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L’extrême droite fasciste européenne rassemblée au sein du groupe « Patriotes pour l’Europe », s’est réunie à Madrid le week-end dernier, dans le cadre d’une vaste démonstration de force. 

Les participants au rassemblement de l'extrême droite européenne à Madrid, le 8 février 2025. De g. à dr. : André Ventura, leader de Chega au Portugal; Geert Wilders, leader de l'extrême droite néerlandaise; Marine Le Pen, du Rassemblement national; Santiago Abascal, leader du parti espagnol Vox, et Viktor Orban, le Premier ministre hongrois.
Les participants au rassemblement de l’extrême droite européenne à Madrid, le 8 février 2025. De g. à dr. : André Ventura, leader de Chega au Portugal; Geert Wilders, leader de l’extrême droite néerlandaise; Marine Le Pen, du Rassemblement national; Santiago Abascal, leader du parti espagnol Vox, et Viktor Orban, le Premier ministre hongrois.
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Avec leur slogan « Make Europe Great Again », MEGA, inspiré de Donald Trump, le 3ème groupe du Parlement européen qui s’étend du Hongrois Viktor Orban à la Française Marine Le Pen, entend profiter de la vague provoquée par la victoire du milliardaire américain. Jusqu’où l’extrême droite européenne peut-elle suivre «la tornade Trump» ?, de quelle manière les réseaux ultra-conservateurs américains infusent-ils en Europe ?

Extrême droite : à Madrid, les «Patriotes» se prosternent devant Trump

Les chefs de file du populisme européen, galvanisés par le retour fracassant du président américain, se sont retrouvés vendredi et samedi à Madrid.

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De nombreuses figures de l’extrême droite européenne (Marine Le Pen, Viktor Orbán, Geert Wilders…) étaient réunies samedi à Madrid.
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 François Musseau
 9 février 2025
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Il n’y en a eu que pour lui, leur idole absente, à qui tous ces leaders déclaraient leur flamme sans ambages, montraient leur aveugle admiration, et promettaient d’en faire autant que lui sur le Vieux Continent : Donald Trump. En ce samedi matin, dans l’auditorium plein à craquer d’un hôtel de luxe de l’est de la capitale, les «Patriotes» n’ont affiché qu’un seul objectif : transformer le «MAGA» en «MEGA» : «Make Europe Great Again». C’était écrit sur l’écran géant, en espagnol, à côté du dessin de l’Almudena (l’imposante cathédrale madrilène comme symbole de puissance). Autrement dit, faire du Trump ici, «chez nous, dans cette Europe pourrie par Bruxelles et ses régulations, son idéologie woke et trans, sa dictature climatique, sa social-démocratie qu’on va s’empresser de reléguer dans les fossés de l’histoire», énonce d’un ton placide un «entrepreneur» qui préfère ne pas donner son nom.

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Il fait partie des 2 000 personnes qui se sont déplacées, samedi 8 février, pour applaudir, un petit drapeau espagnol à la main, une large brochette de leaders de «Patriotes», la formation d’extrême droite européenne lancée l’été dernier. A chaque intervention, c’est à qui rendra l’hommage le plus appuyé au nouvel homme fort de la Maison Blanche. «Il a restauré la souveraineté américaine et le sens commun», lâche le Tchèque Andrej Babis. «Une gifle contre les internationalistes du monde entier», se réjouit l’Estonien Martin Helm. «Le type qui rappelle qu’il n’y a que deux genres, les hommes et les femmes», s’esclaffe le Portugais André Ventura. «Une tornade qui a balayé le monde en deux semaines», jubile Viktor Orbán, le Premier ministre hongrois.

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«L’histoire est avec nous»

Le lieu et l’occasion ont permis de prendre la température de l’état d’esprit des populistes européens les plus en vue. «Chaque personne ici a le sentiment que notre mouvement est imparable, que le futur est à nous», s’enthousiasme, juste avant le début du meeting géant, Javier Cortés, responsable à Séville du parti Vox. Même s’il n’a fait que 12,5 % aux dernières européennes, et n’a pas réussi le sorpasso vis-à-vis du conservateur Parti populaire, l’extrême droite espagnole bombe le torse : son président Santiago Abascal était le maître des lieux et se targue d’être, avec Giorgia Meloni, la meilleure courroie de transmission entre Trump et le populisme européen.

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Dans les coulisses, un eurodéputé Vox, Hermann Tertsch, glissait, immodeste : «Tout ce que fait Trump, la lutte contre l’immigration, le genre, l’obésité de l’Etat, on le dit depuis tant années. Il nous donne raison, nous dit que l’histoire est avec nous». Et de s’emporter contre le principal ennemi de tous, l’Union européenne de Van der Leyen : «On doit se farcir 5 000 réglementations, c’est totalement dingue et insupportable. Il faut démonter tout cela !» Sur scène, chacun y va de son refrain anti-UE. Le Néerlandais Geert Wilders dit préférer de loin les «droits de douane» que veut imposer Donald Trump aux «impositions de Bruxelles». La palme de véhémence à l’égard de Bruxelles revient à Marine Le Pen : «L’UE ne fait pas de politique, elle fait de la morale.»

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Seule personne à n’avoir prononcé aucun mot en espagnol, la présidente du Rassemblement national a résumé l’idéologie des siens, traversée par l’hubris trumpiste : «La puissance contre la décroissance». Et d’ajouter : «l’Histoire ne fait pas de cadeau aux faibles». En somme, a clamé à l’unisson la dizaine de tribuns ultras, les Etats européens doivent appliquer les mêmes remèdes de cheval que leur héros américain. A la faveur d’une sorte de «révolution réactionnaire» – comme le dénonce leur bête noire, Pedro Sánchez, copieusement insulté au cours de la journée. Outre les références déférentes et admiratives à Trump, une autre antienne a été brandie : «La Reconquista», en référence à la période de conflit entre catholiques et musulmans, de 722 à 1492.

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«C’est de la science-fiction»

Pas un mot, en revanche, sur toutes les contradictions et les oppositions qui traversent cette extrême droite galvanisée. Pour ou contre le soutien à l’Ukraine ? Les projets délirants de Trump à Gaza et ses sanctions contre la Cour pénale internationale pour ses enquêtes visant le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou (seul l’Italien Matteo Salvini, le plus virulent, a donné son appui) ? Lorsqu’on aborde les sujets qui fâchent, la gêne est de mise : que doivent faire les Etats européens si les Etats-Unis attaquent l’intégrité de l’un d’eux, par exemple au Groenland ? «Mais c’est de la science-fiction !» lâche le député de Vox Hermann Tertsch. N’y a-t-il pas urgence à construire une défense européenne unie, forte, souveraine ? «Oui, oui, il faudra y songer, dit évasivement le député canarien de Vox Jesus Galvan. Mais d’abord et avant tout, que chaque nation européenne soit forte par elle-même, et alors personne n’osera s’en prendre à elle !»

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 François Musseau
 9 février 2025

Et  Jean-Yves Camus, politologue spécialiste de l’extrême droite, co-directeur de l’Observatoire des radicalités politiques à la Fondation Jean-Jaurès

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