1er Mai à Die : «Les actionnaires touchent beaucoup d’argent sans rien foutre»
Die avait choisi de fêter le 1er mai entre stands, repas, boules, fête populaire et concert…

Sous ce drôle de soleil de mai, camions syndicaux et collectifs de toutes les causes se préparent pour la traditionnelle marche du 1er Mai. L’abrogation de la dernière réforme des retraites figure en tête de leurs revendications – Sophie Binet annonce d’ailleurs une journée de mobilisation nationale le 5 juin.
A quelques mètres de là, au milieu des manifestants qui s’apprêtent à se mettre en marche, Brigitte Dujardin patiente. Face au refrain, chantonné notamment par François Bayrou, selon lequel les Français devraient travailler plus pour sauver le système social, cette militante de 78 ans habituée des 1er Mai fait «partie de ceux qui pensent qu’il faut faire payer les plus riches». Elle critique la réforme du RSA qui doit imposer quinze heures d’activité hebdomadaires aux bénéficiaires. Et ajoute : «Les actionnaires touchent beaucoup d’argent sans rien foutre.» Cette ancienne travailleuse dans le social, militante du mouvement des femmes, se souvient, «il y a très longtemps, [avoir] pris un trois-quarts-temps pour que quelqu’un d’autre ait un emploi». «Il est important de partager le travail», estime-t-elle.
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Dans la foule, Clémentine, lunettes de soleil et casquette sur la tête, brandit une pancarte : «Travailler moins pour être heureux·se». La jeune femme y voit plusieurs intérêts. D’abord, mathématique. «Pour que tout le monde puisse travailler, il faut travailler moins», analyse-t-elle. Elle est venue avec son amie Yolène. Les deux géographes de formation travaillent ensemble dans des métiers pour lesquelles elles ont étudié. «Chanceuses», en somme. «Mais il y a nous et il y a tous les autres», estime Yolène. «Tous les métiers ne sont pas très enrichissants et valorisants, moins on les travaille mieux on se porte», commente Clémentine. Surtout, «il faut avoir du temps pour tout le reste : être curieux, se balader, rencontrer les autres, avoir des enfants». «Pour vivre, quoi», résume Yolène. Mais aussi pour s’engager, dans l’associatif par exemple qui repose en grande partie sur le bénévolat. «Il faudrait qu’on ait le temps de travailler gratuitement», analyse Clémentine. Presque un paradoxe.
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Dans la chaleur de l’après-midi, les tee-shirts, chapeaux et casquettes se font de plus en plus nombreux. «Salaires légers, chars lourds», peut-on lire sur une pancarte. Même si la mobilisation s’annonçait plutôt modérée, le cortège grossit et s’ambiance. 300 000 en France selon la CGT.
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Paloma est venue avec un groupe d’amis et sa fille Lola, 7 ans, pour «la sensibiliser et lui rappeler que même si on a la chance d’habiter en France, on a le droit de pousser un coup de gueule». La petite fille, qui hésite pour l’avenir entre maîtresse, astronaute et vétérinaire, a retenu la leçon : «On ne travaille pas dans de bonnes conditions, donc on fait une manifestation où on ne travaille pas.» «Je veux profiter de la vie. Pour moi, travailler c’est juste pour subvenir à nos besoins», développe la mère.
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«Le problème, c’est pas le travail, ce sont les conditions»
Un groupe d’amis, tous «travailleurs et syndiqués» dans différentes organisations, sont aussi venus en famille. Distiller l’idée qu’il faut travailler plus conduit à «désensibiliser» les Français sur d’autres sujets, comme autoriser le travail le 1er Mai, analyse Hugo, 38 ans, consultant, son fils de cinq ans sur les épaules. «Le problème, c’est pas le travail, ce sont les conditions», ajoute Clément, salarié.
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Sous les mouchetures d’hermines, Thierry, 25 ans, agent d’entretien de la nature, «de gauche», fait tous les 1er Mai depuis trois ans. Pour lui, c’est clair, dire que les Français ne travaillent pas assez, «c’est des conneries». «Mes parents ont toujours bossé plus que les 35 heures, moi aussi», explique-t-il. A ses côtés, Flo, 20 ans, vient de rentrer dans le monde du travail comme prestataire à la SNCF. «Les gens sont déjà exploités, certains en train de cumuler plusieurs jobs», constate-t-elle. «Il faut essayer de faire en sorte que le milieu professionnel reste le plus sain possible pour tout le monde», revendique la jeune femme. Y compris les travailleurs sans papiers dont les collectifs sont présents, comme habituellement, dans le cortège. Daby Gandega, 38 ans, travailleur dans une fonderie du nord de la France, est venu avec la CGT. Il n’ose pas trop s’étendre en français, mais le message est clair : «On travaille quand même plus, et on n’a pas de papiers.» Alors, à quoi bon ?
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MCD et LIbé