Réchauffement climatique : le modèle des stations de ski jugé « inadapté » par la Cour des comptes
Face à la hausse des températures, les domaines skiables n’investissent pas suffisamment dans la diversification de leur activité, estime la Cour dans un rapport publié ce mardi.
Sarah Dumeau

« Pas à la hauteur des enjeux », « inadaptée », « imprudente »… Dans un rapport rendu public mardi 6 février, la Cour des comptes épingle l’adaptation des stations de ski françaises au réchauffement climatique. Bien que leur existence soit menacée par la hausse des températures, ces dernières continuent de fonctionner sur le même modèle, dit la Cour.
La France est pourtant une destination majeure pour le ski, souligne le rapport. Le tourisme montagnard représente 22,4 % des nuitées réservées dans l’Hexagone, faisant de la France la deuxième destination la plus prisée pour le tourisme hivernal, après les États-Unis. Pourtant, « le modèle économique français du ski, conçu dans les années 1960, s’essouffle », constate le président de la Cour des comptes, Pierre Moscovici.
Une situation qui risque de s’aggraver puisque le réchauffement climatique impacte plus gravement les zones montagneuses, avec un réchauffement de 2 degrés en moyenne, contre 1,7 degré à l’échelle de la France. Pour l’heure, sans surprise, les stations de basse altitude – notamment dans les Alpes du Sud – et les petits domaines sont davantage impactés. Mais ce ne sera pas le cas à terme : « Toutes les stations seront plus ou moins touchées à l’horizon 2050 », prévient la Cour.
La neige artificielle, une réponse inadaptée
Face à ce phénomène, la réponse des stations « repose quasi exclusivement sur la production de neige », explique Pierre Moscovici. Pourtant, la neige artificielle « ne constitue qu’une protection transitoire et relative contre les effets du réchauffement climatique ». Aujourd’hui, 39 % du domaine skiable français est couvert par de la neige produite, précise la Cour des comptes. Prévu au départ pour compenser le manque de neige, ce procédé de substitution est finalement utilisé pour « sécuriser l’exploitation » et rassurer les touristes qui auraient réservé leurs nuitées.
Pourtant, cette fabrication est excessivement gourmande en eau et énergivore, en plus d’être particulièrement coûteuse : 45 millions d’euros ont été investis en moyenne chaque année par les stations dans la production de neige ces cinq dernières années, ce qui représente 13,6 % des investissements.
En dehors de la création de neige artificielle, les politiques d’adaptation menées jusqu’à présent sont « en deçà des enjeux soulevés », estime l’ancien ministre de l’Économie, qui juge la planification de l’État en la matière « lacunaire » et « dispersée ». Les stations qui investissent dans l’adaptation de leur domaine s’équipent, par exemple, de « luges d’été, de tyroliennes ou de parcs d’activité d’aventure et d’espaces de baignade », détaille le rapport.
Hausse du prix des forfaits à l’étude
La France fait figure d’exception dans le paysage du ski mondial puisque les communes sont généralement responsables de l’exploitation des domaines, une activité qu’elles peuvent déléguer à un prestataire privé. Ces dernières sont largement subventionnées par l’État puisque les services de remontées mécaniques sont considérés comme des services publics. Les 180 stations ayant généré un chiffre d’affaires inférieur à 15 millions d’euros ont ainsi perçu environ 124 millions d’euros d’argent public par an, chiffre la Cour. Pourtant, « les financements publics sont largement orientés sur l’économie du ski », déplore le rapport.
Avec la multiplication des stations gérées par de petites communes, « l’organisation actuelle n’est pas en mesure de promouvoir la diversification », tranche le président de la Cour des comptes. Il plaide pour un regroupement de stations, à l’image de ce qui se fait dans les Dolomites, en Italie, où douze domaines de sports d’hiver se sont agrégés. Un modèle qui pourrait aussi permettre aux stations plus rentables de financer la transformation de celles qui rencontrent davantage de difficultés. Le rapport envisage aussi de faire peser en partie le financement de cette transition sur les usagers en augmentant le tarif des forfaits, actuellement de 56 euros par jour en moyenne.
Ces propositions soulèvent toutefois des difficultés, au vu de la concurrence actuelle entre les stations d’une même région. La Cour des comptes doit remettre, dans un mois, une autre version du rapport au président de la République et plaider pour une action de l’État qui s’inscrirait sur le long terme.
Sarah Dumeau