Carole Delga : « Il faut réexpliquer que la laïcité n’est pas une discrimination, mais la garantie de toutes les libertés »
La laïcité est malmenée car elle est insuffisamment promue, et il faut donc reprendre le chemin de la conviction sur ce sujet, souligne, dans une tribune, Carole Delga, présidente du conseil régional d’Occitanie.
La laïcité est menacée car elle est devenue un instrument politique dans les mains de forces populistes ou intégristes depuis de trop nombreuses années. La laïcité est malmenée car, avouons-le, elle est insuffisamment promue. Elle est en danger, enfin, et c’est sans doute le plus grave, car elle reste insuffisamment comprise, notamment par une partie des citoyens de demain.
Nous devons donc reprendre le chemin de la conviction sur ce sujet, réaffirmer avec force que la laïcité n’est pas ce corset dogmatique décrié ici et là, mais bien la garantie d’un espace commun, constituant une nation civique. Il faut réexpliquer que la laïcité n’est pas une discrimination, mais la garantie de toutes les libertés, et d’abord celle de la liberté de conscience.
Il faut redire, encore et toujours, que la laïcité n’est pas la négation des religions, mais la possibilité pour chacun de croire, de ne pas croire et d’évoluer dans sa conscience, sans aucune intimidation, pression et menace, sans aucune stigmatisation d’une religion plutôt qu’une autre. Il faut rappeler, sans relâche, que la laïcité est une conquête de haute lutte inscrite dans l’histoire de France.
Défendre, oui, mais surtout apprendre et transmettre
Rien n’est jamais acquis, et c’est cette conquête qu’il faut aujourd’hui préserver et porter pour demain, avec comme boussole cette fulgurance d’Aristide Briand : « La loi doit protéger la foi, aussi longtemps que la foi ne prétendra pas faire la loi. » J’ai donc décidé de créer en Occitanie un Conseil régional de la laïcité et des valeurs républicaines. Et j’invite tous les élus qui ont à cœur de défendre notre modèle républicain d’en faire de même à l’échelle de leur territoire. Défendre, oui, mais surtout apprendre et transmettre
Nous ne le ferons pas en reculant face aux entorses quasi quotidiennes à ce principe fondateur. Nous le ferons en étant offensifs, en éduquant. En apportant, sans ambiguïté, notre total soutien à une enseignante menacée pour avoir fait son travail pédagogique. En disant fermement au président de la République qu’il ne peut confondre le symbole public de l’Elysée, et donc la neutralité de l’Etat, avec un lieu de culte.
En continuant à faire vivre l’« esprit Charlie », la liberté de caricature, le droit au blasphème, consubstantiels du principe de laïcité. Je crois encore que c’est possible car je crois encore à un avenir de progrès et d’émancipation pour ce pays et pour les peuples. L’immense majorité de nos concitoyens reste très attachée à la laïcité. Parce que le modèle français s’oppose précisément à toute essentialisation, c’est un bouclier qui les protège.
Développer une laïcité de terrain, une laïcité du quotidien
Les Français savent qu’il est une promesse forte à l’arrachement aux déterminismes de tous, pour servir tout à la fois la liberté, l’égalité et la fraternité ; qu’il est la pierre d’achoppement de notre idéal républicain, non pour favoriser l’addition de communautés et donc du communautarisme, mais pour servir la communauté des citoyens, par-delà leurs distinctions, leurs appartenances et leurs différences.
Réenchanter le modèle républicain et la laïcité ne peut passer par un « en même temps » ambigu. Ce modèle ne peut être désirable s’il donne le sentiment d’être envisagé à géométrie variable, compris comme discriminant et appliqué de manière latitudinaire. Ce n’est pas une « laïcité d’en haut », ni des polémiques médiatiques souvent stériles qui font avancer sa cause.
Nous devons au contraire développer une « laïcité d’en bas », une laïcité de terrain, une laïcité du quotidien. Je veux inscrire mon action dans cette laïcité, portée au cœur par tous les anonymes qui agissent depuis des années devant les élèves, qui forment les agents publics et sensibilisent nos citoyens. C’est à eux qu’il faut donner plus de moyens pour décupler leurs actions. Car cet engagement, essentiel, doit rassembler et permettre de recréer, dans ces temps particulièrement troublés, du lien entre les Français.