«Osez la différence!»
Chaque mois, on invite une personnalité à s’exprimer en ouverture du magazine. Maman de trois enfants et étudiante sur le tard, la Fribourgeoise Candy Rapaz nous encourage à sortir du rang dans une société au conservatisme sclérosant.

- La sociologue défend une rémunération pour les mères au foyer dans un ouvrage autoédité.
- Son parcours atypique débute avec une maternité précoce à 19 ans.
- Elle entreprend des études universitaires à 39 ans après trois enfants.
- Le festival Let’s Go Mama! accueillera son intervention à Crans-Montana en septembre prochain.
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Cette semaine, j’ai relu une citation qui aura guidé ma vie: «Quand nous perdons le droit d’être différents, nous perdons le privilège d’être libres.» (Charles E. Hughes) Ce qui frappe de prime abord, c’est la justesse de cette pensée. Ce qui frappe davantage, c’est que lorsque l’on se renseigne sur Monsieur Hughes, on apprend qu’il s’agissait d’un fervent Républicain américain, qui aura lutté pour éviter que des juges démocrates ne fassent leur entrée à la Cour suprême. En résumé, un homme qui serait probablement, s’il était encore vivant, un soutien au président Trump et opposé à toute personne sortant des clous. On pourrait se demander ce que vient faire Charles Evans Hughes dans ces lignes, mais vous allez voir, c’est très cocasse.
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Je suis rousse, voyez-vous, rousse et je me prénomme Candy. On peut déjà admettre qu’au départ, je suis facilement repérable. Mais Charles pensait qu’être différent était légitime et cette maxime, lue lors de mon adolescence, a élu domicile dans ma matière grise! En effet, à l’époque où mes copines entamèrent leurs études, je refusai de me lancer dans une formation sans conviction.
Quand fut venu le moment pour certaines d’entrer à l’université, de mon côté, je fis un bébé à 19 ans. Quand elles envisagèrent d’enfanter, je décidai de démissionner sans aucun plan de carrière. Lorsqu’elles voulurent construire une maison, je me trouvai un autre projet: le port d’un appareil dentaire. À 38 ans, il était temps!
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Quand elles divorcèrent, j’eus enfin quelques ambitions professionnelles et me lançai dans un cursus universitaire, alors que je venais d’accoucher de mon 3e enfant, à 39 ans. Quand certaines se dirent qu’elles auraient voulu faire autre chose de leur vie, j’entamai un stage de pigiste pour être engagée par un journal local. Pour finir, quand elles se plaignirent de la monotonie de leur existence et constatèrent qu’elles auraient voulu casser les codes, je décidai d’écrire un livre.
Moralité: osez la différence! Lorsque vous osez, vous confrontez le reste du monde à d’autres réalités. Ces nouveaux modèles permettent aux conformistes de s’habituer à ce qui sort du cadre. Vous leur offrez, en prime, une désensibilisation accélérée. Cerise sur le gâteau: vous vous libérez! Cela peut sembler compliqué au départ d’attirer tous les regards et être l’objet de toutes les discussions, mais c’est un mal nécessaire dans une société au conservatisme gentiment toxique.
Mon mot de la fin sera pour toi, Charles: je te remercie d’avoir, contre ton gré, poussé une femme à s’émanciper et sortir des carcans sociaux (que les Républicains, aux États-Unis, adorent imposer). Peut-être étais-tu, sans t’en douter, un Démocrate refoulé.
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Son actu
Candy Rapaz a sorti l’an dernier le livre «Mère au foyer, une profession féministe», postulat pour un salaire octroyé aux mamans.
Elle sera intervenante au festival Let Go Mama! en septembre prochain à Crans-Montana, événement autour du lâcher-prise au féminin.
