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La fille de Marc Bloch protégée dans notre région

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Il en fut même pour la famille de Claude Lévi-Strauss.

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Courtin Bloch
René Courtin (à g.) et Marc Bloch (à d.).

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Voilà que naît le projet d’accueillir au Panthéon le grand historien Marc Bloch, assassiné par la Gestapo le 16 juin 1944. Il se trouve que cette décision a une résonance particulière dans notre modeste terroir. C’est en effet à Die, dans la propriété familiale des Courtin, que fut dissimulée la fille de Marc Bloch, Suzette.

C’est aussi au même endroit que trouvèrent refuge Raymond et Emma Lévi-Strauss, les parents de l’immense ethnologue et anthropologue, Claude Lévi-Strauss. Ce dernier avait réussi à fuir aux États-Unis, ce que Marc Bloch aurait bien voulu faire. Hélas, bien qu’ayant trouvé un poste aux Etats-Unis, il n’avait point obtenu de visa pour le rejoindre. Il était très engagé dans la Résistance et se doutait de la constante menace qui pesait sur lui.

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Ces deux hommes – et très particulièrement Claude Lévi-Strauss – étaient liés à René Courtin, brillant professeur d’économie à Montpellier, lui-même très impliqué dans le mouvement Combat. Il était né à Saulce-sur-Rhône et avait une demeure à Die. Grand chasseur, il courut les montagnes de son petit pays. Son épouse, Simone, était d’une vieille famille dioise, les Coursange.

Il fut l’un des principaux rédacteurs d’un document connu sous le nom de « Thèses de Pomeyrol » qui, en grand résumé, affirme que la foi protestante n’est pas compatible avec l’idéologie nationale-socialiste, ni aucune forme de dictature. Ce document de septembre 1941, certes destiné à un public très spécifique, eut un immense retentissement chez les fidèles : alors que, dans leur immense majorité, ils étaient choqués par le nazisme, ils attendaient de leurs responsables une nette prise de position publique.

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FONDATEUR DU MONDE

Courtin est aussi l’un des rédacteurs des travaux d’un organisme interne à la résistance, le « Comité Général d’Etudes », fondé dès 1941 par Jean Moulin, qui listait les réformes à entreprendre à la Libération. Ce document inspirera les politiques appliquées à partir de 1945. Michel Debré, Pierre-Henri Teitgen, François de Menthon, Georges Bidault, Alexandre Parodi, Pierre Mendes-France, toutes ces figures de la Résistance et, bientôt, de la IVe République, ont été ses proches.

On accorde aujourd’hui à René Courtin une belle notoriété du fait qu’il fut l’un des trois fondateurs du quotidien Le Monde, aux côtés de Christian Funck-Brentano et de Hubert Beuve-Méry. Ce dernier entrera en rude conflit avec René Courtin, qui était d’orientation atlantiste, c’est-à-dire pro-américain, contrairement à Beuve-Méry plus « neutraliste ».

Cela se terminera en 1951 par un divorce dont on ne peut pas vraiment dire qu’il ait été à l’amiable. René Courtin eut, dès la Libération et jusqu’à sa mort en 1964, un très fort engagement dans le mouvement européen. On notera que dans cette même famille de Die, d’autres juifs trouvèrent refuge pendant la guerre. Par ailleurs, Jean-Pierre Courtin, fils de René, fut le premier directeur du Parc naturel régional du Vercors.

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Jacques Mouriquand

Article publié dans Le Crestois du 6 décembre 2024

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