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Le projet éolien à Puy-Saint-Martin est quasiment enterré

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La préfecture a rejeté la demande d’autorisation de la société publique-privée Ourséole.

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PSM projet eoliennes 2
Une simulation vue de l’entrée sud du village de Puy-Saint-Martin.

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Cinq ans d’études techniques et environnementales, de réunions publiques, plusieurs dizaines de milliers d’euros dépensés… Tout cela pour rien ? Depuis 2019, la société Ourséole, une structure dans la laquelle est actionnaire l’entreprise Bellane énergie (83 %), ainsi que la mairie de Puy-Saint-Martin (4,5 %) et la communauté de communes du Val de Drôme (CCVD), via sa société d’économie mixte (Sem) V2D (12 %, sachant que ces deux structures doivent progressivement monter au capital) souhaite construire trois éoliennes de cent cinquante mètres de haut sur les hauteurs de Puy-Saint-Martin pour une production annuelle d’environ 40 GWh. Coût de l’investissement estimé : 18 millions d’euros.

Mais voilà, le 13 novembre dernier, la préfecture de la Drôme a officiellement rejeté la demande d’autorisation environnementale déposée par Ourséole, sésame indispensable pour pouvoir lancer le projet. Le premier motif de refus avancé, difficilement contournable, est à chercher auprès de… l’armée. En effet, la direction de la Sécurité aéronautique d’État en date du 12 juin 2024 a rendu un « avis défavorable au vu de la gêne significative et inacceptable présentée par les éoliennes sur le radar des armées de Serre-Haute qui se situe à 19 km du site d’implantation du projet », indique l’arrêté préfectoral.

« Nous savions que ce radar posait problème, c’est dommage que cet avis ait été différé à ce point-là, on aurait pu avoir ce retour dès le premier jour, se désole Jean-Marc Bouvier, maire de Montoison, vice-président délégué à la transition écologique et président de la Sem V2D. Nous avions fourni une étude réalisée par Airbus Industrie qui permettait de montrer qu’il n’existait pas d’impacts gênants sur ce radar. Mais l’armée n’en a pas tenu compte… » Le maire de Puy-Saint-Martin, Anthony Célérien regrette, lui, que cet avis soit « très peu argumenté ».

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L’ARMÉE DANS LE RADAR

Les porteurs du projet s’attendaient bien à un refus, « mais à ce point-là…, s’étonne le maire, on se dit que c’est dommage que les pouvoirs publics n’aillent pas argumenter un peu plus précisément. » En réalité, ce rejet est tout de même solidement argumenté d’un point de vue environnemental. Il est même (très) sévère : « Les inventaires habitats-faune-flore présentés dans le dossier demeurent insuffisants », « incomplétude des études réalisées », « le choix du site est principalement justifié par des critères géotechniques et socioéconomiques, le critère environnemental apparaît comme étant secondaire, voire inexistant »… Olivier Constant, porteur principal du projet à travers sa société Bellane énergie assure pourtant au Crestois que le bureau d’études retenu avait passé « soixante jours sur place » pour réaliser l’étude transmise à la préfecture. « Nous estimons que c’est un bon projet, commente-t-il sobrement. Ourséole va donc saisir au mois de janvier la cour administrative de Lyon pour qu’un avis tiers soit donné. » Décision dans les dix-huit mois.

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« INJONCTIONS PARADOXALES »

L’un des enjeux majeurs de cette étude environnementale concernait l’impact des éoliennes sur les chiroptères (chauve-souris) et les rapaces, nombreux dans ce secteur. Pour atténuer l’effet des éoliennes sur ces espèces, Ourséole avait prévu une série de capteurs et de caméras pour repérer leur présence et ainsi brider les pales des éoliennes, voire les stopper totalement. Les services de la préfecture estiment que l’étude d’Ourséole n’apporte pas « d’éléments factuels, de retours d’expérience, de sites de référence ou de publications qui procureraient un éclairage convaincant sur l’efficacité d’un tel dispositif. »

« L’impact de ce genre ne peut être nul, comme tous les projets industriels, estime Jean-Marc Bouvier. Mais je ne peux pas m’empêcher de penser que les rapaces et les chiroptères, à terme, vont probablement souffrir beaucoup plus des effets délétères du changement climatique que de la présence d’éoliennes sur le territoire. Pareil pour nos paysages : à quoi ressembleront-ils dans vingt ans si nous échouons sur la transition énergétique ? »

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Au-delà de l’aspect environnemental, beaucoup de critiques d’habitants et d’associations se concentraient en effet sur les effets paysagers néfastes des éoliennes. « Elles auraient été visibles depuis la Tour de Crest ! La mairie de Crest avait d’ailleurs pris une délibération en 2021 pour s’opposer à leur implantation. Et puis cett zonee, qui compte déjà plusieurs parc éoliens, photovolatiques, deux centrales nucléaires à proximité… Cela serait devenu une vraie zone industrielle », réagit André Bigot, coprésident de l’association d’Autichamp Alticampus. « Ce rejet est un immense soulagement pour nous, poursuit-il. nous allons pouvoir nous consacrer à nos tâches premières, à savoir la mise en valeur de nos patrimoines naturels, paysagers et bâtis. » Pour Jean-Philippe Maurel, représentant de l’Association de protection des patrimoines de la Répara-Auriples (APPRA), « cette décision nous conforte dans nos appréciations sur les aspects environnementaux négatifs du projet et les arguments que nous apportons depuis le début. Les risques sont largement supérieurs à l’opportunité ».

La question de la transition énergétique et du développement des énergies renouvelables est pleine de contradictions et ce projet d’Ourséole en est un bel exemple. Pour Jean-Marc Bouvier : « Nous sommes tous sur ce sujet pris dans un jeu de rôle et les élus doivent faire avec les injonctions paradoxales de l’État. Il faut faire avec. »

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Clément Chassot

Article publié dans Le Crestois du 20 décembre 2024

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