La première partie de l’étude du karst de la Gervanne est achevée
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La phase de recueil des connaissances sur le système karstique vient de se terminer.
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C’est une première phase qui s’achève pour une étude qui n’a pas fini de faire parler d’elle. Petit rappel des faits : en décembre 2023, faisant suite à une demande de l’État reprise dans le Schéma de cohérence territorial (Scot), décision est prise par les communautés de communes du Val de Drôme (CCVD) et du Crestois et du pays de Saillans (3CPS), avec le syndicat mixte des eaux Drôme Gervanne, de démarrer une étude sur le karst de la Gervanne, cette grande réserve d’eau potable qui alimente déjà les habitants de la vallée de la Gervanne ainsi que de Piégros-la-Clastre, Aouste-sur-Sye et Mirabel-et-Blacons, et Crest de manière marginale. L’idée ? Connaître au mieux cette réserve stratégique, dans un contexte de réchauffement climatique et de raréfaction d’eau dans les années à venir – ainsi que d’une hausse de la population.
Ce projet fait immédiatement bondir certains habitants de Beaufort-sur-Gervanne, inquiets pour l’avenir de cette ressource. Lesquels, avec les pisciculteurs tout aussi inquiets, se rappellent parfaitement bien un précédent fâcheux, lorsque des sondages dans la résurgence de Fontaigneux avaient conduit à un assèchement provisoire de leur rivière. Très vite, un collectif se constitue, afin de s’opposer au lancement de cette étude. Du côté du syndicat mixte, maître d’ouvrage de l’étude, on se défend de vouloir assécher quoi que ce soit. Le choix d’une étude est maintenu, avec le soutien de la CCVD et du maire de Beaufort-sur-Gervanne.
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COMPRENDRE LE KARST
Au moment du démarrage de la phase une de l’étude (qui en comporte trois), soit à l’automne dernier, un fascicule est posté dans les boîtes aux lettres des habitants concernés. Le périmètre de cette « étude de mobilisation pour l’alimentation en eau potable du système karstique drainé par la Gervanne et la Sye » est ainsi précisé : il va du col des Limouches, au nord, jusqu’à la rivière Drôme au sud. Cela concerne en tout ou en partie les villages de Léoncel, du Chaffal, de Combovin, d’Omblèze, de Plan-de-Baix, de Beaufort-sur-Gervanne, de Monclar-sur-Gervanne, d’Eygluy-Escoulin, de Gigors-et-Lozeron, de Cobonne, de Suze et de Mirabel-et-Blacons.
L’objectif est de comprendre comment la réserve se recharge, quels sont ses échanges avec les autres aquifères, nappe et rivière, et ce que représente la masse d’eau renouvelable. De septembre 2024 à fin février 2025, le bureau d’étude Antea-group, choisi par le syndicat mixte, a compilé les connaissances existantes sur le sujet. Gilles Magnon, maire de Piégros-la-Clastre, président du syndicat mixte des eaux Drôme Gervanne et du SMPAS (Syndicat des eaux Mirabel-Piégros-Aouste-Saillans ; 14 communes en sont membres), complète : « Antea-group a fait aussi appel à Cenote, un bureau d’étude regroupant des géologues experts nationaux de l’étude des karsts. » « De grosses pointures sur le sujet », précise Florian Labat, technicien du syndicat mixte.
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MESURES DE TERRAINS
Qui poursuit : « Ils ont passé plusieurs semaines à faire de la géologie sur tout le bassin Gervanne-Sye. Ils ont analysé les roches, les couches géologiques, les pendages (directions que prennent les couches). Ils ont essayé de les dater afin de restituer l’histoire du sud Vercors sur plusieurs millions d’années. » Les promeneurs ont peut-être croisé ces scientifiques en octobre ou en janvier, arpentant le plateau… Une restitution de cette première phase, désormais achevée, aura lieu devant le comité de suivi le 27 février prochain. Suivra une autre phase, très longue, de deux ou trois ans, pour effectuer des mesures de terrain. Puis l’étude s’achèvera par une compilation de toutes les données, probablement vers août 2027.
Précisons, pour finir, que cette réunion de restitution ne sera pas publique. Seront présents les sociétés de pêche, le collectif Sauvons la Gervanne, la Frapna, Lysandra, les pisciculteurs ainsi que les turbineurs. Une « transparence » revendiquée par Gilles Magnon, un peu chiffonné par ce qu’il lit dans la presse (cf. dans Le Crestois de la semaine passée, la tribune du collectif Sauvons la Gervanne). Le maire de Piégros tient à rappeler que « le but n’est pas d’assécher la Gervanne, évidemment. Je suis très vigilant par rapport aux ressources karstiques parce qu’aujourd’hui, les communes de Piégros ou Mirabel-et-Blacons sont alimentées en eau potable par le karst. Si demain il n’y avait plus d’eau dans ce karst, on n’en aurait plus non plus ! Quand on entend aussi que l’eau du karst viendrait alimenter les habitants de Loriol, on ne peut s’empêcher de sourire… Là- bas, ils en ont beaucoup plus que nous ! » Décidément, oui, cette étude n’a pas fini de faire parler.
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Blandine Flipo
Article publié dans Le Crestois du 14 février 2025
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