Le jour où l’Amérique nous a quittés, par Serge July

Le vendredi 28 février sera désormais un repère dans l’histoire contemporaine, le jour où l’on aura tiré le rideau sur l’après-Deuxième Guerre mondiale, sur une époque où l’Amérique veillait sur l’Europe et effrayait la Russie, le jour où l’Amérique nous aura quittés. On avait tant aimé être libérés par les Américains…
Pour célébrer le 3e anniversaire de la guerre russo-ukrainienne, Donald Trump a fait très fort. Manifestement, le président américain ne se souvenait pas de l’échec de l’agression russe en Ukraine il y a trois ans. Pour lui, Volodymyr Zelensky est le dictateur, et s’il a choisi le parti de Poutine, c’est parce que l’autocrate russe est beaucoup plus fréquentable que ce guerrier en tee-shirt kaki. Où a-t-il été chercher tout ça ? Je me suis demandé à quel moment le président ukrainien allait réagir, alors qu’il était filmé dans le Bureau ovale. J’avais exclu, évidemment, l’hypothèse de la baffe télévisée en riposte ! Finalement, Zelensky s’est très bien maîtrisé. Il s’est gardé d’exploser en direct.
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Au départ, la réunion était prévue pour mettre en scène la signature de Zelensky sur le don des terres rares ukrainiennes aux Etats-Unis. Mais selon certaines versions, les conseillers du président américain se seraient aperçus in extremis que cela revenait à reconnaître que le Donbass occupé par les Russes était en fait une terre ukrainienne, alors qu’il avait été annexé par Moscou. Donc pour éviter une catastrophe avec Poutine, il valait mieux annuler la séance de signature. Le moyen trouvé par Trump lui ressemble : insulter Zelensky, le pousser à la faute, aidé par ce butor de J. D. Vance, le vice-président, et par un journaliste complotiste d’extrême droite, au premier rang dans le Bureau ovale, qui a harcelé de questions provocantes le président ukrainien pour le faire sortir de ses gonds. En vain, Zelensky ayant résisté à toutes les tentatives.
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Si la goujaterie de Trump n’avait rien d’inhabituelle, la surprise est venue de la découverte qu’il parlait en réalité la langue du chef d’Etat russe, avec les mêmes mots, les mêmes éléments de langage, tandis que le vice-président américain, J. D. Vance, parlait comme Medvedev, la très vulgaire doublure de Poutine.
Etait-il vraiment politique de lâcher les Ukrainiens, en direct à la télévision, dans le bureau présidentiel avec le monde entier pour témoin ? Non, évidemment. Ce spectacle déplaisant était-il destiné à un seul téléspectateur, Poutine ? Le président russe voulait-il une preuve qu’entre l’Ukraine et lui, Trump avait tranché ? Le chef d’Etat américain a en tout cas sacrifié en direct le partenariat avec l’Europe, choisissant une alliance avec la Russie tellement pleine de promesses qu’on se demande vraiment lesquelles…
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Comment sauver l’Ukraine aujourd’hui ?
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La réaction européenne est évidemment une bonne nouvelle. Comment sauver l’Ukraine aujourd’hui ? Il a fallu un choc planétaire pour que cette question rencontre une réponse. Construire un plan de paix, définir des garanties de sécurité, lancer un emprunt auprès de la Banque centrale européenne, indispensable pour financer à grande échelle la fabrication et l’achat de matériels militaires et la mise en place d’un dôme de fer au-dessus de l’Europe, assurer, via la France et le Royaume-Uni, une protection nucléaire : c’est ce dispositif global qui serait proposé aux Ukrainiens, mais aussi à Trump, en espérant qu’il ne prive pas Kyiv des précieux renseignements américains.
Le moment est capital pour le développement de l’entité européenne, car le nucléaire ne se partage pas. Il sert à faire peur, il incarne une menace de destruction pour nos adversaires et les ennemis de nos amis. Seuls deux pays en Europe disposent de l’arme nucléaire : le Royaume-Uni et la France. Le handicap des Britanniques : Washington a fourni les ogives et gardé la clé de leur utilisation, à la différence de la France qui est totalement indépendante. Le général de Gaulle finalement nous avait bien préparés, car de toute évidence, nous ne sommes plus aussi amis qu’autrefois avec les Etats-Unis. Et le temps est venu où il faudra se défendre tout seul.
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