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« L’écologie ou le fascisme » : Marie Toussaint mobilise contre l’extrême droite européenne

Pour son dernier grand meeting, la tête de liste des Écologistes, Marie Toussaint, a mis l’accent sur l’importance d’un groupe écologiste fort au Parlement européen pour empêcher tout risque que l’extrême droite gouverne à cette échelle.

N’en déplaise aux ami.es de gauche ou extrême-gauche ou même ultra-gauche ou anars, seuls  les écologistes avec Marie Toussaint ont un projet et programme digne des enjeux européens mais aussi plantaires. MCD

Mathieu Dejean

« Ensemble, faisons de cette fin de campagne une épiphanie : faites entendre la voix de l’écologie dans tout le pays ! » À une semaine du vote aux élections européennes le 9 juin, Marie Toussaint s’en remet presque aux forces de l’esprit au moment d’achever son discours aux Docks d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), devant 1 600 personnes remontées à bloc.

La tête de liste des Écologistes en convient : sa campagne s’est faite avec le « vent de face ». Si en 2019, les marches pour le climat, la démission de Nicolas Hulot ou encore le mouvement des « gilets jaunes » avaient mis l’écologie à l’agenda en France et même en Europe, l’heure est aujourd’hui au backlash, le retour de bâton. « Je connais parfaitement ce cycle qui voit l’écologie s’épanouir puis être désavouée de nouveau. Je savais donc que cette campagne serait ce qu’elle est », a déclaré Marie Toussaint devant son public venu de toute la France pour ce dernier grand meeting avant le jour du vote.

« Ce qu’elle est », cette campagne écolo, c’est un calvaire, entre les erreurs de communication qui ont suscité les moqueries, l’invisibilisation des thématiques écologiques, le choix d’une campagne en solitaire qui a déçu des électeurs et électrices de gauche, et l’angoisse soudaine de passer sous le seuil des 5 %, qui permet d’envoyer des élu·es au Parlement européen.

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Marie Toussaint lors du meeting des Écologistes à Aubervilliers

L’offre politique à gauche n’a pas arrangé les affaires de Marie Toussaint, avec Raphaël Glucksmann ( social démocrate à la Schröder ou Blair , NDLR )  d’un côté, tête de liste du Parti socialiste (PS) et de Place publique qui occupe le créneau du fédéralisme européen, et Manon Aubry de l’autre, tête de liste de La France insoumise (LFI).

Un « vote utile » pour sauver l’écologie ?

Ce 2 juin pourtant, la peur semble s’être dissipée. « La possibilité de ne plus avoir d’eurodéputés écolos a été vertigineuse pour beaucoup de gens », relate Mélissa Camara, candidate en 3e position, qui rapporte un « sursaut » de mobilisation et de visibilité des écolos.

Amine Kessaci, 20 ans, militant des quartiers nord de Marseille et numéro 10 sur la liste, affiche ainsi son optimisme : « En 2019 on nous disait les grands perdants, on a fini avec 13,5 %. Aujourd’hui, je prends de l’énergie car le 9 juin, je serai élu et je porterai la voix de celles et ceux dont on dit qu’ils ne sont rien », déclare-t-il, saluant ses camarades venus des quartiers des Rosiers et des Oliviers, à Marseille. À ses côtés, l’adjointe au maire de la cité phocéenne, Christine Juste, sourit avec bienveillance tout en convenant d’une « ambiance compliquée », due au fait que l’élection soit très nationalisée par l’ensemble des candidat·es, qui en font une répétition générale avant la présidentielle de 2027.

Benoît Biteau peut en témoigner. « L’écologie plus tard, c’est l’écologie trop tard ! », lançait-il en conclusion de son intervention très acclamée sur une petite scène avant l’ouverture du meeting. Comme tous ses camarades, l’eurodéputé sortant et agriculteur bio engagé auprès des Soulèvements de la Terre, en 6e position sur la liste, déplore un « écolo-bashing » qui dure depuis la révolte des agriculteurs, en janvier.

S’il dément toute crainte de fiasco le 9 juin, il s’échine toutefois à déconstruire l’idée de « vote utile » à gauche aux européennes en faveur de Raphaël Glucksmann – les socialistes espèrent le voir doubler la candidate macroniste Valérie Hayer. « On nous parle d’un vote utile mais ça n’existe pas : à quel moment c’est utile de voter pour un candidat qui va pactiser avec PPE et Renew [les groupes de droite et du centre au Parlement européen – ndlr] ? Le vote utile c’est de mettre en place un maximum d’élus qui fassent un bloc de gauche robuste et solide », dit-il, fixant pour objectif que la gauche dans sa diversité envoie plus d’eurodéputé·es au Parlement européen que le Rassemblement national (RN).

Empêcher la « peste brune » de gouverner

Le risque d’une percée de l’extrême droite européenne est, pour beaucoup d’écologistes, l’enjeu réel de cette élection. D’autant plus que l’actuelle présidente de la Commission européenne, tête de liste du Parti populaire européen (PPE), Ursula von der Leyen, n’a pas exclu une alliance de la droite avec le groupe de Giorgia Meloni. « Le 9 juin, est-ce qu’on envoie le signal d’une tentation brune ou d’une tentation verte ? C’est l’enjeu de cette élection. Si les Verts ont un groupe costaud au Parlement européen, ce ne sera pas avec les fachos que ça se passera », plaide David Cormand, eurodéputé sortant et candidat à sa propre succession.

 

La sénatrice écologiste et coprésidente du Parti vert européen, Mélanie Vogel, n’a pas dit autre chose à la tribune : « C’est la force du groupe écologiste au prochain Parlement européen qui déterminera si ce sera l’écologie ou le fascisme en Europe» « Pour moi qui reçois cent fois par jour des menaces de mort parce que j’aime une Allemande, ces haines n’ont pas disparu », a-t-elle lancé, en appelant à la mobilisation générale pour le 9 juin pour « enrayer la peste brune ».

À sa suite, Marie Toussaint a donc pilonné Jordan Bardella, la tête de liste du RN : « Jordan Bardella, ce n’est pas un bras d’honneur au système, c’est le bras tendu vers le pire », a-t-elle lancé en démentant l’idée qu’il défendrait les agriculteurs qui se mobilisaient en janvier.

Comme pour conjurer le sort d’une élection qui leur échapperait totalement, le sénateur écologiste Yannick Jadot a longuement pris la parole. Aux précédentes européennes, en 2019, c’est lui qui avait conduit les écologistes au pinacle avec 13,5 %. Il en a ainsi appelé aux « 3 055 023 millions d’électrices et d’électeurs qui se sont levés il y a cinq ans et ont glissé notre bulletin dans l’urne » : « Ne cédez ni à la résignation, ni à la lassitude, ni à la déception ! »

Le souvenir de l’échec cuisant de sa candidature à la présidentielle de 2022, où il avait recueilli 4,7 % des suffrages exprimés, plane toutefois dans l’air. Ce score n’avait pas permis au parti de rembourser ses frais de campagne. Mais les Écologistes, qu’on voit rarement aussi unis, se sont montrés  ragaillardis pour aborder le sprint final.

Mathieu Dejean

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