Laïcité : atteinte, défaillance voire lâcheté dans application de la loi !
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Tourcoing ce 7 octobre 2024 : une élève agresse sa professeure après une demande de retirer son voile, droit de retrait des enseignants du lycée Sévigné
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À Tourcoing, dans la cour d’un lycée, une élève voilée a violemment agressé une enseignante lorsque cette dernière lui a demandé de retirer son voile islamique. La jeune fille a été interpellée et une plainte a été déposée contre elle. Les élèves du lycée Sévigné, à Tourcoing, sont encore sous le choc. Ce lundi 7 octobre, une violente altercation a eu lieu entre une élève de l’établissement et une enseignante, a t on appris de sources policières concordantes, comme l’ont également rapporté nos confrères d’Europe 1. D’après nos informations, une enseignante en sciences techniques et médico-sociales a « demandé à une élève de retirer son voile » au moment où cette dernière, qui s’apprêtait à quitter l’établissement, a mis son voile alors qu’elle était encore dans le lycée.
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L’élève a été interpellée par la police
L’élève refuse d’ôter son voile et se met à « gifler et bousculer » la professeure, explique un policier. Face à cette agression, l’enseignante riposte en giflant à son tour l’élève. C’est là que la situation dégénère. Prise d’un accès de colère, l’élève décide de « rouer de coups » sa professeure, avant de prendre la fuite. Exclue temporairement du lycée, une plainte a été déposée. L’élève a été interpellée hier à 18h40. D’après nos informations, elle est majeure et inconnue des services de police. MCD
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« Le Cours de monsieur Paty », de Mickaëlle Paty : Samuel Paty, victime de nos peurs
La sœur du professeur assassiné publie le 16 octobre, quatre ans jour pour jour après sa mort, un récit décisif qui met en lumière plus d’une défaillance et plus d’une lâcheté. Compte rendu et bonnes feuilles.
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« Le Cours de monsieur Paty », de Mickaëlle Paty, avec Emilie Frèche, Albin Michel, 208 p., 17,90 €, numérique 12 € (en librairie le 16 octobre).
La peur. Ce seront les assises de la peur. Lorsque, au mois de novembre, s’ouvrira le procès de l’assassinat de Samuel Paty, les juges devront non seulement déterminer les responsabilités des uns et des autres, mais aussi et peut-être surtout explorer l’écheveau de craintes et de lâchetés qui auront permis au djihadiste Abdoullakh Anzorov, 18 ans, d’exécuter un enseignant à la sortie de son établissement, le 16 octobre 2020. Telle est la pensée qui harponne l’esprit au moment de refermer Le Cours de monsieur Paty, récit que sa sœur, Mickaëlle Paty, publie le 16 octobre, quatre ans jour pour jour après l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), dont « Le Monde des livres » publie de larges extraits. Ce texte, qui retrace les onze jours séparant le cours de Samuel Paty sur la liberté d’expression du moment où il a été décapité par un terroriste islamiste, décrit une société rongée par la peur.
La peur qui surgit ici est d’abord celle de Paty lui-même. Dans des passages poignants, sa sœur relève que le professeur d’histoire-géographie, victime d’une gigantesque campagne de calomnie, prenait, lui, la menace au sérieux. Faute d’escorte policière, il s’en remettait à ses collègues pour l’accompagner jusqu’aux abords de son domicile, encapuchonné d’un sweat-shirt. En guise d’arme, il gardait dans son sac à dos le dérisoire petit marteau que son père lui avait offert, quand il avait quitté le foyer familial pour faire ses études à Lyon.
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Une épaisse solitude
Mais Samuel Paty avait surtout peur de la peur des autres. Il était de ces êtres qui craignent la lâcheté par-dessus tout. Durant ces journées qui l’ont mené à la mort, il aura eu plus d’une occasion de la voir autour de lui, enveloppant maintes consciences, gorgeant tant de silences. Le Cours de monsieur Paty détaille ces dérobades qui auront plongé l’enseignant dans une solitude dont on commence à peine à mesurer l’épaisseur.
Dès le début de la chasse à l’homme dont il a été la proie, va jusqu’à affirmer Mickaëlle Paty, les personnes et les institutions qui auraient dû le défendre ont surtout été préoccupées par une volonté d’éviter le scandale – dans le langage administratif, on préfère évoquer le « risque d’un retentissement médiatique pouvant complexifier la situation ». D’où cette aberration : très vite, le prétexte de la cabale s’est révélé un pur mensonge (l’élève qui disait avoir été contrainte de regarder une caricature de Mahomet publiée dans Charlie Hebdo n’avait pas assisté au cours) ; or cette donnée essentielle a été trop souvent escamotée. A lire Mickaëlle Paty, tout se serait passé comme si le plus important, aux yeux du rectorat, mais aussi du « référent laïcité », était de ne pas « froisser » les accusateurs. De marteler que la situation était en voie d’apaisement : « On fait le pari que, si personne n’en parle plus, les choses finiront par se tasser », résume-t-elle.
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Le plus frappant, de ce point de vue, n’est pas la dissymétrie des forces en présence, celle qu’on trouvait dans d’autres machinations islamistes (pensons seulement à Salman Rushdie, à Charlie) : une fois de plus, un homme sans défense a été livré à un tueur sans limites, cette fois guidé par quelques collégiens sans conscience. Non, ce qui saisit, ici, c’est la coexistence de deux visions du monde, deux manières totalement différentes d’agir et de réagir.
Au moment où les équipes éducatives tendaient à présenter l’affaire comme un malentendu regrettable, un problème de « communication » avec les élèves, des diffamations se répandaient sur Internet, présentant Paty comme un raciste et ennemi des musulmans. Pendant que la principale du collège pointait une « maladresse » dans le cours de l’enseignant, celui-ci était désigné comme un « blasphémateur » qu’il fallait d’urgence mettre hors d’état de nuire.
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« Qu’est-ce qu’on devient après ça ? »
Face aux assauts djihadistes, pourtant, on ne saurait se contenter de convoquer une réunion de parents d’élèves. Trois ans plus tard, l’assassin de Dominique Bernard, à Arras, en apportera la preuve : n’ayant nul besoin d’invoquer un prétendu « blasphème », il dira obéir aux injonctions de l’organisation Etat islamique, lequel proclame haut et fort que tout enseignant formé à l’école de l’Occident constitue une cible prioritaire – quelle que soit sa méthode pédagogique. Voilà ce que n’auraient toujours pas compris les institutions académiques ni les services de renseignement, selon Mickaëlle Paty, qui a porté plainte contre l’Etat, avec sa famille, en 2022, afin que soient mises en lumière ce qu’elle considère comme des défaillances.
« Qu’est-ce qu’on devient après ça ? » La question n’en finit plus de se poser à l’autrice, depuis cet instant où sa mère a prononcé cette phrase au téléphone : « Ton frère s’est peut-être fait tuer devant son collège. » Mais la question se pose plus largement. Quatre ans après la mort de Samuel Paty, un an après celle de Dominique Bernard, où en est-on ? Où en sommes-nous ? Au point mort, semble répondre Mickaëlle Paty, ou plutôt au stade de la peur généralisée. Il n’y a eu ni réveil ni sursaut, déplore-t-elle, tant s’en faut : « La seule force dont nous disposons, dans une démocratie, c’est le nombre. Si la majorité se tait, ou se met à genoux, ceux qui restent debout deviennent des cibles », écrit-elle dans son livre. Un livre qui ne prétend pas dissiper notre peur ni même en instruire le procès. Seulement la priver de son innocence en la nommant pour ce qu’elle est : une sanglante complaisance..
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Les bonnes feuilles du « Cours de monsieur Paty », de Mickaëlle Paty
Quatre ans après l’assassinat de Samuel Paty, sa sœur, Mickaëlle Paty, signe, avec Emilie Frèche, un récit implacable, à paraître le 16 octobre chez Albin Michel.
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Sur les lieux de l’assassinat de Samuel Paty, à Conflans-Saint-Honorine (Yvelines), un an après, en octobre 2021.
Le commencement
Ce même mardi [6 octobre 2020], entre 12 h 50 et 13 h 40, mon frère délivre son cours « Situation de dilemme : être ou ne pas être Charlie » aux quatrième 4, comme il le leur a annoncé la veille. L’élève Z. qui chahutait la veille est absente. Comme il n’y a pas d’auxiliaire dans cette classe, Samuel ne propose pas à ses élèves de sortir quelques minutes car ils se retrouveraient seuls dans le couloir, sans surveillance. Il les invite à simplement détourner le regard quelques instants s’ils le souhaitent, et le cours se poursuit sans que personne ne fasse le moindre commentaire.
Mercredi 7 octobre, la principale prend la décision d’exclure Z. pendant deux jours, en raison de son comportement délétère depuis le début de l’année et de ses absences répétées. Cette exclusion est signifiée aux parents par SMS, Pronote (messagerie de vie scolaire) et courrier postal recommandé. Ce renvoi n’a aucun lien avec le cours de Samuel, la jeune élève n’y a d’ailleurs pas assisté, comme l’atteste un mot d’excuse présenté par ses soins. Sa mère prétend aujourd’hui que Z. a imité sa signature, et que son ex-mari et elle ont cru à son mensonge. (…) En tout cas, dès le 7 au soir, le père, Brahim Chnina, rédige trois posts sur son compte Facebook pour manifester sa colère à l’encontre de mon frère, et réclamer une mobilisation en vue d’obtenir sa radiation.
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Premier post :
« Incroyable mais vrai et ça vous concerne tous et toutes.
Ce matin le prof d’histoire de ma fille en 4e demande à toute la classe que tous les élèves musulmans de la classe lèvent la main.
Ensuite il leur dit de sortir de la classe car il va diffuser une image qui va les choquer.
Certains sortent et d’autres refusent dont ma fille. Ensuite ce professeur diffuse l’image de quelqu’un nu et leur dit que c’est le Prophète des musulmans notre cher bien aimé Prophète sallallahu’alayhi wa sallam tout nu…
C’est une honte venant de la part d’un professeur qui apprend à nos/vos enfants l’histoire.
Pour ma part, je ne laisse pas passer, demain je vais aller voir le directeur car ma fille est exclue deux jours du collège.
Si vous n’être pas d’accord avec ça, vous pouvez écrire un courrier au directeur de l’école pour virer ce malade et je vous donne l’adresse.
Il faut virer ce professeur d’histoire du collège. »
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Deuxième post :
« Collège Bois d’Aulne, 78700 Conflans-Sainte-Honorine, Mr Paty, professeur d’histoire-géographie.
Ce professeur Pathy dit en se vantant à ma fille qu’il a participé à la marche de Charlie.
Vous avez l’adresse et nom du professeur pour dire STOP. »
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Troisième post :
« Chers frères et sœurs
Cette histoire est vraie et c’est arrivé à ma fille. Soyons fiers de notre religion et de notre prophète sallallahu’alayhi wa sallam, qui nous a appris la religion musulmane et surtout le bon comportement.
Faites minimum un courrier au collège ou CCIF ou inspection académique ou ministre de l’Education ou président.
Mais faites quelque chose. »
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Ces trois posts sont envoyés par Brahim Chnina à tout son répertoire WhatsApp et relayés par ses « amis » Facebook. Abdelhakim Sefrioui fait partie de ses contacts depuis le mois précédent. C’est de cette façon qu’il prend connaissance des posts et se met immédiatement en relation avec ce parent d’élève. Abdelhakim Sefrioui est un militant islamiste fiché S, bien connu des renseignements pour combattre la laïcité dans les services publics. Son mode opératoire est le suivant : il requalifie les rappels à la loi en discriminations à l’égard des musulmans, ce qui lui permet de mener des actions en justice et de convoquer la presse afin d’imprimer dans la tête du plus grand nombre qu’il existerait en France un racisme d’Etat. Son activisme exercé depuis plus de quarante ans lui vaut d’être déjà, au moment de la cabale contre mon frère, inscrit au fichier FSPRT (fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste), comptant un peu plus de 10 000 personnes radicalisées susceptibles de passer à l’acte.
Pages 50-53
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L’emballement
Le lundi 12 octobre, alors qu’une deuxième vidéo a été postée durant le week-end par le militant islamiste, ce qui affole évidemment l’ensemble de la communauté enseignante, il n’y a toujours aucune réaction à la hauteur de la menace. La directrice demande simplement au référent laïcité de revenir au collège pour rassurer ses troupes, et une réunion de médiation avec l’équipe pédagogique est organisée à 17 heures… en « salle de détente ». Ça ne s’invente pas ! Le référent laïcité se plante face aux enseignants inquiets, la pointe des fesses et les mains en appui sur le rebord d’une table, à la manière d’un prof s’apprêtant à faire classe, puis explique que la situation est sous contrôle, que tout a été mis en place afin de garantir leur sécurité, et que la seule chose à faire maintenant est d’adopter un discours d’apaisement. Samuel, lui, a été positionné derrière ce référent, autant dire au coin, et à nouveau contraint au silence. Il ne fait plus partie du groupe des professeurs. Il n’a commis aucune faute pourtant, on le lui a bien dit, mais cette mise en scène prouve exactement le contraire. Elle le désigne comme coupable, dans la droite ligne de la case cochée par la principale sur la fiche « Faits Etablissement » : il est l’« auteur des faits », et les élèves sont les « victimes » d’une atteinte à la laïcité. Mon frère est pourtant le seul enseignant à être nommément menacé dans cette vidéo qui se viralise, mais à cette réunion c’est le reste de l’équipe dont on veut prendre soin. (…)
On ne rédige pas de courrier aux parents et aux élèves, on ne convoque pas Brahim Chnina pour lui faire admettre que sa fille ment ni pour lui signifier que son discours calomnieux ne restera pas sans suite. On fait le pari que, si personne n’en parle plus, les choses finiront bien par se tasser. Le fameux #Pasdevague… Sauf qu’il existe un autre monde, parallèle à celui dans lequel nous vivons, une « contre-société » pour reprendre l’expression d’Emmanuel Macron, dans laquelle les propos du père de Z. et du militant islamiste vont avoir un écho considérable. Et cela, grâce à de puissants relais. En l’espèce, Radio Maghreb 2 qualifie Chnina de lanceur d’alerte et la Grande Mosquée de Pantin diffuse sa vidéo calomnieuse. Cette mosquée va même jusqu’à reprendre à son compte le superlatif « hajj », dont ce parent d’élève se réclame, et qui est donné aux seuls musulmans ayant accompli le cinquième pilier de l’islam : faire le pèlerinage à La Mecque. Cette vidéo est postée dès le 9 octobre à 19 heures à plus de 10 000 abonnés. Dans les minutes qui suivent, un internaute répond : « Voilà le lycée. » Il reproduit le nom et l’adresse du collège tels que Chnina les a envoyés à ses boucles WhatsApp. Il donne également le nom de mon frère. Le recteur de cette mosquée et cette radio communautaire portent une lourde responsabilité morale dans la mort de Samuel, car ils ont assuré la diffusion à grande échelle de propos violents qui lui ont mis une cible dans le dos.
Pages 123-124
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Fils et filles d’instituteurs
Voilà où l’a conduit une semaine de menaces, de désaveux et de solitude : à croire lui-même qu’il ait pu commettre une erreur, une maladresse. Alors que trois jours plus tôt, quand rien encore ne l’a abîmé et qu’il prend la parole devant ses élèves pour revenir sur le déroulé de son cours, Samuel ne formule aucune excuse, car il sait qu’il n’a rien fait de répréhensible et que s’excuser entraînerait une remise en cause de son enseignement, ce qui le discréditerait pour le reste de l’année. Au contraire, « il est resté droit dans ses bottes », m’a dit l’auxiliaire après sa mort. Cette phrase me hante. Et me bouleverse. J’y vois toute la rigueur intellectuelle de mon frère, et sa manière de concevoir son métier d’enseignant. Nous sommes fils et filles d’instituteurs. Mes parents ont enseigné toute leur vie dans l’Allier, et ont tous les deux terminé leur carrière comme directeurs d’école en zone d’éducation prioritaire. Comme je l’ai dit précédemment, Samuel était dans l’Education nationale depuis vingt-trois ans ; ma sœur, après l’attentat, a changé de carrière pour enseigner à des enfants en situation de handicap. Quant à moi, je suis infirmière anesthésiste à l’hôpital. Assurer une mission de service public, c’est ce qui nous a guidés depuis l’enfance, et nous y avons consacré nos vies. Ce n’est pas rien.
L’attitude de Samuel durant les dix derniers jours de son existence raconte aussi cette histoire. En dépit des pressions qui seront exercées sur lui, des menaces de mort et de sa propre peur, il ne sera guidé que par une chose, défendre le fait de devoir remplir cette mission : construire des êtres libres. Quand j’essaie de rendre compte du genre d’homme qu’il était, je me souviens de cette anecdote, en date du 15 mars 2020. Le président venait de décréter un premier confinement de quatre semaines, et Samuel m’avait écrit pour me souhaiter bon courage à l’hôpital. Je lui avais répondu qu’il allait m’en falloir, car nous étions passés de deux à trente patients Covid-19 dont un en réanimation, sans compter que parmi le personnel soignant un certain nombre fuyait le combat. Sa réponse fut lapidaire : « Les lâches. » Oui, la lâcheté, pour lui, était sans doute la pire chose qui pouvait vous arriver. Isolé, la peur au ventre, il a continué à se rendre au collège jusqu’au bout et à dispenser ses cours. A aucun moment, il n’a envisagé d’abandonner son poste. Il avait le sens du devoir. Et de l’honneur.
Pages 95-97
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L’Etat en accusation
Le péril grave et imminent dans lequel se trouvait mon frère n’a en revanche été pris en compte par personne. (…) Les renseignements étaient également informés des vidéos qu’[Abdelhakim Sefrioui] avait réalisées contre mon frère et postées sur les réseaux sociaux, alors pourquoi n’ont-ils pas effectué de veille Internet ? Ou si veille il y eût, pourquoi n’en ont-ils rien fait ? Personne dans ces services n’a-t-il pris le temps de lire les commentaires sous ces vidéos, unanimes dans leur volonté d’« agir » contre mon frère ? Ses internautes pétris de haine considèrent que seule la charia est légitime. Aussi, quiconque viendrait lui porter atteinte ou ne respecterait pas l’oumma doit être puni afin de venger le prophète – c’est ce qu’on appelle le « djihad de défense ». Tel est l’appel de Sefrioui contre mon frère. Face caméra, il se fait passer pour un mufti, seul personnage juridique dans l’islam qui soit en mesure d’édicter une fatwa, sentence ayant la particularité d’être énoncée sans que l’exécutant soit connu ou nommé, de sorte qu’elle peut perdurer indéfiniment dans le temps. Ainsi, bien qu’il soit aujourd’hui mis en examen pour « participation à une association de malfaiteurs terroriste » (et toujours présumé innocent), son appel auprès des musulmans à défendre leur religion demeure. Par ailleurs, et conformément à la loi islamique canonique qui soumet le plaignant à l’administration de la preuve pour formuler son accusation, Sefrioui, dans sa vidéo, va tantôt se servir de Z. comme victime, tantôt comme témoin. A ce dernier titre, l’adolescente est censée lui permettre de prouver qu’il ne tient pas de propos calomnieux à l’encontre de mon frère, ce qui constitue en droit coranique un péché capital passible de l’enfer. Pour cette même raison, Chnina et son ex-femme s’évertueront eux aussi, chaque jour, sans relâche, à glaner des témoignages sur le terrain et sur les réseaux sociaux, afin de conforter l’accusation de blasphème et de discrimination portés contre Samuel. Et pour échapper à la justice française, mais aussi à la justice divine qui réprouve les calomniateurs, ils soutiennent encore aujourd’hui avoir cru le mensonge de leur fille. Dans cette vidéo, qui a circulé à grande échelle sur la toile, le mot « voyou » n’a eu de cesse d’être martelé. Dans l’islam, il n’a pas le même sens qu’en français. Un « voyou », dans l’islam, c’est quelqu’un qui n’a aucun respect. C’est quelqu’un de violent contre qui il faut réagir par la violence. En traitant six fois mon frère de « voyou », Brahim Chnina et Abdelhakim Sefrioui s’adressent spécifiquement aux oreilles musulmanes. Ils exigent la radiation de mon frère auprès des laïcs, mais auprès des religieux ils incitent à venger le Prophète.
La possibilité d’exprimer un tel niveau de haine en violation totale de notre droit et la voir bénéficier d’une publicité sans limite est un phénomène auquel nous n’arrivons toujours pas à nous adapter. Pour simple exemple, il m’aura fallu trois mois, assistée de mon avocate, pour obtenir auprès du portail de signalement des contenus illicites de l’Internet, Pharos, la suppression par Facebook France de la vidéo de Brahim Chnina, pourtant mis en examen pour association de malfaiteurs à caractère terroriste. Trois mois durant lesquels ses mots de haine à l’encontre de mon frère décapité ont eu le temps de gangrener les cerveaux de notre jeunesse… Notons que, les jours précédant la mort de mon frère, pas une personne, du rectorat aux services de renseignements, n’a eu même l’idée d’un signalement sur cette plateforme.
Pages 141-143
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« Le Cours de monsieur Paty », de Mickaëlle Paty, avec Emilie Frèche, Albin Michel, 208 p., 17,90 €, numérique 12 € (en librairie le 16 octobre).
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1973 Naissance de Samuel Paty à Moulins.
1995 Dans le cadre de sa maîtrise d’histoire à l’université Lumière-Lyon-II, il soutient un mémoire de recherche, Le Noir, société et symbolique. 1815-1995, qui sera publié en 2021 par les Presses universitaires de Lyon.
1997 Il obtient le capes d’histoire-géographie.
2017 Il enseigne au collège du Bois-d’Aulne, à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelynes).
6 octobre 2020 Samuel Paty fait cours sur la liberté d’expression à sa classe de 4e.
16 octobre Il est assassiné par un jeune islamiste russe d’origine tchétchène, Abdoullakh Anzorov, abattu peu après par la police.
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Dans un aparté adressé au public, à l’issue d’un échange tendu avec deux autres enseignants et la principale du collège, « le professeur » confie : « J’avais l’impression d’avoir perdu le langage comme outil pour me faire comprendre. » Avec la pièce Le Professeur (Albin Michel/L’Avant-scène théâtre, 128 pages, 12 euros, en librairie le 16 octobre), il s’agit pour Emilie Frèche de rendre Samuel Paty au langage, de le sortir du silence et de l’extirper des gloses faites par d’autres. De lui donner la parole sur scène, pour retracer les huit jours qui ont mené à son assassinat, le 16 octobre 2020, à la sortie de son établissement. Tandis que la rumeur malfaisante prend de l’ampleur à l’extérieur, que la lâcheté se répand de toutes parts, l’autrice met en scène le passage si rapide du quotidien banal d’un homme à un état de solitude terrifiée, au fil de réunions et de conversations tenues dans une atmosphère kafkaïenne – le Kafka du Procès auquel le texte fait signe, de manière pertinente, à plusieurs reprises. Raphaëlle Leyris
75 % des Français affirment que la laïcité est menacée à l’école
Une professeure a été violemment agressée ce lundi 7 octobre par une élève à qui elle demandait de retirer son voile. Un sondage révèle que 75 % des Français estiment que la laïcité est menacée dans les écoles françaises. Le lundi 7 octobre, une élève du lycée Sévigné à Tourcoing (Nord) a giflé sa professeure après que celle-ci lui a demandé de retirer son voile dans l’établissement scolaire. Un incident qui n’est pas isolé, et a remis sous les feux des projecteurs le sujet du respect de la laïcité à l’école. Alors que l’année 2023 a enregistré un nombre record d’atteintes à la laïcité dans les établissements scolaires, un sondage CSA, révèle que 75 % des Français estiment que la laïcité est menacée à l’école. Parallèlement, 24 % des personnes interrogées expriment un avis opposé, tandis que 1 % préfère ne pas se prononcer. L’analyse détaillée selon le sexe montre que les hommes sont plus nombreux que les femmes à penser que la laïcité est menacée à l’école : 77 % des hommes et 74 % des femmes. À l’inverse, 25 % des femmes défendent l’idée que non, la laïcité n’est pas menacée dans les établissements scolaires, un pourcentage qui n’est que de 22 % chez les hommes.
Les résultats varient également selon l’âge des personnes interrogées. La tranche des 25-34 ans est la plus divisée sur la question : ils sont 56 % à estimer que la laïcité est menacée à l’école. Le chiffre grimpe à 60 % pour les 18-24 ans et 77 % pour les 35-49 ans. Les plus unis sur la question sont les 50-64 ans qui sont 84 % à estimer que la laïcité est menacée à l’école. Le chiffre redescend enfin à 82 % pour les plus de 65 ans.
En regardant dans le détail des catégories socioprofessionnelles, les inactifs sont les plus fermes sur la question, et sont 79 % à estimer que la laïcité est menacée à l’école. Les cadres et professions supérieures (CSP+) sont eux 76 % à partager cette opinion. Le chiffre descend à 69 % pour les catégories socioprofessionnelles inférieures (CSP-). Si l’on se penche sur les résultats détaillés selon la proximité politique, l’on peut observer que ce sont les partisans de gauche qui sont le moins enclins à affirmer que la laïcité est menacée à l’école. Les sympathisants Écologistes sont 56 % à partager cette idée. Le chiffre descend à 42 % pour les partisans de La France insoumise, mais remonte de manière fulgurante à 76 % chez ceux du Parti socialiste.
Du côté du bloc central, les partisans de Renaissance sont 73 %, un peu en dessous de la moyenne nationale, à s’exprimer en faveur de cette idée.
Les sympathisants de droite sont les plus unis sur le sujet. Les partisans des Républicains sont 86 % à estimer qu’il faut juger les mineurs comme les adultes. Le chiffre grime à 88 % pour les sympathisants du Rassemblement national qui sont les plus fermes sur la question.
Eva I.