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Thierry Geffray : l’homme providence : 1950-2024

La liberté 

L’Université fabriquait alors à la chaine des coopérants. Il s’en évada

La bourgeoisie produisait des rejetons dimensionnés à leur classe

Il trouva la liberté en Amérique du Sud, espaces sans limite et au ciel lumineux de jour comme de nuit. La liberté, les morts, la résistance sandiniste, les chevauchées folles… L’envie de cette terre qui nourrit l’homme, mais aussi les bêtes, les arbres, les idées, les rêves.

Rentré à la terre

Pour retour, il eu fallu qu’il y ait départ… D’expérience communautaire dioise « excentrique » (La Bâtie des Fonds), à une famille recomposée, des enfants (Zoé et Jessie), des brebis accompagnées, une maison retapée, un encrage se réalise sur Montlahuc, hameau de Bellegarde en Diois en 1976.

Terrain politique… de passage des années 80

Elu local puis de la Communauté des Commune du Diois, l’homme de « là-haut » s’active sur la ferme, dans la vallée… et nationalement

« Le GAEC de Montlahuc a été fondé en 1982, par Thierry GEFFRAY et Camille BROCHIER dans une mouvance post soixante-huit qui révélait une envie de changement, de vivre plus près de la Terre avec des valeurs plus justes que celles de la société consumériste qui émergeait fortement à cette époque. Ils sont rejoints quelques années plus tard par Pascal BAUDIN, venu initialement monter un atelier de menuiserie et qui, de fil en aiguille, s’embarque dans l’aventure, se passionnant d’élevage. Ils sont ensuite rejoints en cours d’aventure par Thomas VERICEL, le fils de Camille ».

A la Communauté des Commune du Diois sa réussite fut l’achat du Domaine du Martouret, centre de vacances à Die de 40 hectares, toujours exemple d’économie sociale et solidaire.  Mais la politique est un terrain dur ou beaucoup piétinent et peu de choses poussent.

Une ferme

« 1000 hectares, ce sont avant tout beaucoup de landes, de forêts, de falaises. Des terres assez pauvres. Ce sont aussi 600 hectares d’un tenant qui nous sert d’estive de mi-juin -quand il commence à y avoir de l’herbe-, à début septembre -quand la chasse commence et que nous sommes tenus de laisser la place, qu’il reste de l’herbe ou non-. Tout le reste est autour de Montlahuc, ce sont des baux récupérés par-ci par-là plus plates en plaine pour la production de céréale et luzerne pour les 800 brebis pour la reproduction ». Une ferme modèle du monde productiviste ».

Biovallée en 2000

En haut les hivers sont longs. Homme inspiré par de nombreuses lectures, Egard Morin, Michel Serres, puis plus tardivement Baptiste Morizeau ou Glenn Albrecht … Thierry va malaxer pratiques de terrain concrètes et vision philosophique « océanique ». Transformer le ferme en un système permacole et le pays diois en territoire d’innovation. « Les arrière-pays sauvegardés d’un industrialisme destructeur se retrouvent des avant-pays d’innovation des transitions environnementales et écologiques ». Et l’homme se défini comme « pays-culteur » plus qu’agriculteur. La vallée fera son miel des ses réflexion et avec bien d’autres comme Jean Serret, Didier Jouve, Jean Pierre Rochas, Philippe Mejean, etc… ils conceptualiseront ce qui se passe en réalité sur cette vallée de l’innovation écologique où déjà 100 initiatives fleurissent  et poussent.

Les Kogis visionaires en 2010

Descendante des Tayronas, l’une des plus puissantes sociétés précolombiennes, la tribu des Kogis, à l’instar de beaucoup d’autres, s’est retirée dans les terres de la Sierra Nevada de Santa Marta après l’arrivée des Espagnols sur le territoire en 1 499. La raison d’être des Kogis, communauté du nord de la Colombie, est double… être reliés à la nature et réussir à vivre ensemble en paix. Les Kogis pratiquent une agriculture de subsistance basée sur une polyculture savante qui témoigne d’une grande connaissance de la Terre. Ils migrent régulièrement d’un territoire à l’autre en fonction des saisons, des récoltes, n’exploitant ainsi jamais la terre de manière intensive. La Sierra Nevada de Santa Marta représente « le cœur du monde », un organisme bien vivant, dont les fleuves, rivières, montagnes ou forêts sont les organes. Plusieurs fois invité par Eric Julien, Thierry sera le trait d’union entre le Diois et La Sierra Nevada de Santa Marta. « Dans nos pensées aménageuses nous avions oublié de laisser une part du territoire au Vivant, comme l’incarnent les peuples premiers ».

Le loup

Le loup sera une surprise puis une découverte, puis une colère, puis un essai de compréhension, puis une volonté de coopération pour un même pays. Et enfin une pratique de discernement et dialogue pour sortir des dualismes mortifères de notre monde d’exaspération.

Conversations

Puis viendront les temps de la transmission, de la ferme… et des visions symbiotiques. Le temps de la maladie, des réparations symboliques et pratiques, …

La page s’est tournée… Mais l’homme a laissé beaucoup de traces, de boues de ses chaussures, d’humus des terres foulées, des glaises riches et grasses de Montlahuc… Et de Biovallée.

Pousseront, on n’en doute encore mille et une fleurs de transitions, d’alternatives, de bifurcations, de métamorphoses, de beauté du monde pour lesquelles Thierry a simplement voulu nous faire « prendre attention ».

Claude Veyret

claude.veyret26@gmail.com

Ce texte est librement inspiré  des interventions de Zoé et Jessie, hier 02 février 2024 au Crématorium de Beaumont-lès-Valence.

9 Commentaires

  1. Medias Citoyens Diois

     » Thierry était resté comme un enfant, toujours dans l’amusement et l’émerveillement ! Ce joyeux décalage faisait qu’on ne s’ennuyait jamais à ses côtés. Notre première rencontre date d’il y a 12 ans, nous souhaitions relier nos projets sur Biovallée : EpNS/semaine de de l’écologie/Les Amanins. Thierry proposait des tas d’idées et avait fini la journée par celle d’avoir dans nos différents lieux des panneaux de signalétiques, indiquant à combien de km habitait chaque structure partenaire, afin de concrétiser notre lien symbolique, tel un jeu de piste. Cette poésie, je l’ai toujours retrouvée à ses côtés. C’était un spécialiste du tricotage de mots pour en inventer d’autres plus adaptés à son ressenti. La dernière fois que nous avons pris le temps de partager ensemble, il savait qu’il partait bientôt et en parlait avec une sincère simplicité, c’était extrêmement touchant. Et pourtant son enthousiasme l’emportait encore, enthousiasme pour la beauté de cette vallée qu’il souhaitait tant conserver naturellement belle, enthousiasme pour l’avenir de ceux qui y vivraient. Thierry restera cet « enthousiasmeur contagieux ». »
    Isabelle Peloux

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  2. Medias Citoyens Diois

    Audace, humilité, bienveillance, discernement, créativité, joie, courage et toujours, cette authenticité, jusqu’au bout…
    Et bien sûr, tes précieuses clés pour une autre agriculture mais aussi pour nous tous, pour ouvrir la voie du Symbiocène, à tous les niveaux de nos territoires, intérieurs, extérieurs. Quelle chance d’avoir pu côtoyer ce chemin de Beauté, Thierry, que tu nous as montré.
    En gratitude. Beau voyage là bas.
    Merci pour le partage.
    Frederika Van Ingen , Auteure, Journaliste, conférencière, initiatrice du Cercle des Passeurs. Livres « 101 façons de se reconnecter à la nature » « Ce que les peuples premiers ont à nous dire… » et « Sagesses d’ailleurs pour vivre aujourd’hui »

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  3. Medias Citoyens Diois

    Dans la vie … quelques personnes sont des poteaux ! Thierry, tu as été un poteau essentiel dans la mienne : le dialogue et l’écoute incarnés, la simplicité et la hauteur, le chemin de l’essentiel et aussi … l’expérience démocratique ! Tu as souhaité soutenir le centre social du Diois pour qu’il puisse être un mailleur, un facilitateur, un animateur du territoire. Une confiance qui nous a permis de grandir et qui a apporté du beau dans le Diois. Merci. Au revoir poteau.

    Alain Cantarutti, Délégué chez Fédération des Centres Sociaux des 2 Savoie

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  4. Medias Citoyens Diois

    En pleine crise de l’agriculture, je tiens à rendre hommage à un homme exceptionnel, Thierry Geffray, qui sa vie durant, a choisi de tirer les leçons de ce que la vie lui proposait. Co-créateur de la Biovallée, agriculteur régénérait, j’ai eu la chance de le rencontrer, grâce à Eric JULIEN. Ensemble nous avons partagé plusieurs parcours afin de faire bénéficier de ses enseignements et comment ils ont pu éclairer chacun de clés de résilience et de leadership.
    Plusieurs participants se sont joints à moi pour lui rendre hommage.
    Merci à un « ancien » pétillant, comme les cherchaient les Indiens Kogis en arrivant en France.. Merci Eric pour cette rencontre magique…

    Christine Marsan accompagne les transformations et les transitions

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  5. Medias Citoyens Diois

    De l’humour toujours
    De la simplicité évidement
    De la créativité assurément
    De l’humilité indispensable
    Un compagnon de route comme on en rencontre peu… qui guide et accompagne, soutien et éclaire..
    Merci du chemin
    Nous avions longuement parlé de ton départ, que tu souhaitais digne..
    Bravo mon ami… digne tu l’as été jusqu’au dernier souffle ..
    Bonne route par la ba
    Eric JULIEN

    Réponse
  6. Medias Citoyens Diois

    Ce principe de « choisir de tirer les leçons de ce que la vie nous fait traverser », ne serait-il pas applicable à tous ? Toujours ?
    Accepter, accueillir, ‘vibrer avec’ ce qu’il nous est proposé , ou imposé … de traverser.
    Plutôt que de lutter, d’ériger nos vérités, d’imposer à la vie le chemin que nous imaginons. Plutôt que de nager à contre-courant.

    Cela ne veut pas dire vivre ‘passivement’.
    Peut-être ‘intelligemment’.
    Faire AVEC, dans le ET.
    Plutôt que CONTRE et dans le OU.
    D’une certaine façon, ceux dont la vie est proche de la nature (terre, mer, forêt, montagne, déserts ….), adoptent plus souvent cette attitude, cette forme d’humilité. Un hasard ?
    En mer, parfois, il ne faut juste pas y aller. Ce n’est pas le moment.
    Nicolas Peltier

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  7. Medias Citoyens Diois

    Thierry était un conteur. Pour présenter la démarche de projet pour le Pays du Diois, il racontait une histoire, celle d’une population d’ici mais aussi venue d’ailleurs mue par la volonté de vivre et de résister. Pas de plan stratégique, d’axes prioritaires, ni de fiches d’action.
    Avec Mairie-conseils, la communauté de communes du Diois avait organisé une rencontre entre intercommunalités pour échanger sur les projets de chaque territoire. Pour cela, de nombreux temps de « palabre » donnaient à chacun la possibilité de prendre la parole et des comédiens venaient conter des histoires de développement local. La parole, l’écoute, la parole…
    Convaincu, malgré l’avis de beaucoup d’autres, que la compétition entre les territoires ne mènerait qu’à faire gagner les plus forts, Thierry parlait de coopération et d’entraide. Non pas pour s’accrocher au passé, mais pour inverser les critères d’une réussite collective.
    Aussi, nous sommes nombreux à l’avoir écouté nous raconter que « les arrières pays » seront bientôt « les avant pays » grâce justement à la coopération, l’entraide, et au respect mêlé de l’humain et de son environnement. C’est probablement « l’avant pays du Diois » qui a pu faire naître la belle histoire de la « Biovallée ».

    Nous l’avons côtoyé à de multiples occasions dans des groupes de réflexion où il avait toujours cette volonté, cette détermination d’agir, de faire avancer les idées et les territoires, avec l’implication de chacun.
    C’était un vrai plaisir de travailler et d’échanger avec lui.
    Annie Blanchard : Mairie Conseils

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  8. Medias Citoyens Diois

    J’ai appris récemment par Yves Gorgeu, le décès de Thierry. Je présente toute ma sympathie à ses proches et partage leur peine à l’occasion de cette séparation. En ouvrant récemment un cahier de notes, j’ai retrouvé une trace de Thierry. Il participait le 28 novembre 1997 à une réunion du comité des élus partenaires de Mairie-conseils. Devant le Directeur général de la Caisse des dépôts, ces élus présentaient les spécificités du développement local de leur
    territoire. Ils témoignaient aussi de leur engagement dans la transformation de leur territoire. Thierry, à côté de Michel Dinet, d’Erick Andrieu et d’autres apporter le témoignage du Diois. Constatant qu’on vivait dans les territoires imposés, il plaidait pour une reconnaissance du projet de territoire , en respectant « le petit et le local ». J’ai aussi noté une expression forte qu’il a prononcée à cette occasion : « En montagne, ce n’est pas l’horizon qui compte, c’est le chemin qu’on fait pour y arriver ; l’horizon c’est faire le chemin ensemble. ». Par la suite, j’ai été séduit par la relation qu’il avait su établir et entretenir avec la société des kogis, ses « grands frères » de Colombie.
    Gérard Logié, Mairie Conseils

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  9. Medias Citoyens Diois

    Juste quelques mots pour dire que Thierry me parlera toujours avec ses belles et riches pensées dont il savait si bien nous gratifier tous.
    Que de grands moments nous avons vécu ensemble dans le cadre de Mairie-conseils et aussi dans nos liens si amicaux et fraternels. Impossible d’oublier !
    J’ai eu l’immense honneur de côtoyer Thierry, d’être de nombreuses fois à ses côtés. Il m’a véritablement enrichi. A son contact, j’ai grandi et suis devenu comme un frère.
    Le trésor de Thierry, c’est son humanité, son regard porté sur les autres, son attention à autrui, sa curiosité des personnes, son empathie, son affection, sa poésie, sa magie, sa grandeur d’âme, son élévation d’esprit.
    Va en paix, Thierry, osons l’espoir de nous savoir un jour à nouveau ensemble.
    Dans ce monde malmené mais rempli aussi de lumières, je continuerai toujours à penser à Thierry et à être marqué par sa lumière qui nous atteignait en profondeur.
    Yves Gorgeu : Mairie Conseils et UNADEL

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