79 ans plus tôt, l’apocalypse nucléaire s’abattait sur Hiroshima et Nagasaki
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Hervé Ratel
Epopée scientifique majeure autant que tragédie humaine épouvantable, la bombe atomique a donné lieu à énormément d’œuvres documentaires et de fiction.
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Photo prise en 1948, qui montre un aspect de la ville dévastée de Hiroshima au Japon, trois années après le largage de la première bombe atomique sur une population.
« Maintenant, je suis la mort, le destructeur des mondes« . Quand le 6 août, puis le 9 août 1945 deux bombes d’un genre nouveau s’abattent respectivement sur les villes japonaises de Hiroshima et de Nagasaki, les paroles de Robert Oppenheimer s’incarnent dans la plus effroyable des réalités.
Little Boy est chargée sur le B-29 Enola Gay. L’avion parcourt 2400 km dans la nuit avant de larguer son sinistre colis au dessus d’Hiroshima à 8h15 le matin du 6 aout. Lorsqu’elle se trouve à 580 m au dessus du sol, Little Boy explose dans une boule de feu de 5000°C. Tout ce qui est près du centre dans un rayon de 800m est totalement vaporisé. Quelques secondes plus tard, une onde de choc dévastatrice pulvérise les bâtiments détruisant tout sur son passage 2 km à la ronde. Là où quelque chose ou quelqu’un était présent, ne subsiste désormais plus qu’une ombre. 80.000 personnes au moins meurent ce matin là.
Trois jours plus tard, un autre B-29 transportant Fat Man, la deuxième bombe, décolle. La première cible initialement choisie, Kokura, est cachée par les nuages. L’avion se dirige alors vers sa cible de rechange, Nagasaki. Bilan : 40.000 morts. Quatre mois plus tard, le nombre de morts aura doublé. Plus de 140.000 à Hiroshima, 80.000 à Nagasaki.
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Des archives récemment déclassifiées
Quantité de livres, films, documentaires et BD ont été consacrés à la mise au point de l’arme atomique et à ses conséquences. En ce moment Arte.tv lui consacre un documentaire passionnant La Bombe (Rushmore Denooyer) riche d’images impressionnantes de champignons atomiques, de témoignages d’hommes politiques, d’ingénieurs du projet Manhattan et de témoins directs des évènements ainsi que d’archives récemment déclassifiées par le département de la Défense américain. On y retrouve évidemment tous les chercheurs ayant participé à ces recherches. Les deux chimistes allemands Otto Hahn et Fritz Strassmann qui en 1938 trouvent mais sans pouvoir l’expliquer, qu’en bombardant l’uranium de neutrons, ils créent une substance différente, le barium. Ou la physicienne Lise Meitner qui comprend que ses collègues viennent de fissionner le noyau d’uranium et les implications de cette découverte en terme de libération colossale d’énergie.
A partir de ce moment et de quelques équations griffonnées sur un tableau noir, le monde vient d’entrer dans une nouvelle réalité et pour les physiciens du monde entier, les conséquences sont évidentes. Seulement, cela arrive au pire moment, Hitler étant sur le point de déclencher la Seconde guerre mondiale. Et si les nazis parvenaient à mettre au point une bombe atomique ? Après tout, à cette époque, l’Allemagne compte parmi les plus brillants physiciens au monde. Le premier à s’en alarmer publiquement est un physicien hongro-américain, Leo Szilard qui publie une lettre sur la menace d’une bombe nazi. Il demande à Einstein d’envoyer un courrier au président Roosevelt qui ouvre illico un projet de recherche sur l’uranium.
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Un drame qui irrigue la culture nippone
Le projet « Manhattan » prend naissance dans un immeuble de ce quartier de New York sous le commandement du général Lesley Groves qui embauche alors le physicien Robert Oppenheimer à qui Christopher Nolan a consacré en 2023 un film à succès.
Toute cette épopée est également magistralement racontée dans la monumentale BD La Bombe (Alcante/L.F Bollée, Rodier, Editions Glénat). Mais là, où le film de Nolan fait totalement l’impasse sur les conséquences des deux bombes A sur les populations civiles, cette bande dessinée française y consacre un large pan. Tout comme bien évidemment de nombreuses œuvres japonaises, les ombres de Hiroshima et de Nagasaki hantant et irriguant la culture nippone depuis près de 80 ans.
Parmi les films les plus marquants, citons Rhapsodie en août du maître Akira Kurosawa ou Pluie noire de Shohei Imamura adapté du roman éponyme de Masuji Ibuse qui suit plusieurs survivants des bombardements, des hibakusha selon le terme consacré. Enfin, tout aussi bouleversant et violent en dépit d’un style de dessin simple et parfois naïf, le manga Gen d’Hiroshima de Keiji Nazakawa publié entre 1973 et 1985, qui a donné lieu à trois adaptations cinématographiques, et sert souvent de matériel pédagogique dans les écoles japonaises pour évoquer les bombardements des 6 et 9 août 1945.
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APPIS