Ministère de l’impossible ?
Puisque c’est la saison des cahiers de vacances, révisons notre histoire de France. Connaissez-vous Robert Poujade ? Décédé en avril dernier, cet homme politique est à l’origine d’un mouvement des années 50 connoté négativement. Il a pourtant été, entre 1971 et 1974, le premier ministre de la Protection de la nature et de l’Environnement, sous la présidence de Georges Pompidou. Ces mots prononcés il y a cinquante ans résonnent plus que jamais avec notre époque. Et d’ajouter : « La nature nous apparaît de moins en moins comme la puissance redoutable que l’homme du début de ce siècle s’acharnait encore à maîtriser, mais comme un cadre précieux et fragile qu’il importe de protéger pour que la terre demeure habitable à l’homme. » Vers une « écologie du mieux » ? À la faveur de la démission du gouvernement, c’est Barbara Pompili qui revient séjourner à l’hôtel de Roquelaure (c’est l’adresse du ministère, pas celle de ses vacances !). Ex-secrétaire d’État chargée de la biodiversité auprès de Ségolène Royal, elle a porté la fameuse loi pour la reconquête de la biodiversité promulguée le 8 août 2016, qui a notamment introduit la notion de préjudice écologique dans le code civil. Les marges de progression ne manquent pas. Parmi les récents rappels à l’ordre donnés à nos hauts dirigeants, le Conseil d’État a donné six mois au gouvernement pour ramener ses niveaux de pollution en dioxyde d’azote et en particules fines sous les valeurs limites, sous peine d’une astreinte de 10 millions d’euros par semestre de retard. Ne perdons pas de vue que nous devons atteindre la neutralité carbone en 2050 ! Nous vous souhaitons donc d’excellentes vacances décarbonnées respectueuses de la biodiversité ! Catherine Levesque-Lecointre (1) Le ministère de l’impossible, éd. Calmann-Lévy (1975). |
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Lu simou Une peau terreuse au-dessus, un ventre jaune en dessous et une jolie pupille en forme de cœur : le sonneur à ventre jaune ne ressemble à aucun autre crapaud ! Menacé de disparition dans de nombreuses régions, ce petit crapaud est présent dans les trous d’eau des prairies pâturées et les flaques forestières du parc naturel régional Périgord-Limousin. Partez à sa rencontre dans ce délicieux court-métrage présenté au Festival de Ménigoute en novembre dernier. Signé Marie Daniel et Fabien Mazzocco, il fait la part belle à l’occitan ! (coproduction : Fifo/ parc naturel régional Périgord-Limousin) |
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| « Faire renaître une forêt primaire en Europe de l’Ouest est une utopie concrète »
Le célèbre botaniste Francis Hallé sera présent au prochain Festival de Ménigoute pour présenter l’Association Francis Hallé pour la forêt primaire et son projet lors d’une conférence dans la salle omnisport, le vendredi 30 octobre. Rencontre avec Éric Fabre, secrétaire général de l’association, qui aura également un stand dans le Forum du festival. • À travers cette nouvelle association, Francis Hallé milite pour la renaissance d’une forêt primaire en Europe de l’Ouest. Comment est accueilli ce projet ? • À quoi ressemblerait cette forêt ? • Comment s’est constituée l’association ? • Pensez-vous que ce projet puisse avoir un écho différent avec la crise sanitaire, qui a pointé la déforestation parmi les causes de propagation des zoonoses ? • N’est-il pas paradoxal de vouloir y accueillir du public ? • N’est-ce pas un peu utopique de recréer une forêt primaire en Europe quand on voit les dangers qui menacent la forêt primaire de Bialowieża, en Pologne ? • Comment vous positionnez-vous par rapport à des associations comme « Forêts sauvages », qui prône la protection intégrale de surfaces forestières par la maîtrise foncière, ou « Désobéissance fertile », qui invite à racheter des parcelles de forêts pour les préserver ? • Ce projet s’inscrit-il dans le réseau Rewilding Europe ? • Une étude d’un centre de recherche de la Commission européenne1 montre une forte augmentation de la récolte du bois dans l’Union européenne depuis 2016. Comment concilier le maintien de ces puits de carbone et le besoin croissant en bois ? • Près de 80 % des arbres français ont moins de 100 ans. Les laisser vieillir serait-il une autre réponse efficace au changement climatique ? • Et à court terme, quelles sont vos échéances ? Propos recueillis par Catherine Levesque-Lecointre. (1) Publiée le 1er juillet dans la revue Nature. Pour en savoir plus : |
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Tourisme vert : l’autre Périgord
Alors que le Parc naturel régional de Gâtine poitevine est en construction, visite guidée chez nos voisins du parc naturel régional Périgord-Limousin, avec Frédéric Dupuy, son directeur adjoint.
Les visiteurs du dernier Festival de Ménigoute se souviennent peut-être de la projection d’un très court film aux accents occitans, Lu simou (voir la rubrique vidéo), qui nous projetait en quelques minutes dans les vertes prairies du parc naturel régional Périgord-Limousin, à la découverte d’un joli petit crapaud, le sonneur à ventre jaune. Ce petit bijou signe le début d’une collaboration entre le parc et FIFO Distribution, qui préparent deux autres courts-métrages en lien avec la politique très dynamique du parc naturel. L’un portera sur la forêt de Rochechouart, en Haute-Vienne, « un massif ancien qui abrite de fortes densités de sonneurs à ventre jaune », précise Frédéric Dupuy, directeur adjoint du parc. « La meilleure période pour les observer se situe entre avril et juin. Avec les parcs du Massif central, nous travaillons sur la gestion durable des forêts anciennes. L’autre film mettra en lumière un projet mené sur les pollinisateurs avec les quatre autres parcs de la région Nouvelle-Aquitaine. Nous réalisons un inventaire des abeilles sauvages sur le territoire, qui en compte entre 300 et 400 espèces. Ce film servira à la sensibilisation du plus large public, notamment sur les services écosystémiques de pollinisation. »
Des paysages de qualité propices à la randonnée
La spécificité de ces courts-métrages est de faire la part belle à l’occitan, grâce à une collaboration avec l’Institut d’études occitanes. « De nombreuses personnes le parlent encore sur notre territoire et la topographie est riche en termes occitans, avec des nuances d’une vallée à l’autre », souligne Frédéric Dupuy. Une identité forte pour un territoire à cheval entre Périgord et Limousin, sur les contreforts du Massif central. « Nous sommes dans une configuration très différente de la Gâtine poitevine, qui est une entité géographique en soi, note Frédéric Dupuy, avec un dénominateur commun : une forte ruralité aux portes de plusieurs agglomérations : Périgueux, Limoges, Angoulême. »
La variété et la qualité des paysages qu’on y rencontre sont une aubaine pour les citadins alentour, comme pour les touristes plus lointains en quête de chemins et de milieux préservés. « Notre patrimoine de sentiers est très important et peut se pratiquer à pied, à vélo ou en VTT. La grande boucle du parc de plus de 200 km offre une vision du territoire complète et nous expérimentons la possibilité d’y bivouaquer avec un minimum de confort (feu, douche solaire, réservation en ligne…). Nous œuvrons aussi pour la qualité du paysage nocturne avec un projet de réserve internationale de ciel étoilé. Nous nous situons au départ de trois grands bassins versants et l’un de nos cours d’eau, la Dronne, a obtenu le label « sites Rivières sauvages ». On y trouve des moules perlières, des truites, des chabots, des cincles plongeurs… »
Autre singularité du parc, la présence d’une réserve naturelle nationale pas comme les autres : celle de l’astroblème de Rochechouart-Chassenon, à cheval sur la Charente et la Haute-Vienne. Une météorite géante d’un kilomètre et demi de diamètre y a fini son voyage à 72 000 km/h il y a 200 millions d’années !
Ce coin de Périgord vert est aussi le point de départ de la Flow Vélo, un itinéraire qui rejoint l’île d’Aix en 290 km, via Rochefort, en suivant en partie d’anciennes voies ferrées et le long des chemins de la Charente (qui prend source à Chéronnac sur le territoire du parc). « Les canons coulés dans les fonderies du Bandiat ont été embarqués sur l’Hermione », s’amuse Frédéric Dupuy. Du Périgord vert à la mer, il n’y a donc qu’un pas !
Catherine Levesque-Lecointre.



