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Agriculture : un siècle de luttes pour les terres

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Au cours du dernier siècle, agriculteurs et paysans n’ont cessé de se dresser pour défendre leurs terres, que ce soit de leur accaparement par quelques riches propriétaires ou des remembrements successifs visant à faciliter la mise en place d’une agriculture productiviste. La lutte se poursuit aujourd’hui contre l’artificialisation sans répit des terres agricoles, et prend de nouvelles formes.

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Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi, en Beauce ou ailleurs, les champs étaient tout plat, à perte de vue ? Moi, pas trop, comme si ces paysages avaient toujours été comme ça.

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Et puis j’ai lu « Champs de bataille » d’Inès Léraud et Pierre Van Hove.

C’est le nouvel album d’Inès Léraud et Pierre Van Hove après l’incontournable « Algues vertes, l’histoire interdite ». On y découvre une enquête édifiante sur le remembrement : ou comment, au lendemain de la Seconde guerre mondiale, à grands coups de bulldozers et souvent contre l’avis des agriculteurs, on a rasé les haies, aplani les terrains et réparti les terres au pas de charge pour laisser se développer l’agriculture intensive, jusqu’à l’absurde.

C’est entre les années 1960 et les années 1980 que le remembrement devient réellement intensif.

Environ 15 millions d’hectares ont été remembrés à ce jour ; ces remembrements successifs ont affecté avant tout les paysages d’openfield et, dans un second temps, les paysages de bocages, supprimant près de 750 000 km de haies vives. Les régions sur lesquelles le remembrement s’est exercé à grande échelle étaient les régions les moins accidentées comme dans le nord de la France ou en Bretagne. Sur ces territoires, la suppression des obstacles physiques (haies, fossés, chemins) permettait de tirer le meilleur parti de la mécanisation des exploitations.

Le remembrement a largement été pratiqué en France (des années 1960 à 1980, moins fréquemment dans les années 1990). Il a engendré des impacts écopaysagers collatéraux importants, sur l’eau (inondations, drainage, eutrophisation) et les sols.

Dès les années 1960, des agronomes et naturalistes s’inquiètent des conséquences des arasements de talus, comblements de mares et arrachage d’arbres ou de haies pratiqués à l’occasion des remembrements. En 1954, l’émission État d’urgence, présentée par Roger Louis alerte le public quant à la banalisation des paysages et aux impacts environnementaux ; Paul Matagrin, directeur de l’École nationale supérieure d’agronomie de Rennes fondée en 1849 y dénonçait :

« des conséquences climatiques, des problèmes d’eau, d’érosion des sols. Notre équilibre écologique ancestral s’est brisé et nous ne savons pas encore quelle sera la limite de ces destructions irréversibles. »

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Le remembrement est une cause de la disparition du bocage.

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Ces procédures ont souvent été critiquées pour avoir été la cause d’une destruction massive et non compensée du bocage et des réseaux de talus, ainsi que des réseaux de fossés, de mares et de micro-zones humides qui constituaient une trame verte fonctionnelle, écologiquement et agronomiquement utile en abritant de nombreux auxiliaires de l’agriculture.

Le remembrement s’accompagnait  d’un important appauvrissement écologique du milieu ; par intensification de l’agriculture, et surtout à la suite de la destruction du réseau de haies, talus, fossés et points d’eau, ce qui aggravait l’érosion des sols et la pollution de l’eau.

Il fit l’objet de contestations multiples, notamment celle de Georges Lebreuilly, agriculteur de Geffosses (50), entre 1983 et 1989, qui devint maire de sa commune en 1989 et y fit édifier en 1994 un Monument national à la nature et aux hommes victimes des remembrements

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Un nouvel album-enquête indispensable de La Revue Dessinée (coédition Delcourt) qui paraît en librairie dans trois semaines, le 20 novembre !

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