Pollution des eaux : «Le Rhône ne va pas bien» !
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Les associations membres de la Plateforme nature et paysage de Genève (PNPGE) ont partagé un manifeste afin de «garantir un Rhône vivant».
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03.12.2024

Genève ne serait pas Genève sans son Rhône. Elle lui doit d’ailleurs son nom: la première mention de la ville date du 1ᵉʳ siècle av. J.-C., où elle est nommée «Genaua», que l’on peut traduire par «embouchure», en raison de son emplacement entre un lac et un fleuve. Le Rhône a donc toujours occupé une place prépondérante dans la vie des Genevois, tant au niveau de la biodiversité que par la source d’électricité que le fleuve produit.
Mais aujourd’hui, plusieurs associations membres de la PNPGE, dont le WWF et l’Association pour la sauvegarde du Léman (ASL), tirent la sonnette d’alarme. «Le Rhône ne va pas bien», déplore Julie Gyger, coordinatrice de la PNPGE, à l’occasion d’une conférence de presse tenue, ce mardi, dans les locaux de l’ASL pour dévoiler le «Manifeste pour garantir un Rhône vivant».
L’occasion pour elle et ses homologues des associations membres de la PNPGE de dévoiler six objectifs pour permettre au fleuve, à sa faune et à sa flore de prospérer.
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Résultats inquiétants
«Les dernières études disponibles définissent les populations de poissons du Rhône genevois comme les plus mauvaises d’Europe», affirme Julie Gyger. Un constat «préoccupant» qui s’incarne néanmoins comme une «formidable occasion d’agir pour garantir» la pérennité du fleuve, selon la PNPGE. À cette fin, des améliorations sont possibles sur quelques points bien précis.
L’un des problèmes soulevés par les associations réside dans l’utilisation des écluses du barrage du Seujet. «Le système d’écluse sert à produire de l’électricité, mais malheureusement, le fait de faire monter et descendre le niveau du Rhône plusieurs fois par semaine met en péril la faune et la flore du fleuve et de ses berges», détaille Louis Zesiger, président de la commission de la pêche de Genève.
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Le manifeste propose alors de «produire de l’électricité grâce à un débit au fil de l’eau, sans éclusées». Ces dernières viseraient selon les associations à augmenter la rentabilité des barrages mais n’auraient «aucun impact sur la quantité totale d’énergie produite par le Rhône».
Dans la même lignée, le deuxième objectif du manifeste vise à mieux encadrer le système d’abaissement-vidange du barrage de Verbois. Tous les dix ans, il est nécessaire de mettre les berges à sec afin de dégager les sédiments et déchets accumulés dans les retenues du barrage, pour éviter des inondations. Or, cela a pour conséquence de diminuer soudainement le niveau de l’eau, «ce qui induit de graves impacts sur les organismes aquatiques», détaille Louis Zesiger.
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Limiter l’urbanisation
L’ASL, spécialiste des opérations de nettoyage du lac comme le Net’Léman, estime que «près de 100 tonnes de déchets finissent dans le lac chaque année, et selon une étude conduite par l’EPFL en 2014, 10% de ces déchets se retrouvent dans le Rhône», souligne Suzanne Mader, secrétaire générale de l’ASL. Parmi ces 10 tonnes de détritus, on retrouve le plastique, fortement lié à l’activité humaine.
L’affluence grandissante des berges du Rhône, induite par des activités telles que la descente du fleuve en bouée ou en canoë, contribue selon l’ASL à une augmentation des déchets sauvages. L’un des objectifs préconisés par les associations membres de la PNPGE s’incarne donc dans une «limitation des nouvelles infrastructures en bord de fleuve».
Mais comment remédier à ce problème alors que Genève accueillera prochainement un nouvel aménagement à la Jonction qui devrait permettre aux visiteurs de mieux profiter de l’accès au fleuve?
«L’urbanisation n’est pas forcément aux antipodes de la préservation du Rhône, il faut néanmoins qu’elle soit accompagnée de mesures concrètes telles qu’une bonne gestion de l’accueil du public, une anticipation précise des besoins et la nécessité de rendre certains lieux inaccessibles», détaille Jean-Pascal Gillig, secrétaire régional du WWF.
Solution politique?
«Les élus sont désormais tous sensibilisés aux questions de réchauffement climatique, mais malheureusement on peine encore à avoir des résultats et des projets dans cette direction, surtout lorsque l’on observe les objets des dernières votations qui ne vont pas du tout dans ce sens», déplore Jean-Pascal Gillig.
Par ce manifeste, la PNPGE insiste sur le fait que Genève «ne profite pas pleinement du potentiel du Rhône»: «Une revitalisation au long terme aurait des effets bénéfiques pour la faune et la flore du fleuve mais également pour nous, les êtres humains qui en dépendent quotidiennement», conclut Julie Gyger.
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