Avec le retour des beaux jours, les oiseaux ont retrouvé leur voix
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L’expression dit que l’arrivée des hirondelles fait le printemps. Le chant des oiseaux est un autre marqueur immuable de la fin de l’hiver. Mais au fait, pourquoi chantent-ils?
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05.04.2025

En bref:
- Les oiseaux chanteurs utilisent leur syrinx pour produire des mélodies printanières.
- Ce sont surtout les mâles qui chantent pour défendre leur territoire et séduire les femelles.
- La rousserolle verderolle peut imiter plus de deux cents espèces d’oiseaux différentes.
- Le grand corbeau possède le répertoire sonore le plus riche avec trois cents sons.
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À l’instar du rossignol philomèle, les vocalises des oiseaux égaient depuis plusieurs jours, et même quelques semaines, les journées qui s’allongent. Certes, ils ne vont pas jusqu’à interpréter «L’air des bijoux» cher à Bianca Castafiore. Déjà parce que le «rossignol milanais» n’existe pas, à part dans l’esprit d’Hergé qui a ainsi surnommé l’amie cantatrice de Tintin et du capitaine Haddock.
Certes, la qualité de ces différentes mélodies printanières est très inégale d’une espèce à l’autre. Et c’est vrai qu’elles sont parfois plutôt courtes, se résumant alors à un simple «tchic» répétitif. Mais ces sons qui ont d’abord une fonction communicative, quelle que soit leur forme, peuvent aussi être bien plus élaborés et venir réjouir les oreilles qui y prêtent attention.
Plus encore que faire plaisir, flatter l’autre est une des raisons premières de ces airs, qui sont surtout l’apanage des passereaux. Appelée avec justesse par les Allemands «Singvögel» (littéralement «oiseaux chanteurs»), cet ordre d’oiseaux rassemble la moitié des espèces mondiales.
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Hormone et printemps
Petite parenthèse technique et physiologique: c’est grâce à un organe particulier que les oiseaux peuvent chanter. Située entre la trachée et l’embranchement des deux grandes bronches, la syrinx est composée de membranes qui vibrent au passage de l’air expiré, produisant de fait le son.
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Et c’est bien au printemps avec le retour des beaux jours que les oiseaux sont le plus bavards. Par intérêt et nécessité, mus par une poussée hormonale régulée par la durée du jour. Un oiseau ne chante en effet pas pour rien. «C’est d’abord pour défendre son territoire, cet espace sur lequel ne peut vivre qu’un couple nicheur et où ce dernier doit pouvoir trouver l’ensemble des ressources nécessaires pour élever sa nichée», explique l’ornithologue d’Yvonand Sylvain Antoniazza.
Mais avant d’en arriver là, encore faut-il qu’un mâle ait réussi à attirer une femelle. Car à de rares exceptions près, chez nous c’est monsieur qui chante, pour parvenir à séduire sa belle par la grâce de ses qualités vocales.
«Des études conduites sur le merle noir ont montré que l’individu qui chante le plus est aussi celui qui attire le plus de femelles», souligne Christophe Sahli, collaborateur scientifique à l’Association Grande Cariçaie. Revers de la médaille, cette aisance orale lui vaut aussi un nombre accru de prédateurs.
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La nuit du rossignol
Il est intéressant de noter que le rossignol observe une distinction temporelle entre les deux fonctions de ses mélopées. À savoir qu’il chante en journée pour défendre son territoire et la nuit dans le but d’attirer une partenaire. «Il est donc possible de savoir s’il a trouvé une femelle, puisqu’il ne chante du coup plus la nuit», note Sylvain Antoniazza.
Le rouge-gorge présente lui aussi un cas particulier. Et plutôt deux fois qu’une. D’une part, son agressivité vis-à-vis de ses congénères l’incite à pousser la chansonnette presque toute l’année. «Son chant hivernal est cependant plus court et moins élaboré que celui du printemps», reprend le collaborateur de la Station ornithologique de Sempach.
D’autre part, l’individualisme de cette espèce conduit la femelle à chanter elle aussi. Et c’est plutôt rare, même si c’est aussi le cas du torcol fourmilier et des trois hiboux que l’on peut rencontrer en Suisse: grand-duc d’Europe, moyen-duc et petit-duc scops.
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Cela dit, pour la plupart des espèces, la nécessité de chanter est limitée à la période de nidification. Une période temporelle parfois très restreinte. Ainsi, les précoces grives draines, sittelles torchepots et autres grimpereaux des jardins en ont aujourd’hui presque déjà fini avec leurs vocalises.
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Jusqu’au cœur de l’été
Pourtant, ce n’est qu’à partir du milieu de l’été que piaillements et gazouillis s’estompent réellement. C’est que les oiseaux ne nichent pas tous au même moment et que le retour des espèces migratrices s’échelonne sur de longues semaines, pratiquement tout au long du printemps.
Croasser, grailler, hululer, jaser, roucouler, zinzinuler, siffler, triller, on en passe et des meilleurs: le vocabulaire est riche pour qualifier les sons produits par les oiseaux. Surtout si on y intègre les cris émis pour prévenir d’un danger, quémander de la nourriture, voire simplement pour rester en contact avec ses congénères.
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Même si certains chants présentent des similitudes plus ou moins fortes, chaque espèce possède le sien. «C’est même parfois un signe distinctif plus sûr que l’aspect visuel pour déterminer certaines d’entre elles», relève Sylvain Antoniazza.
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Les faux airs de vrais faussaires
Cependant, une oreille avertie en vaut deux, certaines espèces se plaisant à en imiter d’autres, comme le rouge-queue à front blanc ou l’étourneau sansonnet. Les scientifiques ont même pu établir que les rousserolles verderolles parviennent à contrefaire plus de 200 espèces. Dont la moitié provient de rencontres faites lors de leurs migrations hivernales. «Mais attention, un seul individu ne peut pas en imiter plus que dix ou quinze. Et généralement, il se trahit en émettant tout à coup des sons qui lui sont propres», précise Lionel Maumary, créateur du site oiseaux.ch.
Pour lui, ces imitations n’ont d’autre but qu’une fonction ornementale. «Elles influencent peut-être le choix qu’une femelle va opérer, même si les raisons qui la guident restent pour l’heure assez mystérieuses», reprend le président du Cercle ornithologique de Lausanne.
Cela dit, de tels exemples constituent une exception à la règle. Et d’un point de vue «technique», la structure des chants d’une espèce est plutôt stéréotypée. «Toutefois, il est parfois possible d’y déceler des variations régionales», affirme Lionel Maumary qui donne des cours de terrain sur les chants d’oiseaux. D’une certaine manière, les oiseaux auraient donc aussi un accent.
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Des modes d’expressions moins mélodieux
Quand on entend un corbeau croasser ou un aigle glatir, il est difficile de parler de chant. Leur cri fait néanmoins partie du répertoire des sons émis à des fins communicatives par ces oiseaux-là.
Il est d’ailleurs intéressant de noter que le cygne tuberculé – anciennement appelé cygne muet – est l’un des rares oiseaux à ne pas vocaliser, son mode d’expression passant plutôt par un soufflement.
Au contraire, la plupart des corvidés disposent d’un répertoire très riche. Très sociables, souvent grégaires, ils ne se privent pas d’en faire usage abondamment. «Capable de produire plus de 300 sons différents qui donnent autant d’informations, le grand corbeau est tout simplement l’espèce qui dispose du catalogue de sons le plus riche», note Sylvain Antoniazza.
Et puis, sans parler des pics qui communiquent majoritairement en tambourinant contre le tronc d’un arbre, le langage des oiseaux peut aussi être corporel.
Ainsi, le système de communication de la cigogne blanche est basé sur le claquement de son bec. Quant au pigeon ramier, outre son roucoulement typique, il fait aussi claquer ses ailes pour s’exprimer. Dans un même registre, le chevrotement de la bécassine des bois est produit par la vibration de ses plumes caudales au moment où, en plein vol, elle se laisse chuter de plusieurs mètres.
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05.04.2025
«Tribune de Genève»
