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Thomas Sankara, l’homme intègre

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« Thomas Sankara, l’immortel ». A la tête de la révolution burkinabée, le capitaine avait fait de la lutte contre la corruption l’une de ses priorités.

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Pierre Lepidi, Ouagadougou

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 Thomas Sankara lors d’un sommet non aligné à Harare, au Zimbabwe, le 2 septembre 1986.

Dès sa prise de pouvoir le 4 août 1983, Thomas Sankara fait de la bonne gouvernance l’un des piliers de sa révolution. Avec l’autorité d’un capitaine, il impose l’exemplarité autour de lui. « Par cette intégrité que personne ne lui contestait et parce qu’il a réduit de manière significative le train de vie de l’Etat, les Burkinabés ont adhéré à sa vision, analyse Serge Bayala, membre du Balai citoyen, un mouvement populaire burkinabé issu de la société civile. En s’investissant totalement dans sa mission et en vivant simplement, Thomas Sankara a montré l’exemple. Les Burkinabés ont consenti à faire des efforts parce qu’ils savaient que leurs impôts ne finiraient pas dans la poche d’un ministre corrompu ou celle d’une multinationale étrangère. »

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Thomas Sankara est né le 21 décembre 1949 à Yako, en Haute-Volta, d’un père gendarme soucieux de l’éducation de ses enfants. « Pour Thomas, le sens de l’intégrité était poussé à l’extrême, assure Valentin Sankara, frère cadet de Thomas. S’il tombait sur quelqu’un de malhonnête, il lui faisait la leçon. Il était franc avec tout le monde et détestait les injustices. » Thomas Sankara est le troisième enfant dans une fratrie de onze et il est l’aîné des garçons. Très vite, il va acquérir le sens des responsabilités.

Bon élève, le jeune Thomas se destine à entrer au séminaire comme le souhaitent ses parents, mais il décide de poursuivre ses études pour devenir médecin. Comme il n’obtient pas de bourse, il se lance finalement dans une carrière au prytanée militaire de Kadiogo, à Ouagadougou, à partir de la classe de seconde. « Par son esprit vif et son éloquence, il est devenu le leader de notre groupe d’officiers, se souvient Bernard Sanou, ancien camarade et actuel président du mémorial Thomas-Sankara. Il s’infligeait une discipline très stricte. Lorsqu’il était élève de jour, en charge de diriger les activités, il nous épuisait avec une cadence infernale. Il était le prototype de l’ordre, de la discipline et de la rigueur. »

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La rencontre avec Blaise Compaoré

Après le baccalauréat, il est choisi pour suivre une formation d’officier à l’académie militaire d’Antsirabé, à Madagascar, une école interafricaine d’officiers. La Grande Ile est alors en proie à une révolution où l’armée joue un rôle capital. Thomas Sankara se décide à rester une année supplémentaire dans la campagne malgache, où il effectue un stage au sein des unités de service civique, et séjourne longuement en brousse auprès des paysans. « Après Madagascar, il est devenu un autre personnage, plus affirmé politiquement, raconte Bernard Sanou. Un jour, il me dit : « Et si on s’intéressait à l’avenir du pays ? » Le socialisme à la russe l’inspirait, mais il disait que le développement de l’Afrique devait aussi respecter les chefferies traditionnelles. Il fallait qu’on trouve notre propre voie tout en s’enrichissant d’expériences venues d’ailleurs. »

En décembre 1974, pour une bande de terre désertique revendiquée par les deux pays, le Mali et la Haute-Volta se livrent à un conflit de quelques jours surnommé « la guerre des pauvres ». Le sous-lieutenant Thomas Sankara est envoyé au front et il réussit une percée dans le camp ennemi, ce qui le fait connaître au sein de l’armée. Il fait la rencontre de Blaise Compaoré, qui deviendra son ami, son frère d’armes. Deux ans plus tard, on lui confie la tête du Centre national d’entraînement commando de Pô, dans la région centre-sud du pays. « De jour ou de nuit, il faisait les gardes comme n’importe quel soldat. Il s’est rendu populaire en faisant creuser un puits, en organisant des spectacles de moto et en construisant une salle de cinéma », se souvient Fidèle Toé, ami d’enfance et ancien ministre de Sankara.

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La prise du pouvoir

Un jour, il croise Dominique Titanga Zoungrana, un ouvrier, en train de repeindre un hangar à l’extérieur de la zone militaire. Il le félicite pour la qualité de son travail avant de lui demander s’il peut « chaparder » quelques pots de peinture pour les murs de sa caserne. « Je lui ai dit qu’il en était hors de question et que je détestais les voleurs, assure Dominique Titanga Zoungrana, qui s’entend répondre spontanément : « Tu as raison ! Moi aussi, je déteste les combines et la corruption. Après t’avoir testé, je sais maintenant que je peux te faire confiance. » Suite à cette histoire, nous sommes restés soudés jusqu’à sa mort. »

Plusieurs coups d’Etat s’enchaînent en Haute-Volta au début des années 1980. Thomas Sankara, très apprécié dans les cercles militaires, est promu secrétaire d’Etat à l’information (1981), poste dont il démissionne avec fracas en s’écriant : « Malheur à ceux qui veulent bâillonner le peuple ». Puis il devient premier ministre en janvier 1983. Le 4 août, avec son ami Blaise Compaoré mais aussi Henri Zongo et Jean-Baptiste Lingani, ils prennent le pouvoir et Thomas Sankara est nommé président du Conseil national de la révolution (CNR), faisant alors de la lutte contre la corruption l’une de ses priorités.

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Le camarade président, qui se nourrit de lectures théoriques marxistes-léninistes, s’attelle à réduire le train de vie de l’Etat et décide de vendre les limousines des ministres pour rouler, lui compris, en Renault 5. Il impose aussi à ses collaborateurs de déclarer leur patrimoine à une haute autorité et publiquement à la radio. « A titre personnel, je possède un salon complet et une bibliothèque qui devrait être livrée incessamment. Je possède également trois guitares sèches. Je les cite parce qu’on leur attribue beaucoup de valeur », a-t-il lui-même déclaré, mêlant sérieux et humour. Dans une maison modeste qu’il rejoint parfois le soir en vélo, il vit simplement et ses parents continuent d’habiter dans leur pavillon de Paspanga, un quartier populaire.

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La naissance du « pays des hommes intègres »

Il réduit drastiquement les indemnités des fonctionnaires et les dépenses du gouvernement. En 1984, les bons d’essence ne sont plus attribués en fonction de la capacité du réservoir des véhicules mais par rapport au kilométrage afin d’éviter les reventes, et les salaires des membres de son gouvernement correspondent à ceux de leur profession. En tant que capitaine, le président perçoit donc une solde mensuelle de 138 736 francs CFA (quelque 212 euros). Au chapitre des économies, il n’autorise la climatisation dans les administrations et les ministères qu’en avril, le mois le plus chaud de l’année. De 1983 à 1985, les dépenses de fonctionnement de l’Etat baissent de 18 %. « Il disait qu’il fallait se serrer la ceinture pour que nos enfants et nos petits-enfants n’aient pas à le faire », assure Dominique Titanga Zoungrana.

Des écoles, des barrages, des dispensaires, des espaces de reboisement peuvent être construits sur le budget de l’Etat de ce pays considéré comme l’un des plus pauvres du monde. « La révolution va doter toutes les provinces d’au moins une ambulance grâce à l’effort populaire d’investissement », se souvient Blandine Sankara, une sœur de Thomas. Lui-même se veut irréprochable. « Au cours d’une rencontre à huis clos avec Félix Houphouët-Boigny, le président ivoirien propose d’offrir une mallette de billets à Sankara, raconte Bruno Jaffré, auteur de la Biographie de Thomas Sankara (éd. L’Harmattan, 2007). Le président burkinabé ouvre alors la porte du bureau et dévoile la valise à ses collaborateurs pour montrer la tentative de corruption. Ces derniers lui reprocheront de ne pas avoir pris cet argent pour acheter du matériel de santé. » Le 4 août 1984, il renomme son pays Burkina Faso, ce qui, en associant les langues moré et dioula, signifie « pays des hommes intègres ».

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Au quotidien, Thomas Sankara ne s’accorde aucun passe-droit. Quand un médecin propose à son père, tombé malade, une évacuation vers la France à laquelle il a droit en tant qu’ancien combattant de la seconde guerre mondiale, il s’y oppose par peur qu’on lui reproche de favoriser sa famille. L’homme vit comme un ascète, travaille beaucoup, dort peu, et ne mange souvent que de la bouillie accompagnée d’un Youko, un soda, qu’il coupe avec de l’eau. « Il ne buvait pas d’alcool, se souvient Fidèle Toé, ancien ministre du travail sous la révolution. Vers l’âge de 15 ans, il avait pris une cuite à la bière et ça lui avait servi de leçon. »

« Le sentiment d’être incompris »

Mais tout le monde n’est pas prêt aux mêmes sacrifices car « il demande beaucoup à ses collaborateurs et à ses ministres, écrit Bruno Jaffré dans sa biographie. Certains lui en ont tenu rigueur. D’autant qu’il lui arrive aussi d’être injuste et de leur faire du mal. » En réunion, il est parfois cassant. « Il m’a fait une remontrance en public parce qu’au mariage d’un ami, j’avais bu quelques verres de trop et n’étais pas venu travailler les jours suivants », raconte Alouna Traoré, un de ses anciens collaborateurs.

Dans sa volonté de réforme, le président va trop vite et commet des erreurs, comme le remplacement d’enseignants par des révolutionnaires totalement inexpérimentés. Des opposants à la révolution sont réprimés par les Comités de défense de la révolution (CDR) qui se comportent parfois en milice et une répression s’abat sur les syndicats. « Thomas Sankara était déçu et, pour le quatrième anniversaire de la révolution, son bilan était critique, se souvient Bernard Sanou. Il s’est rendu compte que des gens l’avaient suivi par effet de mode mais sans réelle conviction. Certains se disaient fatigués par cette révolution à laquelle ils ne comprenaient plus rien. Thomas est parti avec le sentiment d’être incompris. » Le 4 août 1987, Thomas Sankara fait une pause dans le processus. S’il bénéficie encore d’un large soutien, notamment chez les jeunes, une partie de l’armée, attisée par Blaise Compaoré, numéro deux du CNR, lui devient hostile.

Les dissensions avec Compaoré, qui succède à Thomas Sankara pendant vingt-sept années à la tête du Burkina Faso et qui est considéré comme le principal suspect dans son assassinat, ne vont cesser de croître au cours de l’année 1987. « Je lui ai proposé de faire arrêter Blaise, mais Thomas ne voulait pas qu’on touche à un cheveu de son ami, dit Boukary Kaboré, commandant du Bataillon d’intervention aéroporté de Koudougou. Cette amitié était sacrée. » « Même dans sa mort, Thomas est resté honnête et fidèle, assure Valentin Sankara. Plus de trente ans après, on le cite encore en exemple pour son courage et son intégrité. »

Thomas Sankara, le patriote

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« Thomas Sankara, l’immortel ». Le capitaine burkinabé a promu le pouvoir populaire et la démocratie directe. Une révolution qui a entraîné certaines dérives, aujourd’hui oubliées.

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Ruine d'une permanence d’un Comité de défense de la révolution (CDR) à Koudougou, datant de la période où Thomas Sankara dirigeait le Burkina Faso.

« Comment voulez-vous être fier de votre pays quand vos puits sont creusés par l’Agence française de développement, vos forages faits par des Italiens, que vos téléphones viennent de Chine et vos mosquées sont financées par des Saoudiens ?, s’interroge Serge Bayala, membre du Balai citoyen, un acteur de la société civile devenu incontournable au Burkina Faso. Nous regrettons l’époque de Sankara, car il avait fait prendre conscience aux Burkinabés qu’ils avaient leur destin en main. »

Lorsqu’il prend le pouvoir le 4 août 1983, à l’âge de 33 ans, en compagnie de Blaise Compaoré, son meilleur ami, Henri Zongo et Jean-Baptise Lingani, Thomas Sankara explique que « la raison fondamentale et l’objectif du Conseil national de la révolution, c’est la défense des intérêts du peuple voltaïque [le pays s’appelle alors la Haute-Volta], la réalisation de ses profondes aspirations à la liberté et à l’indépendance véritable ». Il conclut sa proclamation par le fameux « La patrie ou la mort, nous vaincrons », qui deviendra un an plus tard la devise du pays. Thomas Sankara s’appuie sur le patriotisme pour créer une rupture avec ce qu’il estime « un héritage de vingt-trois années de colonisation. » Dès le lendemain de son coup d’Etat, tout s’enchaîne très vite.

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Le capitaine, d’influence marxiste, veut expérimenter un pouvoir populaire et une démocratie directe. « Tout ce qui est bon pour le peuple, faites-le ! », dit-il aux Comités de défense de la révolution (CDR), des institutions locales chargées d’une forme de souveraineté. Sur le plan politique, des actions multiples sont lancées pendant ces quatre années de pouvoir. Dans de nombreux domaines, c’est un succès comme la défense de l’environnement, l’émancipation des femmes, l’autosuffisance alimentaire, la réduction du train de vie de l’Etat ou la lutte contre la corruption.

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Le pays gagne sa dignité

Lorsqu’il prend le pouvoir en Haute-Volta, son pays est parmi les pays les plus pauvres du monde. Le taux de mortalité infantile est estimé à 180 pour 1 000, l’espérance de vie ne dépasse pas 40 ans, le taux d’analphabétisme monte à 98 %. Il impose alors des mesures radicales comme les opérations de vaccination « commandos » qui permettront, en quelques semaines, de vacciner 2,5 millions d’enfants contre la méningite, la fièvre jaune et la rougeole. Il recevra les compliments de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Pour lutter contre l’analphabétisme, il prévoit que chaque personne lettrée puisse apprendre à lire et à écrire à d’autres et il fait passer le taux de scolarisation de 6 % à 24 %. De quoi lui donner envie le 4 octobre 1984 d’ouvrir son discours à l’ONU par : « Je viens vous apporter le salut fraternel d’un pays de 274 000 km², où sept millions d’enfants, de femmes et d’hommes, refusent désormais de mourir d’ignorance, de faim et de soif. »

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Le Burkina Faso reste pauvre mais il gagne sa dignité. « Nous n’étions pas de vulgaires gamins mais des pionniers de la révolution, se souvient avec fierté Eric Kinda, porte-parole du Balai citoyen. A l’école, on recevait une formation de base idéologique et citoyenne axée sur l’amour de la patrie, le don de soi, l’honneur, le travail, l’intégrité… On devait défendre ses valeurs et nous en étions fiers. On ne voyait pas Sankara comme notre président mais comme notre père. »

Le capitaine charismatique est sur tous les fronts. Comme il estime qu’il faut « produire ce que l’on consomme et consommer ce que l’on produit », il impose à tous les fonctionnaires et à tous les membres de son gouvernement lors des cérémonies officielles de porter le Faso Dan Fani, l’habit traditionnel fait de bandes de coton tissées de façon artisanale. Dans la cour de leur maison, de nombreuses femmes se mettent à l’ouvrage pour gagner leur indépendance financière.

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Les excès d’autorité se multiplient

« Comme un peuple malade ne peut pas faire avancer un pays, il a imposé le sport pour tout le monde, deux fois par semaine, le mardi et le jeudi en fin d’après-midi, explique Serge Bayala. Afin de développer les valeurs de l’effort et du collectif, il a fait construire des dizaines de terrains de sport. » Quant à la sécurité du pays, elle doit être assurée par les militaires appuyés par les citoyens. « Un civil est un militaire en permission. Un militaire est un civil en mission », dit-il avec son sens de la formule.

Thomas Sankara voit grand, estimant que « tout ce qui est imaginable par l’homme est réalisable par l’homme ». Après avoir essuyé un refus du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale – les bailleurs de fonds traditionnels de l’Afrique – pour financer le prolongement du chemin de fer vers le nord du pays, il se tourne vers Fidel Castro pour lancer « la bataille du rail » et mobiliser la population pour venir poser, souvent à mains nues, une voie de chemin de fer.

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« Les trains ont pu aller jusqu’à la ville de Kaya pour faciliter l’acheminement du manganèse, du nickel et d’autres produits vers la Côte d’Ivoire, explique Bernard Sanou, colonel à la retraite. Un jour, Thomas m’a dit qu’il réfléchissait à la construction d’un canal vers le Ghana. Quand je lui ai demandé s’il était sérieux, il m’a rappelé que les Egyptiens avaient construit celui de Suez il y a un siècle… Pour lui, chaque problème pouvait être résolu à condition d’y réfléchir et d’agir. » Il lance aussi de vastes campagnes de reboisement, d’arrachages de mauvaises herbes, de nettoyage des caniveaux…

Car le « camarade président » veut agir vite. Au quotidien, les CDR surveillent la population mais aussi les ministères, les fonctionnaires. Au fil des semaines, les excès d’autorité et les dérives se multiplient. En juin 1984, dans un procès rendu public, sept personnes accusées d’avoir fomenté un complot sont condamnées à être fusillées, quatre autres à des peines de vingt années de prison. « De très graves erreurs et même des assassinats ont été commis, comme celui du commandant Amadou Sadawogo, regrette Boukary Kaboré, commandant du Bataillon d’intervention aéroporté. Thomas était le premier à dénoncer ces excès et les insuffisances des CDR. »

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La révolution se cherche un second souffle

Des opposants sont arrêtés et une répression s’abat aussi sur les syndicats. « Dès que les militants n’étaient plus en odeur de sainteté, ils étaient arrêtés, explique Philippe Ouédraogo, ancien ministre de Thomas Sankara pendant la première année de la révolution. Certains ont subi des simulacres d’exécution, d’autres des tortures physiques. » « J’ai vu à proximité d’un CDR des hommes pendus par les bras au-dessus d’un feu », se souvient Francis Simonis, maître de conférences « Histoire de l’Afrique » à l’université d’Aix-Marseille et professeur de lycée à Bobo-Dioulasso pendant l’époque sankariste.

Durant les élections, plus d’isoloirs. « Thomas voulait que les élections soient ouvertes pour plus de transparence. Il disait que l’appareil électoral ne signifiait pas l’existence d’un processus démocratique et que tous les citoyens devaient avoir leur chance de se présenter », se souvient Fidèle Toé. « Ceux qui organisent des élections de temps à autre et ne se préoccupent du peuple qu’avant chaque acte électoral n’ont pas un système réellement démocratique », assurait le capitaine, dont tous les ministres étaient nommés pour un an. Dans la petite bourgeoisie et les fonctionnaires, dont les salaires sont ponctionnés de 5 à 12 % dans le cadre d’un Effort populaire d’investissement (EPI), la lassitude finit par gagner vers 1985. Le gouvernement réagit en ordonnant la gratuité des loyers, mais la révolution se cherche un second souffle.

Les dissensions entre le président et Blaise Compaoré, qui va lui succéder pendant vingt-sept années après son assassinat dont il est le principal suspect, se traduisent par la formation de deux clans qui vont rendre la tension palpable au sein de l’armée et « créer une atmosphère malsaine et crapoteuse dans les rues comme dans les ministères », se souvient Bernard Sanou.

« On retient de Thomas Sankara qu’il a rendu leur fierté et leur dignité aux Burkinabés et c’est vrai, analyse Francis Simonis. Avec lui, il y avait l’idée d’une grande nation, d’un panafricanisme et même d’un âge d’or qui s’est effondré après sa disparition. Les aspects plus sombres de sa révolution ont disparu avec le temps. »

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Pierre Lepidi, Ouagadougou

 

 

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