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« A l’échelle mondiale, la pêche industrielle avale chaque année plus de 20 milliards de dollars en subventions préjudiciables à l’environnement »

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Rémi Parmentier, Fondateur de la plateforme Let’s Be Nice to the Ocean

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Dans une tribune au « Monde », Rémi Parmentier, à l’initiative de la plateforme Let’s Be Nice to the Ocean, estime que la conférence de Nice est l’occasion de diminuer enfin, sinon de supprimer, les aides publiques à la pêche intensive, dévoreuse de carburant, semeuse de déserts sous-marins et de ruine pour les petits pêcheurs.

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Chalutiers a Concarneau

11 juin 2025 

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La Conférence des Nations unies sur l’océan, qui se tient à Nice jusqu’au 13 juin, sera-t-elle un énième sommet onusien fait d’un collage de vœux pieux souvent contradictoires, ou des acquis solides sont-ils possibles ? On peut parfois désespérer, sur fond de débats d’experts difficiles à comprendre pour l’observateur lambda sur la fonction d’aires marines dites « protégées », alors qu’y sont autorisés les navires de pêche industrielle intensive, ou d’épisodes lamentables comme l’attaque subie début juin à son domicile parisien par l’activiste Claire Nouvian, ou l’ordre intimé par la préfecture et la ville de Nice à un bateau de Greenpeace de s’éloigner des parages.

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La conférence a été précédée, les 7 et 8 juin à Monaco, d’un forum sur l’économie et la finance bleue (transposition du concept de la finance verte au domaine marin), dont l’objectif consistait à lever des fonds publics et privés pour le développement d’activités vertueuses en mer et sur les côtes. Très bien, mais pour commencer, ne devrait-on pas réformer les aides publiques dans le secteur de la pêche pour que celles-ci soutiennent les pratiques vertueuses, la justice environnementale et sociale, et favorisent en priorité la petite pêche artisanale et non la pêche industrielle intensive ?

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Le changement océanique, sur lequel alertent les scientifiques qui se sont réunis à Nice, du 3 au 6 juin, dans le cadre du congrès One Ocean Science, est le revers du changement climatique : absorbant 90 % de l’excès de chaleur et plus de 25 % du CO2 que nous lançons dans l’atmosphère, l’océan en atténue les impacts. Mais il le fait au prix de vulnérabilités croissantes pour la vie marine et les riverains des zones côtières et insulaires, ainsi que le rapporte le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat : réchauffement de la température sous-marine avec à la clé la menace de perturbations graves des courants océaniques, l’extinction massive des récifs coralliens qui abritent 25 % de la biodiversité marine à l’échelle mondiale, la fonte des glaces polaires, elle-même principal facteur de l’élévation du niveau de la mer, le changement de la composition chimique de l’océan dû à l’augmentation de la concentration du CO2 dans l’océan avec son lot de conséquences pour la vie marine… Un panorama qui invite à un sursaut : le principe de protection doit devenir la norme et non l’exception.

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Vœu pieux

Comme chaque année, le 8 juin marquait la Journée mondiale de l’océan. Ce dimanche, le président Macron et ses invités ont reçu les doléances des parties prenantes. Parmi celles-ci, scientifiques, économistes et écologistes tomberont d’accord sur le fait que le chalutage de fond est une activité dévoreuse d’énergie : remorquer d’énormes filets pour ratisser les fonds marins sur de vastes distances se fait au prix d’une forte consommation de fuel, qui s’ajoute à celle inhérente aux déplacements des flottes industrielles sillonnant les mers du monde, souvent après avoir dilapidé les ressources halieutiques autour de leurs ports d’attache.

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Les industries de la pêche peuvent se permettre ce prix fort grâce à de généreuses aides publiques (subventions et réductions d’impôts), sans lesquelles le chalutage ne serait pas rentable. Des études réalisées à l’université de Colombie-Britannique (Canada) montrent qu’à l’échelle mondiale, la pêche industrielle avale chaque année plus de 20 milliards de dollars en subventions préjudiciables à l’environnement (construction des grands navires et infrastructures de soutien, réductions d’impôts, etc.). Au-delà du soutien à la surcapacité des flottes industrielles, ces aides publiques ont des conséquences sociales dramatiques puisqu’elles permettent le pillage des ressources dont les petites pêches artisanales sont les premières victimes. Certaines crises migratoires (de l’Afrique de l’Ouest vers l’Europe, par exemple) sont directement imputables à ce pillage.

Emmanuel Macron a exprimé à maintes reprises – par exemple lors de la conférence SOS Océan à Paris, fin mars – son souhait de voir l’Organisation mondiale du commerce (OMC) interdire ces subventions préjudiciables, conformément aux engagements des objectifs de développement durable des Nations unies. Mais l’OMC tourne en rond depuis vingt-cinq ans autour de la question. Et depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, invoquer l’action de l’OMC relève du vœu pieux. L’OMC était arrivée en la matière à un accord minimal en 2022, sous l’impulsion de Joe Biden, mais son entrée en vigueur traîne, et un deuxième volet de négociations sur l’élimination des aides publiques au fuel est au point mort.

Plutôt que d’attendre l’OMC, pourquoi le président de la République ne demande-t-il pas aux Etats représentés à Nice de s’engager à éliminer, dès 2026, les aides publiques préjudiciables à l’environnement dans le secteur de la pêche industrielle ? Une façon simple de joindre le geste à la parole.

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Rémi Parmentier est directeur de la société de conseil The Varda Group. Il est à l’initiative de la plateforme de propositions Let’s Be Nice to the Ocean.

Rémi Parmentier (Fondateur de la plateforme Let’s Be Nice to the Ocean)

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