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Elections en Géorgie
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Fraudes électorales massives en Géorgie : La victoire du parti prorusse est vivement contestée…

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Bidzina Ivanishvili, fondateur du parti au pouvoir Rêve géorgien, prononce un discours au quartier général du parti suite à l’annonce des résultats. Bidzina Ivanishvili, fondateur du parti au pouvoir Rêve géorgien, prononce un discours au quartier général du parti suite à l’annonce des résultats. 
En bref:

  • Rêve géorgien remporte les élections avec 54% des voix.
  • L’opposition dénonce des fraudes et refuse de reconnaître les résultats.
  • Des ONG confirment achats de voix et violences pendant le scrutin.
  • L’oligarque Bidzina Ivanishvili a mobilisé ses moyens pour influencer les élections.
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Nuit électorale sous tension à Tbilissi ce samedi 26 octobre. Lorsque les résultats sont annoncés sur l’écran de télévision du quartier général de la «coalition pour le changement» des partis d’opposition proeuropéens, les visages se décomposent. Contrairement à ce que laissaient présager les sondages, Rêve géorgien, le parti au pouvoir depuis 2012, arrive en tête, avec 54% des voix. En face, les quatre partis d’opposition réunis en coalition ne recueillent que 37,58% des suffrages. Suffisamment pour entrer au parlement, mais pas pour former le gouvernement proeuropéen dont ils rêvaient.

Aussitôt, une atmosphère pesante envahit le quartier général. Après une réunion d’urgence tard dans la nuit, trois des quatre coalitions d’opposition annoncent ne pas reconnaître les résultats, dénonçant des fraudes massives. «Il s’agit d’un coup d’État constitutionnel. Rêve géorgien a volé les élections. Ce n’est pas la Russie ici, mais la Géorgie», affirme Nika Gvaramia, l’une des figures de l’opposition au régime.

«Nous nous attendions à des fraudes, mais pas de cette ampleur. Nous sommes en train de travailler en profondeur pour comprendre comment cela a pu avoir lieu. On soupçonne que ce soit dû au nouveau système de vote électronique», ajoute Zurab Japaridze, chef du parti Girchi, ajoutant que l’opposition fournira prochainement la preuve de ces fraudes. «Dans les sondages de sortie des urnes, nous étions gagnants. Nous ne croyons pas au résultat tel quel. Nous savons que c’est l’opposition qui a gagné», affirme Giorgi Gabriadze, un des jeunes de la coalition.

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Accusations de fraudes massives

Dans les rues de Tbilissi, la nuit de samedi est encore calme, on ne voit que quelques badauds attendant un appel à manifester. «Ils ont truqué ces élections, la commission électorale est de leur côté», affirme Giorgi, pour qui l’annonce des résultats a eu l’effet d’une «gifle».

Ces élections législatives représentaient un scrutin particulièrement important depuis l’indépendance de cette ex-République soviétique en 1991. Elles avaient des airs de référendum sur l’Union européenne. Si plus de 80% des Géorgiens aspirent à rejoindre celle-ci, volonté par ailleurs inscrite dans la Constitution du pays, le parti réélu a fait tomber progressivement son masque proeuropéen pour opérer un rapprochement avec Moscou, malgré l’occupation de 20% du territoire géorgien par la Russie depuis la guerre de 2008.

 

Les partisans de l’alliance des quatre partis d’opposition proeuropéens étaient convaincus de leur victoire la semaine dernière. Samedi, ils ont déchanté.

Comme le craignaient l’opposition et les ONG, la journée électorale a été émaillée de multiples fraudes. Achats de voix, bourrages d’urnes ou scènes de violence sont confirmés par la coalition des ONG observatrices des élections, qui a également annoncé ne pas reconnaître les résultats. Dans une salle de conférences à Tbilissi, leurs membres enchaînent les coups de fil, en contact constant avec des observateurs sur le terrain. «Des cas de confrontations physiques, de menaces, de violences ont été enregistrés dans une trentaine de circonscriptions, avec des groupes violents mobilisés à l’intérieur et à l’extérieur des bureaux de vote, menaçant nos observateurs», détaille Londa Toloraia, porte-parole de la coalition, qui recense «254 plaintes déposées devant les commissions de circonscription et de district». Il ne fait pas mystère du fait que les accusations se portent sur Rêve géorgien.

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Le pays confirme son basculement vers Moscou

Derrière ce parti, un seul homme: l’oligarque Bidzina Ivanishvili, son fondateur. Ancien premier ministre du pays de 2012 à 2013, l’oligarque a construit sa fortune en Russie, gravitant dans les cercles du Kremlin. Il n’a aujourd’hui plus de fonctions officielles, mais tire dans l’ombre les ficelles du pays, avec ses fidèles placés aux postes clés de l’État. Bidzina Ivanishvili, dont la fortune représenterait un tiers du PIB de la Géorgie et dépasse le budget de l’État, a injecté sa fortune dans toutes les strates de l’économie géorgienne. Il est accusé d’avoir mobilisé toutes ses ressources pour influencer ce scrutin à haut risque.

Dimanche matin, les officiels du parti se réjouissaient: «Les résultats finaux sont très clairs sur notre victoire, nous sommes le parti avec le plus de voix, bien loin devant le second. C’est un grand succès, qui nous garantit une majorité forte au parlement», affirme Levan Makhashvili, membre du parti, qui rejette les accusations de fraude. «Que l’opposition apporte des preuves! Oui, il y a eu quelques incidents, mais c’était minime et à la marge, seulement dans une dizaine de bureaux de vote, dont les voix n’ont pas été comptées. Cela n’a pas d’impact sur le processus électoral», assure-t-il.

Avec ce nouveau parlement, élu pour quatre ans, la Géorgie confirme son basculement vers Moscou. Un changement de cap qui ne sera pas sans répercussions dans le reste de la région. L’opposition a appelé à des manifestations dans le pays pour contester les résultats. Reste à savoir quelle en sera l’issue, alors que Rêve géorgien avait annoncé vouloir interdire les partis d’opposition en cas de victoire.

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