« On va forer comme des malades ! » : ce que propose Donald Trump contre l’écologie et le climat
.
Sébastien Billard et Rémi Noyon
.

.
Réélu président des Etats-Unis, le milliardaire climatosceptique est un soutien forcené des énergies fossiles et promet de sortir à nouveau son pays de l’accord de Paris.
C’est une victoire incontestable. Alors que l’élection présidentielle américaine s’annonçait pourtant serrée, Donald Trump a été largement réélu président des Etats-Unis. Un résultat qui aura d’importantes répercussions sur l’écologie et le climat, tant le candidat républicain a toujours fait de son opposition à la lutte contre le changement climatique l’un de ses principaux marqueurs politiques.
Soutien forcené aux énergies fossiles, sortie de l’accord de Paris… Voici ce que promet de faire Donald Trump sur ces sujets.
.
Pétrole : « Drill, baby, drill »
C’est un slogan que Donald Trump a entonné à de multiples reprises au cours de sa campagne, et qu’il a encore répété lors de son discours de victoire : « Drill, baby, drill ! » (« Fore, bébé, fore »). Ces quelques mots résument parfaitement la ligne du candidat républicain sur le dossier énergétique : celui qui qualifie de « canular » le changement climatique n’a pas la moindre intention de faire ralentir l’exploitation pétrolière, dont son pays est le premier producteur mondial. Au contraire.
« On va forer [du pétrole] comme des malades ! », a promis le magnat aux électeurs américains. « Nous avons plus d’or liquide que n’importe quel pays dans le monde. Plus que l’Arabie saoudite ou la Russie », s’est-il encore félicité dans son discours de victoire, en référence au pétrole et au gaz. « Pendant la campagne, il n’a eu de cesse de dire qu’il fallait “réparer l’économie américaine” en offrant l’énergie la moins chère du monde, et donc en accélérant notamment la fragmentation hydraulique en vue de produire des gaz de schistes », observe Pierre Blanc, professeur à Sciences-Po Bordeaux et Bordeaux Sciences Agro.
Donald Trump promet aussi de revenir sur l’Inflation Reduction Act (IRA), l’ambitieux programme de soutien énergétique mis en place par Joe Biden. Dans son viseur : les subventions aux énergies renouvelables et en particulier aux éoliennes, qu’il trouve « moches » et dont il ne cesse de déplorer le gâchis (malgré le fait que l’éolien représente moins de 5 % de la consommation énergétique du pays).
.
Dans son viseur : les subventions aux énergies renouvelables et en particulier aux éoliennes, qu’il trouve « moches » et dont il ne cesse de déplorer le gâchis (malgré le fait que l’éolien représente moins de 5 % de la consommation énergétique du pays).
Ses piques contre les véhicules électriques pourraient être mises en sourdine, étant donné sa bromance avec Elon Musk, le patron de Tesla. Certains spécialistes de la politique énergétique américaine soulignent également qu’une partie du plan de relance initié par son prédécesseur a bénéficié à des Etats républicains, qui sont devenus des champions de la production d’énergies éolienne et solaire, ce qui laisse penser qu’il sera hésitant à les effacer. Le plus probable est qu’il pousse les deux curseurs : ce qu’il appelle le « liquid gold », aka le pétrole, et la relance via une partie des renouvelables. La trajectoire énergétique des Etats-Unis devrait aussi suivre la courbe de la confrontation avec la Chine, qui tente d’étendre son hégémonie via le secteur des énergies renouvelables, en particulier le solaire.
Reste que ce programme énergétique risque de sérieusement compromettre un peu plus la lutte contre le changement climatique, déjà mal engagée. Selon une étude réalisée par Carbon Brief, alors que Joe Biden était encore en lice, une victoire de Donald Trump pourrait générer 4 milliards de tonnes de CO2 de plus d’ici à 2030 que si les démocrates l’avaient emporté (la trajectoire correspondante à l’élection de Kamala Harris n’aurait pas été brillante non plus). Soit l’équivalent des émissions cumulées de l’Union européenne et du Japon. « Même si la droite tech qui l’entoure peut avoir quelque intérêt dans la transition verte, à commencer par Elon Musk qui produit ses voitures électriques, il est fort à parier que les quatre ans à venir vont donc être quatre années perdues pour la lutte contre les émissions de gaz à effets de serre », analyse Pierre Blanc, auteur de « Géopolitique et climat ».
.
Il veut sortir à nouveau de l’accord de Paris
Lors de son premier mandat, Donald Trump a fait sortir les Etats-Unis de l’accord de Paris, faisant de son pays le tout premier à s’affranchir de ce traité international signé en 2015, qui vise à limiter le réchauffement climatique sous la barre des 2 °C par rapport à l’ère préindustrielle, et si possible sous 1,5 °C. Si son successeur, Joe Biden, était vite revenu sur cette décision, les Etats-Unis pourraient en ressortir : le milliardaire climatosceptique a promis pendant sa campagne qu’il claquerait à nouveau la porte en cas de victoire, considérant toujours ce texte comme un « fardeau ».
Alors que la lutte contre le changement climatique patine sérieusement – le monde court vers un réchauffement de 3,1 °C au cours du siècle, selon l’ONU -, le coup serait rude : les Etats-Unis sont actuellement le second émetteur mondial de gaz à effet de serre derrière la Chine. Cette victoire républicaine, qui intervient à moins d’une semaine de l’ouverture de la COP29, devrait plomber encore un peu plus les négociations internationales, qui achoppent depuis des années sur la question du financement de l’action climatique et en particulier sur la contribution des pays riches, qui sont aussi ceux qui ont le plus contribué au changement climatique.
.
Les Etats-Unis sont, de très loin, le premier pollueur historique de la planète : ilsont responsables à eux seuls 20 % des émissions mondiales depuis 1850. Or « ce nouveau mandat républicain a toutes les chances de ne pas être favorable à la participation des Etats-Unis au fonds “pertes et préjudices”, supposé répondre au besoin de justice climatique des pays les plus touchés par la hausse des températures », souligne Pierre Blanc.
.
Une nouvelle sortie de l’accord de Paris fait peser un autre risque sur la diplomatie climatique : celui d’un éventuel effet domino. Il y a quatre ans, le départ des Etats-Unis de l’accord n’avait été suivi par aucun autre pays. Mais en sera-t-il de même cette fois-ci ?
.
Vers un détricotage des mesures environnementales
Lors de son premier mandat, Donald Trump avait abrogé plus de 100 normes environnementales. Tout indique qu’il devrait poursuivre sur sa lancée. Le project 2025, ce programme officieux du candidat, rédigé par le think tank ultra-conservateur The Heritage Foundation, évoque un détricotage de l’EPA, l’Agence de Protection de l’Environnement, mais aussi de la NOAA, l’agence fédérale d’observation océanique et atmosphérique, qui est notamment en charge de la surveillance des ouragans, et qui pourrait carrément disparaître.
.
Le ralliement de Robert Kennedy Jr. au républicain génère toutefois des effets de bord inattendus. Antivax, l’ancien démocrate porte aussi un discours sur les pollutions environnementales (on retrouve l’idée d’un corps sain et naturel qu’il ne faudrait perturber par aucun intrant, que ce soit un vaccin ou des pesticides). On a ainsi vu Trump s’approprier le slogan « Make America Healthy Again » (« rendre l’Amérique à nouveau en bonne santé ») et son colistier J.D. Vance promettre de remettre à leur place les grandes entreprises qui polluent les sols et les eaux. Dans les deux cas néanmoins, Vance et Trump ont insisté sur le fait qu’ils tiendront Kennedy loin des enjeux de la relance pétrogazière. Pour eux, l’insistance sur l’empreinte carbone est une farce, qui ne vise qu’à contrôler les populations.
.
Sébastien Billard et Rémi Noyon