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29 avril 1945 : Les Françaises votent pour la première fois

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Le 29 avril 1945, tandis que la guerre contre l’Allemagne touche à sa fin, les élections municipales donnent l’occasion aux Françaises de voter pour la première fois de leur Histoire. Il n’était que temps. En effet, les Françaises sont parmi les dernières femmes du monde occidental à acquérir le droit de voter et celui de se faire élire…

Le vote des Françaises résulte d’une ordonnance du 21 avril 1944 prise par le Gouvernement provisoire du général de Gaulle, à Alger : « Les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes ».

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André Larané
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Les Françaises dans un bureau de vote (29 avril 1945), DR

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Lente émancipation des Françaises

Entre les deux guerres mondiales, sous la pression des mouvements suffragistes et d’intellectuelles comme Louise Weiss, la Chambre des députés vote à plusieurs reprises en faveur du vote féminin. Mais ses propositions sont six fois repoussées par le Sénat.

Les motifs des opposants tiennent à des préjugés personnels et à la crainte paradoxale que les femmes ne renforcent le camp conservateur. La gauche radicale et socialiste craint en particulier que les femmes ne rallient le camp clérical et ne se soumettent aux injonctions de leur curé !

Cependant, les Françaises n’attendent pas le droit de vote pour accéder à des fonctions gouvernementales. Trois d’entre elles obtiennent un sous-secrétariat d’État dans le gouvernement constitué par Léon Blum, en 1936, après la victoire du Front Populaire : Cécile Brunschvicg, Suzanne Lacore, Irène Joliot-Curie. D’autre part, c’est au plus fort de l’Occupation, en novembre 1943, qu’une femme est nommée maire de son village. Il s’agit de Mlle Marie-Rose Bouchemousse, maire de Vigeois (Corrèze).

Il faut attendre les soubresauts de la Libération de 1945 pour qu’enfin les Françaises obtiennent le droit de vote. L’égalité des droits est aussi inscrite dans le préambule de la Constitution de la IVe République (27 octobre 1946) : « la loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l’homme ».

Des femmes sont dès lors régulièrement présentes dans les gouvernements. Mais la féminisation de la représentation parlementaire est lente. Le nombre d’élues à l’Assemblée nationale stagne aux environs de 30 (5% des députés) jusqu’en 1997, date à laquelle il est passé à 59 grâce à un effort particulier du Parti socialiste. Il est passé enfin à 215 en 2022 (37% des députés).

La France se distingue ainsi de la plupart des grandes démocraties européennes par la faible représentation des femmes dans la vie politique et l’âge moyen des parlementaires, relativement élevé (en 2022, 146 députés  sur 577 avaient moins de 40 ans, contre une douzaine seulement en 2007).

Notons encore que les militaires, par souci de neutralité politique, avaient été longtemps privés aussi du droit de vote. Ils l’obtiennent enfin le 17 août 1945, quelques mois après les femmes ! La « Grande Muette » n’est plus tout à fait muette.

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André Larané

Communiqué de presse de Marie POCHON : 80 ans du 1er vote des femmes, 29 avril 1945 – 29 avril 2025

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Crest, le 28 avril 2025

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« La femme a le droit de monter sur l’échafaud, elle doit avoir également le droit de monter à la tribune. » Olympe de Gouges

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Le 29 avril 1945 était un jour d’élections municipales. Il y a tout juste 80 ans, en
France, les femmes votaient pour la première fois.
“Les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions que l’homme”
signait ainsi le Général de Gaulle dans son ordonnance qui marquera l’histoire de
notre République. Une ordonnance qui, suite au régime de Vichy, rétablit, en toutes
lettres, l’Égalité inscrite sur le fronton de nos mairies.

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Le droit de vote pour la moitié de l’humanité qui n’était alors pas inclue dans le
caractère universel du suffrage, ne fut pas le fruit du hasard, mais celui de
luttes. Celles de femmes, qui, sans indépendance économique, sans accès à une
éducation libre, sans contrôle de leur propre corps, ont donné, parfois de leur vie,
pour arracher leur droit le plus essentiel. Celles des suffragistes d’Hubertine Auclert,
des référendums officieux, des inscriptions alors illégales sur les listes électorales,
de multiples propositions de loi pendant des années repoussées par le Sénat. Celles
de résistances de l’ordre établi telles qu’il faudra attendre la Seconde Guerre
Mondiale et le rôle premier qu’occupèrent nos grand-mères et arrières grands-mères
dans la Résistance, pour faire admettre la liberté de conscience des femmes, leur
capacité à penser, voter, et représenter leurs compatriotes de manière libre, éclairée
et autonome.

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Si grâce aux lois sur la parité les femmes sont désormais plus de 40% dans les
conseils municipaux, un peu moins de 40% à l’Assemblée nationale et au Sénat,
elles restent largement minoritaires dans les fonctions de Maire, de Présidente de
conseil départemental et régional, ou d’EPCI. Si la lutte pour le droit de vote et
d’éligibilité a bien été gagnée, elle reste toute entière pour les femmes qui souhaitent

s’engager en politique pour s’y faire une place d’“élue parmi les élus”, et ce,
particulièrement dans nos territoires ruraux.
Il y a quelques jours, nos campagnes ont emboîté le pas des lois sur la parité de
2000 et de 2013 : grâce à un vote à l’Assemblée nationale, la parité est devenue
obligatoire également pour les scrutins municipaux des communes de moins de
1000 habitant-es. J’en suis convaincue : on y trouvera des femmes nombreuses,
compétentes et disponibles, qui, faute de modèles assez nombreux, faute de
confiance en soi bien souvent, n’auraient pas osé sauter le pas face aux résistances
et aux difficultés sans cette fameuse parité. J’aurais aimé écrire que dans notre
pays, il n’est pas nécessaire de légiférer pour que les femmes soient représentées
de la même façon que les hommes dans nos instances. Mais ce n’est pas le cas, et
il est indéniable que l’inscription et l’obligation de la parité dans la loi a joué un rôle
essentiel dans la représentation croissante des femmes dans la sphère politique.
Alors, comme à chaque fois qu’il s’agit des femmes, on se demande si on trouvera
des femmes. Des femmes disponibles. Des femmes compétentes. Des femmes qui
auront le temps, de s’occuper de leur famille, d’être en activité, tout en étant de
bonnes élues. Ces femmes-là, je les croise tous les jours, dans le cadre de mon
mandat : compétentes, engagées, expertes, passionnées par ce qu’elles font, si
légitimes. Pourtant, ces “femmes qui tiennent la campagne” semblent bien souvent
reléguées au second plan quand il s’agit de trouver des têtes de liste, ou de pouvoir
se projeter dans ces fonctions. Renforcer le statut des élu-es afin que la conciliation
des vies professionnelles, familiales et politiques soit facilitée, et que la fonction
d’élue soit attractive et compatible avec une vie normale pour les femmes est un
impératif majeur, que nous luttons pour inscrire à l’ordre du jour face à un
Gouvernement qui semble avoir d’autres priorités, à un an des municipales à venir.
Partout où les droits des femmes progressent, c’est la République qui avance.
80 ans plus tard, continuons à prendre notre place.
L’héritage en mémoire, la lutte comme boussole.

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Contact presse :
Perrine TAVERNIER
marie.pochon@assemblee-nationale.fr

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