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« J’ai fait la plus grosse bêtise de ma vie » : les regrets du chasseur condamné après avoir abattu un aigle en danger d’extinction

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Une pygargue à queue blanche, espèce protégée relâchée dans le cadre d'un programme de réintroduction, a été abattue en Isère le 24 février 2024.
Une pygargue à queue blanche, espèce protégée relâchée dans le cadre d’un programme de réintroduction, a été abattue en Isère le 24 février 2024. 
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Sylvia Bouhadra et Jordan Guéant

20/03/2025

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Mercredi 19 mars, se tenait à Grenoble le procès en appel des deux chasseurs condamnés en première instance pour avoir abattu Morzine, un rapace classé en danger critique d’extinction. Une audience marquée par les regrets répétés de l’auteur du tir mortel.

« Je voulais présenter mes excuses à tous, en particulier à Jacques-Olivier Travers à qui j’ai fait beaucoup de peine« . Nicolas R. est l’un des chasseurs ayant abattu le pygargue à queue blanche Morzine en février 2024 en Isère. En juillet dernier, il avait été condamné à quatre mois de prison avec sursis et 61 301 euros de dommages et intérêts. Son frère, le deuxième chasseur mis en cause, avait été condamné à deux amendes pour avoir déplacé le corps de l’animal et pour « conservation d’une espèce protégée ».

Mercredi 19 mars 2025, se tenait leur procès en appel. Une audience qui portait uniquement sur les intérêts civils, les prévenus et le parquet général s’étant désistés de leur appel. Ainsi, les sanctions pénales de première instance sont définitives.

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À la barre, le trentenaire a semblé sincèrement regretter son acte : « J’ai fait la plus grosse bêtise de toute ma vie. J’espère qu’avec le temps, vous pourrez me pardonner. Je ferai tout pour réparer ma faute« . Celui-ci s’est même dit prêt à participer à des travaux bénéfiques à la réintroduction du pygargue, en collaboration avec Jacques-Olivier Travers, directeur des Aigles du Léman, parc dédié aux rapaces à Sciez (Haute-Savoie), en charge du programme de réintroduction du pygargue à queue blanche.

« Cette affaire, la mort de Morzine, a eu au moins une vertu pédagogique. Il n’y a pas eu de nouvel oiseau tué par balle depuis le premier procès. Dès le jugement, les prévenus voulaient faire une vidéo pédagogique. Je ne demande rien de plus qu’en première instance« , a déclaré devant les juges Jacques-Olivier Travers.

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Je ferai tout pour réparer ma faute. : Nicolas R., le chasseur condamné

Auprès de France 3 Alpes, Nicolas R. explique avoir présenté ses excuses au directeur des Aigles du Léman directement après le premier procès : « J’avais contacté Jacques-Olivier Travers pour présenter mes excuses et j’avais évoqué l’idée de faire des travaux pour lui, de faire une vidéo pour sensibiliser les chasseurs« . Une proposition acceptée par Jacques-Olivier Travers. « Il a touché tout le monde, je l’ai senti sincère et je pense qu’il va toucher beaucoup de chasseurs et j’espère qu’on aura moins de problèmes à l’avenir avec ces tirs« , confie le président des Aigles du Léman à France 3 Alpes.

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Le préjudice écologique au cœur des débats

Ainsi, les débats lors de cette audience en appel ont davantage porté sur le préjudice écologique et le montant des dommages et intérêts à verser aux parties civiles que sur la culpabilité des prévenus. Si les Aigles du Léman demandent 15 800 euros – somme équivalente aux coûts alloués à la réintroduction d’un pygargue à queue blanche – la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) demande quant à elle 10 000 euros de dommages et intérêts (contre 1 000 euros en première instance) et 81 000 euros au titre du préjudice écologique (30 000 euros en première instance).

Des sommes contestées par l’avocat du principal mis en cause : « On dédommage ceux qui ont investi, qui ont effectivement payé et souffert de cette disparition, plutôt que d’aller dédommager des parties civiles qui ont peut-être des objets louables, mais qui ne démontrent pas à l’audience avoir fait quoi que ce soit objectivement pour le pygargue« , déclare Me Bernard Boulloud.

« Nous avons dans notre Constitution, l’article 4. Le préjudice écologique doit être réparé par celui qui cause, c’est un principe de responsabilité. Ce n’est pas toujours à l’Etat d’abonder des fonds publics, c’est-à-dire nous, contribuable, pour payer les dommages qui sont causés par d’autres personnes. C’est à celui qui détruit la nature, de la réparer« , défend Me Eric Posak, avocat de la LPO France. Délibéré le 21 mai.

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Sylvia Bouhadra et Jordan Guéant à suivre sur FR3

20/03/2025

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