Santé et équanimité : Rencontre avec la fameuse petite voix dans votre tête
Vous arrive-t-il parfois, alors que vous siégez au beau milieu d’une assemblée silencieuse, de vous imaginer vous lever et commencer à chanter ? D’être soudainement pris·e d’un horrible doute à trois heures de l’après-midi : aviez-vous bien éteint le four en partant ce matin ? Et parfois même, de vous visualiser commettre un truc carrément répréhensible, au point d’en craindre que vous êtes une mauvaise personne ?
Pas de panique.
C’est normal.
Complètement normal.
On appelle ceci des “pensées intrusives”, et elles arrivent à absolument tout le monde. “Une pensée intrusive, c’est une pensée qu’on va avoir dans une situation sans qu’il n’y ait forcément de rapport avec celle-ci, et qui va générer de la souffrance,” explique Bérénice Lefebvre, psychologue spécialiste des troubles anxieux. Elle précise que les pensées intrusives ne prennent pas toujours la forme “d’une petite voix dans notre tête” : elles peuvent aussi se manifester comme des images mentales ou de petits scénarios qui vont s’imposer à nous, dans notre esprit.
Mais peut-être que comme moi, vous connaissiez le terme de “pensées intrusives” grâce à des memes. Sur les réseaux sociaux, on peut en effet voir des milliers de publications de personnes indiquant avoir laissé leurs pensées intrusives gagner ou écouté la petite voix dans leur tête. Plonger sa tête dans un gâteau, se couper la frange selon un filtre TikTok… Comme le notent certains commentaires, les utilisateurs parlent plutôt ici de céder à ses impulsions dans des situations sans gravité. Cela risque de créer une confusion avec les pensées intrusives renvoyant à des actes illégaux ou immoraux. La possibilité que celles-ci puissent un jour se réaliser peut être terriblement angoissant pour certaines personnes.
Comme le répertorie le site américain Medical News Today, ces pensées dérangeantes vont le plus souvent être de nature sexuelle, violente (faire du mal à soi ou à autrui), ou être en rapport avec la religion, les relations amoureuses, les troubles alimentaires. Elles sont généralement déclenchées par le stress, exacerbé par des troubles du sommeil ou des changements hormonaux. Dans le cas où elles deviennent trop présentes, elles peuvent être symptomatiques d’anxiété, de stress post-traumatique, de troubles alimentaires, de TOC (trouble obsessionnel compulsif) ou de dépression.
Selon Bérénice Lefebvre, “On a des pensées intrusives dès qu’on commence à avoir une activité cognitive assez poussée, donc ça peut arriver très tôt.” C’est ainsi le cas de certains enfants qui, contrairement aux adultes, vont plus facilement partager ces pensées tout haut, faute de filtre social. Certaines périodes propices à l’anxiété vont nous rendre plus conscient·e·s de nos pensées intrusives, sans pour autant en augmenter le nombre, comme les règles, ou l’adolescence, “période très fragilisante.” “Avec tous les changements, tous les questionnements, on peut avoir des pensées intrusives notamment par rapport à tout ce qui est sexualité, orientation sexuelle et amoureuse,” explique la psychologue.
Mais même si les pensées intrusives sont communes et provoquent par leur nature de l’inconfort, il faut rester vigilant sur le degré de souffrance qu’elles causent. Bérénice Lefebvre recommande de surveiller leur récurrence : quotidienne, hebdomadaire, mensuelle… Plus les perturbations de la vie quotidienne vont être fortes, plus il va devenir important de consulter un·e professionnel·le de santé, pour notamment mettre en place une thérapie comportementale et cognitive (TCC), très adaptée. “Si je fais ou ne fais plus certaines choses parce que j’ai peur d’avoir ces pensées-là, il faut y aller.”
“Les pensées intrusives peuvent parfois nous faire si peur qu’on va avoir plusieurs types de comportements pour s’en débarrasser,” développe la psychologue. À partir du moment où les pensées intrusives nous obsèdent, on risque de développer une phobie d’impulsion, qui est un trouble obsessionnel compulsif. On va alors mettre en place des évitements (quitter son travail, arrêter de conduire ou de voir certaines personnes) ou des compulsions (vérifier plusieurs fois qu’on a tout débranché dans la maison, se laver les mains très souvent) pour éviter que le contenu de nos pensées ne se réalise. En retour, ces évitements et compulsions vont renforcer le TOC.
Vous l’aurez compris, les pensées intrusives peuvent devenir terriblement handicapantes.
Pourtant, il n’y a que très peu de risques que ces pensées ne deviennent réalité. “Tout dépend d’à quel point la pensée intrusive est contraire à nos valeurs,” précise Bérénice Lefebvre. Le degré de “gravité” des pensées intrusives est très variable. Par exemple, explique-t-elle, si on pense au fait qu’on doit changer la litière de notre chat au beau milieu d’une conversation, c’est une pensée intrusive dans le sens où elle va nous déranger et n’a aucun rapport avec la situation. Et pour le confort de notre minou, nous allons en effet la réaliser. “Si vos pensées intrusives sont plutôt par rapport à de la pédophilie, de la zoophilie, des agressions sexuelles, cela n’arrivera pas.”
“Penser quelque chose ne fait pas de vous une mauvaise personne. Si on a peur et qu’on se pose des questions, c’est la preuve que cela ne colle pas avec nos valeurs,” rassure la psychologue. Elle explique que nombre de ses patient·e·s craignent que penser à quelque chose revient à le valider. “Aucun rapport : si je pense à l’esclavage, je pense au fait que l’esclavage existe, pas que je suis d’accord avec.” C’est l’anxiété qui nous fait imaginer le pire et nous suggère qu’on en serait capable. “Tout le monde serait capable de le faire. La question est de savoir si on le fait ou pas selon notre morale.” Ajoutant qu’il y a vraiment “une différence entre le fait de penser à quelque chose et le fait de le faire”, elle conclut : “Les gens qui passent à l’acte n’ont pas peur de le faire, ils en ont envie.”

Le mental
Bérénice Lefebvre conseille de prendre du recul avec ses pensées intrusives, en se concentrant bien sur le fait que ce sont des pensées et rien d’autre. Elle invite aussi à les décrédibiliser en les prononçant à haute voix sur l’air d’une chanson pas très sérieuse comme “Le Papa pingouin”, à l’image du sort Riddikulus jeté contre les peurs projetées par les épouvantards dans Harry Potter. En complément, voici quelques conseils de l’Anxiety and Depression Association of America.


Cycle MBSR
du jeudi 16 mai 2024 au jeudi 4 juillet 2024 à 18:00
Lieu
Séance d’orientation
Le 29/04/2024 de 18:00 à 19:30
Séances du cycle
- Séance 1 : 16/05/2024 à 18:00
- Séance 2 : 23/05/2024 à 18:00
- Séance 3 : 30/05/2024 à 18:00
- Séance 4 : 06/06/2024 à 18:00
- Séance 5 : 13/06/2024 à 18:00
- Séance 6 : 20/06/2024 à 18:00
- Séance 7 : 27/06/2024 à 18:00
- Séance 8 : 04/07/2024 à 18:00
Les séances 1 et 8 durent 3h et les séances 2 à 7 durent 2h30
Journée du cycle
Le 23/06/2024 de 09:30 à 17:30
Tarifs
Prix public : Participation Libre L’Adresse du Cycle : Centre St Joseph 4 Montée de la Butte Allex 26400 Une autre séance d’orientation en ligne a lieu le 7 mai à 18h
Merci de consulter l’instructeur pour connaître l’ensemble des conditions tarifaires.
Modalités d’inscription
A voir directement avec l’instructeur
ou via https://associationresonance.blogspot.com/
