Climat : Une action d’Extinction Rebellion est en cours à Paris, au centre commercial Italie2

Un millier d’activistes pour le climat et la justice sociale ont envahi ce samedi matin 5 octobre le centre commercial Italie 2, à Paris. Nos reporters sont sur place. Récit.
• 19 h 00 – Au micro, un activiste annonce une intervention policière imminente. Il encourage les troupes à répondre par « des barricades » ou « la désobéissance civile », mais « pas d’affrontement direct avec la police ». « Si les CRS parviennent à briser une porte et entrent, dit l’un de ses camarades, laissez-vous porter lourdement, vous ralentirez leur intervention, sans agression ni dégradation matérielle. » Dehors, les gendarmes mobiles allument leurs gyrophares. Des palettes de bois et des chaises sont apportées sur les points d’entrée.
• 18 h 10 – Toujours pas d’évacuation. En attendant, les activistes participent à différents ateliers et discussions : « impérialisme et écologie », qui vise à mettre en parallèle les problèmes écologiques avec « la politique étrangère impérialiste » de la France ; « sexisme et patriarcat au sein des mouvements en lutte », afin de dénoncer « le virilisme et le masculiniser toxique » ; la répression ; le « municipalisme libertaire » ; « Zad de Notre-Dame-des-Landes » ; et les mouvements internationaux avec les manifestants de Hong-Kong.
Le débat violence / non-violence est aussi présent, à travers les inscriptions sur les vitrines, les murs, les panneaux publicitaires. Devant une vitrine où a été marqué, rayé, puis re-marqué « nique la BAC » [la brigade anti-criminalité], un groupe discute vivement du bien-fondé de cette expression.
• 17 h 30 – Arthur, ancien sauveteur en mer, porte le gilet orange des médiateurs. Depuis ce matin, il s’évertue à apaiser les tensions, les inquiétudes et à donner des informations aux clients et aux vendeurs : « Le premier magasin que je suis allé voir, c’était une boutique de lingerie, raconte-t-il. La dame était peinée car elle devait réaliser un chiffre d’affaire de 4.000 euros dans la journée. Finalement, elle n’était pas si mécontente d’être libérée par son manager pour la journée. Globalement les gens sont très réceptifs, semblent concernés par l’urgence écologique et sont rassurés quand on leur dit qu’on ne fera pas de grosses dégradations. Après, je ne sais pas s’ils seraient aussi compréhensifs si nous recommencions tous les jours. C’est pourtant ce qui permettrait de faire la différence… »
• 17 h 00 – L’occupation se poursuit au centre commercial Italie 2. Des pissotières et toilettes sèches ont été installées, de même qu’un hamac, en hauteur, suspendu par les cordistes. Les activistes entendent passer le week-end ici, alors que les forces de l’ordre, présentes à l’extérieur, n’ont pour le moment tenté aucune expulsion. Sur place, certains activistes affirment que les gendarmes attendraient 20 h et la fermeture du centre commercial [dont une partie est toujours ouverte aux consommateurs] pour intervenir.
Cette opération, baptisées « Dernière occupation avant la fin du monde », se déroule alors qu’Extinction Rebellion organise à partir de demain, dimanche 6 octobre, des actions dans 60 villes dans le monde qui devraient rassembler des milliers de personnes, et notamment des actions de blocage à Londres, prévues pour durer plus de deux semaines.
• 16 h 45 – Au fil de l’après-midi, des centaines de personnes ont rejoint l’intérieur du centre commercial afin de participer au blocage.
Derrière la grille qui sépare la partie occupée de la partie non-occupée du centre commercial, des activistes crient aux badauds « ouvrez nous, laissez-nous consommer avec vous » puis de nouveau « travaille, consomme, et ferme ta gueule ». Un médic distribue des bonbons aux agents de sécurité, qui ont l’air plus détendu que ce matin.
• 16 h 15 – Des cordistes finissent d’installer quatre immenses banderoles, indiquant « la nature n’est pas à vendre. Écologie sociale et populaire ». Dehors, devant le centre commercial, la présence des forces de l’ordre est relativement discrète sur le parvis, mais une dizaine de camions de la gendarmerie sont postés tout autour. Des activistes côtoient les badauds.
• 16 h 00 – Christophe Bonneuil, directeur de recherche au CNRS, fait partie des activistes présents : « Depuis un an, il y a des manifestations régulières pour le climat, qui n’aboutissent à rien. Il y a maintenant une demande autre que “cher prince, faites quelques chose” et ici on apprend nous-mêmes à nous organiser. »
• 15 h 55 – Dans les sous-sols du centre commercial, certains font une sieste tandis que d’autres évoquent la future intervention des forces de l’ordre. Que faire ? Un « die-in » ou un « grand silence » font partie des pistes évoquées.
• 15 h 35 – Deux manifestants venus de Hong-Kong prennent la parole sous les acclamations et évoquent la répression qu’ils subissent depuis des semaines [le 2 octobre, un jeune homme a été grièvement blessé par une balle tirée par un policier]. Ils sont couverts de masques pour ne pas être reconnus. « Merci à tous d’être là, de nous soutenir et nous sommes ici pour vous soutenir à notre tour, disent-ils. À Paris comme à Hong Kong, nous faisons face à une même répression policière qui veut taire la colère citoyenne. Ne cédons pas, tous ensemble, face à ces gouvernements qui ne veulent pas entendre nos revendications. »
• 15 h 25 – L’occupation se poursuit, des prises de parole sont en cours. Les activistes bloquent « entre la moitié et les deux tiers » du centre commercial Italie 2. Ce immense complexe de 120 boutiques, situé place d’Italie à Paris, est la propriété de la société Hammerson. Cet été, un fonds d’Axa a signé un protocole visant l’acquisition de 75 % du centre commercial et de ses extensions pour 473 millions d’euros. L’an dernier, les Amis de la Terre ont dénoncé les investissements climaticides d’Axa, l’assureur continuant d’investir dans les centrales à charbon.
• 15 h 00 – La pression monte. Des médiateurs d’Extinction Rebellion, avec leur gilet orange, exhortent les activistes à rejoindre les portes d’accès au centre commercial. Le passage d’un camion de pompiers crée un instant l’émotion, tout le monde croyant à l’évacuation.
• 14 h 50 – Au centre commercial Italie 2, l’occupation s’organise. Les rideaux de fer des magasins et les panneaux publicitaires sont couverts d’autocollants : « métro, boulot, black bloc » ; « interdiction des techniques d’immobilisation mortelle : la clé d’étranglement tue », en référence aux pratiques policières dangereuses. Dans le hall, des groupes qui discutent gaiement. Des équipes de médic sont présentes. Chacun vient avec son savoir-faire : des médiactivistes tournent des courts-métrages ; des gens parlent d’Aéroporst de Paris et invitent les gens à signer la pétition pour le référendum. Au sous-sol, une Assemblée générale (AG) a redémarré.
• 14 h 45 – Membre de Youth For Climate France, âgé de 15 ans, Clément bloque Italie 2 « parce que les marches pour le climat c’est bien, mais il faut passer au niveau au-dessus pour être entendus », dit cet élève en classe de première. Il n’a pas peur d’être évacué : « On savait qu’il y avait des risques, mais le plus important c’est d’avoir pu réussir ce moment d’émulation, de réflexion, même si nous sommes cernés par la police. »
• 14 h 15 – Les vigiles ont évacué tous les employés des magasins. Selon Camille, activiste, les forces de l’ordre pourraient intervenir d’ici une demi-heure.
• 14 h 00 – Un groupe d’une quarantaine de Gilets jaunes redonne du souffle aux chants, qui s’étaient interrompus depuis une bonne heure. « Macron nous fait la guerre, et sa police aussi, et on reste déter’, pour bloquer le pays », chantent-ils accompagnés par la batucada d’Extinction Rebellion.
Une partie du centre commercial n’est pas bloquée par les activistes. De l’autre côté de la grille qui sépare la partie bloquée de celle non bloquée, on aperçoit des clients qui font leurs emplettes.
• 13 h 40 – Les employés d’Hema [magasin d’articles pour la maison à bas prix], enfermés derrière le rideau de fer de leur boutique, située au sous-sol du centre commercial, demandent s’ils sont prisonniers. « Non regardez, on fait cette action à visage découvert et si vous ouvrez, on vous laissera partir », répond un activiste. Le rideau se lève et la promesse est tenue. Deux employés partent, puis le rideau se referme.

- Deux employés d’Hema, retranchés derrière leur rideau de fer, repartent sans encombre du centre commercial.
• 13 h 25 – « Justice pour Adama », clament les activistes à l’unisson [Adama Traoré est un jeune homme mort en 2016 lors de son interpellation par des policiers, à Persan dans le Val d’Oise]. Assa Traoré, du collectif Justice pour Adama, est parvenue à rejoindre le blocage. « On ne peut pas parler d’écologie et de climat sans parler des sécheresses en Afrique ou en Asie, des famines et des pillages de ressources au Congo, qui nourrissent ce système consumériste, dit Assa Traoré. On ne peu pas en parler sans dénoncer la répression que l’on subit depuis longtemps dans les quartiers populaires, qui tue nos frères, et qu’on subit désormais un peu partout. Nous faisons face à la même machine de guerre. Vous êtes tous des soldats face à elle et on pourra la faire tomber ensemble. ».
• 13 h 15 – L’Assemblée générale des bloqueurs est désormais terminée. les idées qui en sont ressorties sont notées sur une affiche nommée « mur des idées ». Parmi celles-ci : « nommer les entrées pour mieux communiquer » ; « démonter le système anti-incendie de sortie de secours » ; « rejoindre Triangle de Gonesse si expulsion » [des opposants au projet EuropaCity marchent actuellement à travers la capitale, en direction de Matignon].
Sur cette affiche figurent les noms des avocats de l’anti-répression, les espaces de repas partagés, la localisation des toilettes et les noms des messageries sécurisées.
• 13 h 05 – Sur Twitter, l’organisation Extinction Rebellion précise l’objectif de cette action de désobéissance civile : « occuper le plus longtemps possible un lieu symbolisant les dérives de notre système qui menace le vivant ». « Aujourd’hui, ce lieu va être transformé en un lieu de vie, de réflexion, d’organisation et de convergence, peut-on lire sur le réseau social. Cette action de désobéissance civile est non-violente et se passe dans la joie, la bonne humeur et la bienveillance. Les militants sont en train de s’installer sur place pour occuper l’espace le plus longtemps possible. »
• 13 h 00 – Sur place, dans le centre commercial Italie 2 où se trouvent nos reporters, l’ambiance est détendue. Des activistes se restaurent, quelques uns tiennent les toilettes réquisitionnées du Théâtre de la Ville, d’autres discutent, posés sur les marches. Suspendus en hauteur, des cordistes installent des banderoles sur la devanture du centre commercial.
Les CRS sont toujours dehors. Dès que des policiers semblent bouger vers l’une ou l’autre des nombreuses entrées [le centre commercial, sur plusieurs étages, dispose de nombreuses portes], des groupes d’activistes sont appelés afin de courir renforcer les rangs des bloqueurs d’entrées.
• 12 h 45 – Difficilement incognito parmi les bloqueurs, le collapsologue Pablo Servigne est comblé de compliments sur ses livres. « Je suis venu du sud de la France [il habite dans la Drôme] pour soutenir et participer au blocage, explique-t-il à Reporterre. Nous bloquons la mégamachine capitaliste, et ce que je vois, aujourd’hui, ce sont des gens qui apprennent à être ensemble, à s’organiser, et développent des manières de se relier. »
• 12 h 30 – Une équipe de CRS a tenté une entrée par le restaurant Hippopotamus. Les activistes ont poussé toute la terrasse — chaises, tables, plantes — du restaurant devant les vitres pour les empêcher d’intervenir.
• 12h00 – On peut estimer à un millier le nombre d’activistes présents dans le site.

« Quelle que soit la couleur du maillot que l’on porte, on transpire pour la même chose : vivre mieux, ensemble, » dit à Reporterre Jérôme Rodrigues, qui se définit comme un témoin-acteur des Gilets jaunes. « Nous sommes ici réunis dans un temple de la consommation. On nous endort en faisant de la société de consommation un idéal, quand nous voulons d’une justice fiscale et sociale. Nous sommes absolument en phase avec les luttes écologistes d’aujourd’hui. Fini les corporations. »
• 11h40 – Les CRS et gendarmes mobiles arrivent nombreux devant l’entrée principale du centre commercial, à l’extérieur.
Une activiste exhorte les bloqueurs à s’y rendre. On voit aussi des CRS s’équiper à la porte ouest du centre.
• 11h20 – « On en homard, le capitalisme », s’écrie un groupe facétieux, exhibant une demi-douzaine de homards en plastique. Des groupes d’une vingtaine d’activistes s’organisent en AG (assemblée générale).
Un cercle est formé dans le hall d’entrée d’Italie 2, des couples de danseurs se meuvent en son sein. Une grande banderole a été déployée sur la façade de l’entrée principale : « Détruisons les palais du pouvoir, construisons les maisons du peuple ».
• 10h50 – « On est là, on est là, même si Macron ne veut pas, nous on est là », s’époumonent les militants, dont une centaine bloquent l’entrée principale.
Leurs voix résonnent dans l’enceinte du centre commercial, dont les boutiques ferment les unes après les autres.
« Ce centre commercial symbolise le monde économique qui nous incite toujours à consommer plus de ressources dans un monde où elles ne sont pourtant pas infinies », explique Sarah, membre d’Extinction Rebellion. Elle porte un t-shirt où l’on lit : « Justice pour Adama, sans justice vous n’aurez pas de paix ». A quelques mètres d’elle, des activistes s’attellent à recouvrir des panneaux publicitaires numériques. « Le consumérisme ne profite qu’à une minorité de personnes, qui s’enrichissent inlassablement, et crée beaucoup de souffrance dans les pays du sud et les populations les plus pauvres des pays du nord, qui sont exploités et dont les terres sont massacrées. »
• 10h30 – Au Centre commercial Italie 2, à Paris, une action d’Extinction Rebellion vient de commencer. Des centaines d’activistes entrent dans le centre, en chantant « So-so-solidarité avec les Rouennais ». Ils portent des parapluies noirs et des banderoles, « Rouen, pas de vérité, pas de paix ».
Les vigiles arrivent au bout de deux minutes, passablement énervés. La situation est tendue. « Travaille, consomme, et ferme ta gueule » chantent les activistes. Les agents de sécurité tentent de retirer les banderoles, mais les activistes sont trop nombreux. Les clients du centre commercial regardent la scène, incrédules. Les vigiles tentent de saisir les téléphones portables et les appareils photos des journalistes. Sans succès. « Les vigiles, doucement, on fait ça pour vos enfants », crient des activistes. Ils forment des chaînes devant les entrées et laissent sortir les clients.
Cette action est orchestrée par Extinction Rebellion, avec des Gilets jaunes, Youth for Climate France, les mouvements queer, Collectif Justice pour Adama, Cerveaux non disponibles, Désobéissance écolo Paris, Radiaction, la revue Terrestres.
Extinction Rébellion…











