente. Jusqu’à janvier 2023, Démocrates et Républicains avaient le même nombre de sièges. Et depuis les élections de mi-mandat de novembre 2022, les premiers n’ont qu’un siège de plus que les seconds. Kamala Harris devrait donc encore avoir à trancher d’autres votes dans les mois prochains et améliorer un peu plus son record devant John C. Calhoun.

Quelle que soit la suite de la carrière politique de Kamala Harris, son nom est d’ores et déjà gravé dans les livres d’histoire américains. Un privilège dont très peu de femmes et de vice-présidents ont bénéficié jusqu’ici.

Théo Laubry 

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