Donald Trump : le Judas du monde occidental, par Thierry Wolton
.
Victime du renouveau de l’impérialisme américain, l’Europe n’a plus d’autre choix que de prendre la vraie mesure du danger qu’incarne Vladimir Poutine.
.

Donald Trump,
Donald Trump aurait-il mauvaise conscience au point d‘user du négationnisme historique pour justifier sa trahison ? Ses accusations portées à l’encontre de l’Ukraine coupable d’avoir commencé la guerre contre la Russie, son jugement méprisant sur Volodymyr Zelensky qui a tenu son pays à bout de bras depuis trois ans, sa leçon électorale donnée à un pays meurtri par un ennemi implacable ressemblent fort à un plaidoyer pro domo pour justifier son rôle de Judas du monde occidental. En bradant une paix avec Poutine sur le dos de l’Ukraine, en ignorant les intérêts de l’Europe menacés par le dictateur russe, en faisant ami-ami avec un pouvoir qui repose sur une montagne de cadavres, Trump se disqualifie et avec lui l’Amérique qui croit encore incarner le « monde libre ». Il n’y a rien à attendre d’un tel président enfermé dans son égotisme et obsédé par son rôle historique de sauveur de la toute-puissance étasunienne.
Victime de ce renouveau de l’impérialisme américain, le continent européen n’a d’autre issue que de s’adapter, le couteau sous la gorge ou plutôt les chars russes à ses portes. En premier lieu, il lui faut sortir de sa léthargie guerrière, si un tel oxymore est possible, pour se positionner dans ce futur qu’elle a contribué, il est vrai, à mettre en place. Pour se justifier, Trump reproche à la Communauté européenne de s’être mise à l’abri sous le parapluie américain, d’avoir confondu l’Otan avec une police d’assurance-vie, d’avoir laissé Washington porter l’essentiel du soutien militaire à l’Ukraine face à son envahisseur. Ces accusations ne sont pas fausses, tout juste exagérées comme aime les manier ce personnage emphatique.
On pourrait ajouter à ces griefs la dépendance gazière vis-à-vis de la Russie motif d’une pusillanimité certaine ; les diverses reculades face aux prétentions territoriales de Moscou (Géorgie, Crimée) ; les silences qui ont couvert la mise en place de la dictature de Poutine à coups de meurtres et de condamnations des oppositions ; les divisions affichées quant aux relations à entretenir avec ce dictateur ; les tergiversations à fournir aux Ukrainiens les armes réclamées par Kiev de peur de la réaction russe ; les mégotages sur les budgets militaires alors que l’ennemi, Poutine, ne fait pas mystère de ses intentions de démanteler l’Europe.
.
Coup de pied dans la fourmilière
Le premier mandat de Donald Trump, si chaotique qu’il ait été, a eu pour principal résultat de mettre un coup de pied dans la fourmilière des relations sino-américaines qui avaient permis avant lui à la République populaire de Chine de monter en puissance, jusqu’à concurrencer les diverses mains (industries, banques, high-tech, etc.) qui l’avaient nourrie. La politique de Trump vis-à-vis de Pékin, à coups de taxes, a porté un coup terrible aux ambitions du régime de Xi Jinping, avant que les dégâts provoqués par la gestion totalitaire du Covid en soient l’estocade. Si on reprend l’historique, il y a incontestablement un avant et un après Trump, première époque, en ce qui concerne l’avenir de la Chine, bien plus mal en point de nos jours que les statistiques gonflées et les bluffs technologiques ne le laissent croire.
L’espoir qu’un deuxième mandat permette de réveiller notre Vieux Continent dans les meilleures conditions de paix possible n’est plus de mise désormais. Telle que la Pax America s’annonce, le challenge est devenu tout autre pour Bruxelles. L’Europe n’a plus pas d’autres choix que de prendre la vraie mesure du danger qu’incarne Poutine. Renforcement des moyens militaires, mise en place d’une protection de l’Ukraine deviennent des impératifs pour dissuader Moscou de pousser ses avantages. Les affinités certaines du président américain avec les régimes totalitaires, plus prompte qu’il est à s’entendre avec Poutine ou Xi Jinping qu’avec des « alliés » historiques, peuvent néanmoins servir la démocratie, ici et dans le reste du monde. Même la leçon politique si décriée de J.D. Vance à Munich peut s’avérer salutaire en ce sens.
Rappeler que le fondement des régimes démocratiques repose sur la souveraineté du peuple n’est pas un gros mot. Il ne peut y avoir de bons et de mauvais peuples en fonction des intérêts des Etats, des gouvernants et des élites, à moins de convenir avec Bertolt Brecht que « puisque le peuple vote contre le gouvernement, il faut dissoudre le peuple ». Ce conseil, le dramaturge allemand l’avait ironiquement adressé aux autorités communistes de RDA après la révolte populaire de 1953 à Berlin. En somme, plutôt que de condamner toutes formes de populisme sorties des urnes, la vieille Europe ferait mieux d’en chercher les causes et d’y apporter les remèdes.
.

Pire ennemi depuis Hitler
Il y a quelques années, à contresens de l’histoire, Emmanuel Macron avait annoncé que l’Otan était en mort cérébrale. Et puis, l’invasion de l’Ukraine a secoué l’alliance atlantique, et paradoxalement assoupie le Vieux Continent trop content de laisser l’essentiel du fardeau ukrainien à l’Oncle Sam. L’électrochoc « trumpiste » oblige à sortir de cette torpeur. Poutine est le pire ennemi que l’Europe a connu depuis Hitler. Si l’entente entre Washington et Moscou qui se profile consacre l’impuissance politique et militaire de l’Europe à se faire respecter, ces négociations à la mode Trump encourageront les ambitions de Moscou, comme les concessions faites en 1938 à Munich n’ont pas dévié Hitler de ses plans de conquêtes.
Rien ne sert toutefois de se lamenter. Que le réveil des consciences européennes se fassent de nos jours par frustration, orgueil, vexation ne sont peut-être pas les plus nobles des motifs, mais qu’importe si la réaction est salutaire, au sens vrai du mot.
.
Journaliste et spécialiste du communisme, Thierry Wolton a en 2024 publié Le Retour des temps barbares (Grasset). Envoyé par l’Auteur.