« Je crois qu’il faut un peu de considération pour le monde agricole »
La députée écologiste de la circonscription Marie Pochon a coup sur coup fait passer deux lois à l’Assemblée, en faveur de prix planchers pour les agriculteurs et de la mobilité pour les plus précaires.
Le Crestois : Pouvez-vous nous expliquer précisément quelles sont les deux lois que vous avez réussi à faire voter à l’Assemblée, et en quoi elles sont importantes ?
Marie Pochon : J’ai d’abord été rapporteure d’un texte de loi visant à la réutilisation de véhicules issus de la prime à la conversion pour les mobilités solidaires et durables. Les gens préfèrent remettre leur véhicule à des concessionnaires pour toucher la prime à la conversion plutôt que d’en faire don aux garages solidaires. Et donc les garages solidaires se sont retrouvés sans véhicules pour les mettre à disposition des publics en situation de précarité de mobilité. Il y a environ cent vingt garages solidaires sur le territoire français, mais il existe aussi des associations solidaires, qui vont faire de la vente de véhicules, du prêt ou de la location à des tarifs qui sont extrêmement bas.
Il n’y a pas de garage solidaire ici dans la vallée de la Drôme, mais il en existe à Valence et à Romans-sur-Isère. Par contre, des projets ne demandent qu’à éclore et on espère que cette proposition de loi va les aider parce qu’il existe une vraie demande : on estime qu’il y a environ treize millions de personnes qui ont dû renoncer à des déplacements faute de moyens de mobilité. Nous, ce qu’on a proposé, c’est de prolonger un peu la durée de vie des véhicules de un à trois ans, plutôt que de les envoyer à la casse, alors que certains sont en meilleur état que ceux dont disposent aujourd’hui les garages solidaires.
Cette loi a été votée durant la semaine transpartisane, présentée conjointement par le groupe Écologistes et le groupe Renaissance. Elle a été votée à l’unanimité le 27 mars et promulguée ce week-end. C’est une loi de bon sens, en accord avec les garagistes qui voyaient des amas de véhicules de bonne qualité envoyés à la casse, alors que d’un autre côté on avait des associations qui en manquaient. Ça permettra aussi de mettre en place des réseaux de solidarité en matière de mobilité ; ici en vallée on en manque. Il y a très peu d’options ici si on n’a pas de véhicule.
Qu’en est-il de la deuxième loi votée, concernant les agriculteurs cette fois-ci ?
Cette loi concernant le secteur agricole, on l’a fait voter dans le cadre de la journée d’initiative parlementaire des écologistes. C’est une journée par an où chaque groupe minoritaire peut déposer ses textes, ça dure de 9 heures à minuit. On avait déposé nos textes à la mi-février pour qu’ils soient étudiés le 4 avril. On a voulu réagir aux mobilisations agricoles, où la question du revenu était portée de manière absolument centrale. Or à ce moment-là, on avait un gouvernement qui n’avait répondu que sur deux points, à savoir des aides à la trésorerie immédiate, avec des millions versés – qui ne sont toujours pas arrivés mais ça, c’est un autre sujet – et de la simplification et du recul sur les normes environnementales. Rien sur le revenu. Nous, notre ambition, en février, c’était de poser cette question essentielle à laquelle le gouvernement n’avait pas répondu, pour l’instant. Par la suite, le Président Macron a parlé lui aussi des prix planchers, sauf que la majorité présidentielle n’a pas suivi.
Sauf qu’on ne peut pas balayer comme ça la parole du Président et les promesses faites aux agricultrices et agriculteurs. C’est donc dans ce contexte-là qu’on a défendu le 4 avril un texte qui propose un prix plancher garantissant un revenu au moins deux fois le Smic pour les producteurs, de manière volontaire. Ce sont les filières qui choisiront d’organiser elles-mêmes des conférences publiques de filière pour mettre en place des prix planchers garantis. L’idée étant que ce soient les agriculteurs eux-mêmes qui se saisissent de ce sujet.
Ça c’est le premier article. Les articles deux et trois entérinent la mise en place d’un fonds pour la transition écologique qui est essentiellement portée par les agriculteurs eux-mêmes. Aujourd’hui, ça ne rapporte pas grand-chose de planter une haie ou protéger une zone humide, les aides ne sont pas très importantes, et ça prend du temps. Moi je pense qu’il faut que la puissance publique y mette les moyens, parce que ça bénéficie à tout le monde d’un point de vue sanitaire. Nous, nous pensons que ce fonds doit être financé par les industriels des phytosanitaires, de l’agro-alimentaire et de la grande distribution. Qu’on ait un meilleur partage, que celles et ceux qui s’engraissent sur les agriculteurs prennent part, également, dans le financement de la transition écologique.
Cette seconde loi a été un peu plus difficile à faire passer…
C’est vrai. Sur cette loi, nous avons eu une opposition de la majorité présidentielle menée par la ministre déléguée à l’agriculture Agnès Pannier-Runacher. Les Républicains (LR) étaient absents, totalement, des débats, ils avaient voté contre en commission. Là, pour le vote, il y avait zéro député LR et 11 députés du Rassemblement national sur 88, lesquels se sont tous abstenus. Je suis fille d’agricultrice, j’ai toujours su que ça ne rémunérait pas ce travail-là et qu’on vivait plutôt grâce à l’argent que gagnait mon papa. Comme si c’était une forme de normalité, alors que ce n’est pas normal. Alors ces prix plancher, ça ne résout pas tout le problème agricole, il faut travailler sur les intrants, à l’endettement, la concurrence déloyale… Cette question est très large et ça pose la question de la protection d’un modèle agricole vertueux, qui protège ses paysans et la santé, dont on a un bel exemple ici en vallée de la Drôme. Après il faut encore que cette loi passe au Sénat. Mais c’est un début de réponse, et un début de considération. Et je pense que la moindre chose sur ces sujets-là, c’est pas de venir dans les barrages, dire qu’on vous soutient, et après de voter la Politique agricole commune, de voter les accords de libre-échange, de ne pas être là quand on parle de revenus. Je crois qu’il faut un peu de cohérence, un peu de considération pour le monde agricole. Il faut une volonté politique, et moi j’essaie de porter cette volonté politique de garantie de prix dignes pour les agriculteurs, jusqu’au bout.
Propos recueillis par Blandine Flipo
Entretien publié dans Le Crestois du 12 avril 2024
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