« Ce virus qui rend fou » : Bernard-Henri Lévy contre les « âmes mortes »
Moins qu’un texte d’intervention, ce nouvel essai, d’une fougue souvent savoureuse, apparaît comme un compendium du BHLisme.
La tentation de se livrer, sur les « produits humains », à une « sélection rationnelle » destinée à « défendre la race » a hanté la première moitié du XXe siècle, bien au-delà de l’aire totalitaire. Pour preuve, ces mots sont ceux d’Edouard Toulouse et Henri Sellier, l’un étant le conseiller de l’autre, ministre de la santé du Front populaire. Quand l’hygiénisme prend le pouvoir dans les esprits et que « la volonté de guérir devient le paradigme de l’action politique », l’eugénisme guette, martèle Bernard-Henri Lévy (membre du conseil de surveillance du Monde) dans Ce virus qui rend fou, et, sous le régime de la peur pandémique, il est urgent de rappeler qu’il peut se glisser dans toute idéologie, toute politique, aussi progressistes semblent-elles.
Vraiment ? Devant l’évidence, le philosophe finit par flancher : « Nous n’en sommes, heureusement, pas là. » Reprenant à Michel Foucault le concept de biopouvoir, dans une exhortation contre la menace qu’il représente pour la liberté, il conclut de même : « L’autorité républicaine (…) a fait savoir aux apprentis sorciers que le silence des organes ne doit pas être un silence de couvre-feu, ou de mirador, planant sur les corps administrés. » Ouf.
Telles sont la force et la limite de ce petit essai, qui tape fort. En tout cas, ces avertissements légitimes face aux différents précipices qui menacent de nous engloutir passent parfois au-dessus, ou à côté, de la situation. La musique est ample ; le tempo fluctue.
Moins qu’un texte d’intervention, Ce virus qui rend fou apparaît ainsi comme un compendium du BHLisme, écrit avec une fougue souvent savoureuse, en particulier quand l’auteur s’en prend aux « heureux du confinement », ces « âmes mortes et ressuscitées » se livrant à l’« exaltante entreprise d’être (…) soi, vraiment soi, bien concentré sur soi ». Son appel à sortir de cette « moite intimité gastrique », à retrouver l’altérité, le monde, l’effervescence de la vie, touche alors enfin la cible : retour au présent, qu’on avait failli manquer.