Impact des polluants chimiques sur la santé : la science alerte, la réglementation doit suivre !
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Les principaux responsables de la Fondation pour la Recherche Médicale lancent un appel aux pouvoirs publics, pour qu’ils tiennent davantage compte des données scientifiques sur l’effet de la pollution sur la santé.
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La Fondation pour la Recherche médicale dénonce l’impact des pestices sur la santé humaine.
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L’impact de la pollution chimique sur notre santé ne fait aujourd’hui aucun doute. L’Organisation mondiale de la Santé [1] estime ainsi que 24 % des décès et 25 % des pathologies chroniques dans le monde peuvent être attribués à des facteurs environnementaux (qualité de l’air, de l’eau, alimentation, exposition aux produits chimiques…). Les études épidémiologiques ou toxicologiques solides se multiplient, établissant un lien entre l’exposition à certains polluants et des maladies chroniques comme les cancers, les maladies neurodégénératives, les maladies cardiovasculaires, l’autisme, l’asthme, mais aussi l’infertilité, l’obésité, le diabète ou certaines anomalies congénitales.
Pourtant, les agences réglementaires européennes et françaises tardent à intégrer ce corpus scientifique dans leurs décisions, compromettant notre santé actuelle et future. C’est dans ce contexte que nous, Fondation pour la Recherche Médicale, premier financeur caritatif généraliste de la recherche biomédicale française, ayant fait du domaine « Santé et Environnement » un axe prioritaire (avec 83 équipes de recherche soutenues et 14,8 millions d’euros investis depuis 2019), rappelons la nécessité de prendre en compte l’ensemble des données scientifiques issues des laboratoires de recherche publics qui démontrent l’effet néfaste de polluants chimiques sur notre santé.
L’impact de la pollution chimique sur notre santé ne fait aujourd’hui aucun doute. L’Organisation mondiale de la Santé [1] estime ainsi que 24 % des décès et 25 % des pathologies chroniques dans le monde peuvent être attribués à des facteurs environnementaux (qualité de l’air, de l’eau, alimentation, exposition aux produits chimiques…). Les études épidémiologiques ou toxicologiques solides se multiplient, établissant un lien entre l’exposition à certains polluants et des maladies chroniques comme les cancers, les maladies neurodégénératives, les maladies cardiovasculaires, l’autisme, l’asthme, mais aussi l’infertilité, l’obésité, le diabète ou certaines anomalies congénitales.
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Pourtant, les agences réglementaires européennes et françaises tardent à intégrer ce corpus scientifique dans leurs décisions, compromettant notre santé actuelle et future. C’est dans ce contexte que nous, Fondation pour la Recherche Médicale, premier financeur caritatif généraliste de la recherche biomédicale française, ayant fait du domaine « Santé et Environnement » un axe prioritaire (avec 83 équipes de recherche soutenues et 14,8 millions d’euros investis depuis 2019), rappelons la nécessité de prendre en compte l’ensemble des données scientifiques issues des laboratoires de recherche publics qui démontrent l’effet néfaste de polluants chimiques sur notre santé.
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Les alertes des scientifiques se multiplient
Alors que tous les milieux, terrestres et aquatiques, sont contaminés par des pesticides [2], et que leurs effets sur la santé sont de plus en plus documentés, les alertes des scientifiques ne sont pas entendues. Une expertise collective de l’Inserm de 2021 [3], s’appuyant notamment sur plus de 5 300 documents scientifiques, a confirmé les présomptions fortes de lien entre l’exposition professionnelle aux pesticides et certaines pathologies comme des cancers ou la maladie de Parkinson (d’ailleurs inscrite au tableau des maladies professionnelles du régime agricole depuis 2012). Quant à l’exposition professionnelle ou domestique (via les pyréthrinoïdes par exemple, des insecticides largement utilisés) de la mère pendant la grossesse ou des enfants, elle augmenterait le risque de leucémies, d’altération des capacités motrices, cognitives, de maladies comportementales comme l’anxiété chez les enfants.
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Les effets en population générale sont difficiles à mettre en évidence du fait de la pluralité des expositions et du suivi nécessaire sur plusieurs années, voire dizaines d’années. Des premiers résultats issus de la cohorte française NutriNet indiquent déjà que les personnes ayant une alimentation bio – dépourvue de pesticides – présentent un risque diminué de développer une maladie métabolique [4], [5], [6] ou certains cancers [7]. Nous ne pouvons plus nous permettre d’accumuler les preuves épidémiologiques sans engager des actions concrètes protectrices. D’autant que le changement climatique conduit à l’emploi de davantage de pesticides [8].
En dehors de ces produits, bien d’autres substances chimiques se retrouvent dans notre environnement : particules fines et ultrafines, micro et nanoplastiques, qui eux-mêmes captent et accumulent les polluants chimiques, PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées, des « polluants éternels ») dont une récente évaluation de l’Agence européenne pour l’environnement montre la présence en quantité supérieure au seuil toléré dans la plupart des cours d’eau, eaux côtières et lacs en Europe [9]. Des alertes inquiétantes, d’autant plus que les effets sanitaires de ces expositions multiples sont susceptibles de se combiner (« effet cocktail »).
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Des mesures pour protéger notre santé et celle des générations futures
Alors même que les données scientifiques probantes s’accumulent, les réglementations européennes et françaises semblent les ignorer. Résultat : les effets cumulés des polluants chimiques ne sont pas considérés et les limites maximales en résidus de produits phytosanitaires dans l’alimentation ne prennent pas en compte ce risque. D’autres points posent question, comme l’utilisation de substances interdites sur notre territoire mais contenues dans des denrées dont l’importation reste autorisée, comme certains dithiocarbamates ou encore néonicotinoïdes dont l’usage pourrait être réintroduit en France par le vote du projet de loi Duplomb.
ans oublier le renouvellement par l’Union européenne d’autorisations de mise sur le marché de substances potentiellement nocives pour la santé humaine : jusqu’en 2033 pour le glyphosate, reconnu perturbateur endocrinien, toxique pour le neurodéveloppement et classé comme cancérogène probable, jusqu’en 2039 pour le captane, cancérogène suspecté, de même que le folpel, classé comme cancérogène possible et récemment incriminé dans le risque de maladie de Parkinson [10]. Rappelons que ces pesticides sont principalement utilisés dans la culture du blé ordinaire, des arbres fruitiers, des cultures maraîchères et en viticulture, des produits de consommation très courants.
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Aujourd’hui, il est donc du devoir et de la responsabilité de nos dirigeants et des agences réglementaires d’utiliser toutes les connaissances acquises par les chercheurs d’organismes publics et de prendre des décisions pour protéger notre santé. Il est plus que temps d’ouvrir des perspectives nouvelles, basées sur les faits et la rigueur scientifique.
LIRE AUSSI : Le bio est-il vraiment meilleur pour la santé ? Ce qu’en disent les scientifiques
C’est pourquoi nous, Fondation pour la Recherche Médicale, portant un regard objectif et global sur les connaissances actuelles, à l’écoute de l’ensemble de la communauté scientifique et ayant pour mission première de faire avancer la recherche pour sauver des vies, invitons les pouvoirs publics français et européens à prendre en compte l’ensemble des données scientifiques et à mettre en place trois mesures indispensables pour mieux prévenir l’impact des polluants chimiques sur notre santé :
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– Retirer du marché européen les polluants chimiques industriels à la toxicité scientifiquement établie, ainsi que les biens de consommation en contenant, et interdire l’importation de ces derniers ;
– Abaisser les doses et seuils autorisés des polluants chimiques en tenant compte de la poly-exposition et des effets cocktail ;
– Et, plus largement, mener des campagnes de prévention et émettre des recommandations pour protéger les populations, en particulier pendant la période périnatale, moment de plus grande vulnérabilité à ces polluants.
L’histoire récente nous a montré, avec l’amiante ou le chlordécone, les conséquences tragiques et irréversibles de décisions trop tardives. Ne laissons pas de tels drames se reproduire. Les chercheurs travaillent avec engagement pour produire des connaissances, elles sont là. Il est dorénavant du devoir des pouvoirs publics de les utiliser et d’agir avec lucidité et responsabilité pour protéger notre santé et celle des générations futures.
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Denis Duverne, Président du Conseil de surveillance de la Fondation pour la Recherche Médicale.
Hervé Chneiweiss, Président du Comité de la recherche de la Fondation pour la Recherche Médicale.
Maxime Molina, Président du Directoire de la Fondation pour la Recherche Médicale.
Valérie Lemarchandel, Directrice scientifique de la Fondation pour la Recherche Médicale.
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Notes
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[1] https://www.who.int/teams/environment-climate-change-and-health/monitoring/scorecards
[2] Laure Mamy, Stéphane Pesce, Wilfried Sanchez, Marcel Amichot, Joan Artigas, et al. Impacts des produits phytopharmaceutiques sur la biodiversité et les services écosystémiques. Rapport de l’expertise scientifique collective. [Rapport de recherche] INRAE ; IFREMER. 2022, 1408 p.
[3] Inserm. Pesticides et effets sur la santé : Nouvelles données. Collection Expertise collective. Montrouge : EDP Sciences, 2021.
[4] Emmanuelle Kesse-Guyot, et al. Prospective association between organic food consumption and the risk of type 2 diabetes : findings from the NutriNet-Santé cohort study. Int J Behav Nutr Phys Act 2020 Nov 9 ; 17 (1) : 136. doi : 10.1186/s12966-020-01038-y.
[5] Emmanuelle Kesse-Guyot, et al. Key Findings of the French BioNutriNet Project on Organic Food-Based Diets : Description, Determinants, and Relationships to Health and the Environment. Adv Nutr 2022 Feb 1 ; 13 (1) : 208-224. doi : 10.1093/advances/nmab105.
[6] Pauline Rebouillat, et al. Prospective association between dietary pesticide exposure profiles and type 2 diabetes risk in the NutriNet-Santé cohort. Environ Health 2022 May 25 ; 21 (1) : 57. doi : 10.1186/s12940-022-00862-y
[7] Julia Baudry, et al. Association of Frequency of Organic Food Consumption With Cancer Risk : Findings From the NutriNet-Santé Prospective Cohort Study. JAMA Intern Med 2018 Dec 1 ; 178 (12) : 1597-1606. doi : 10.1001/jamainternmed.2018.4357.
[8] François Bareille, Raja Chakir, Derya Keles. Weather shocks and pesticide purchases. European Review of Agricultural Economics, Volume 51, Issue 2, April 2024, Pages 309 – 353, https://doi.org/10.1093/erae/jbae008
[9] PFAS pollution in European waters. Agence européenne de l’environnement, 9 Dec 2024. PFAS pollution in European waters | European Environment Agency’s home page
[10] Paul, K.C., Krolewski, R.C., Lucumi Moreno, E. et al. A pesticide and iPSC dopaminergic neuron screen identifies and classifies Parkinson-relevant pesticides. Nat Commun 14, 2803 (2023). https://doi.org/10.1038/s41467-023-38215-z
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PPL Duplomb : une proposition de loi agricole dont on se serait bien passé
Surnommée PPL Duplomb en référence au sénateur de Haute-Loire Laurent Duplomb qui l’a initiée (Les Républicains, LR), cette proposition de loi censée “simplifier la vie des agriculteurs” est en réalité une catastrophe pour le climat, pour la biodiversité mais aussi pour la santé des consommateurs et des agriculteurs. Pro-pesticides, pro-élevages industriels et pro-mégabassines : pouvions-nous imaginer pire combo ?
Une loi pro-pesticides
Ce texte rétrograde propose tout bonnement la réintroduction de certains pesticides, et notamment la ré-autorisation des néonicotinoïdes, des insecticides connus comme “tueurs d’abeilles”. Ces produits toxiques sont en effet particulièrement dévastateurs pour les pollinisateurs, pourtant essentiels à la reproduction de nombreuses plantes et à la production de certains fruits. Promouvoir la réintroduction de certains de ces produits est une aberration et va à contre-courant des objectifs que la France s’était fixés ces dernières années.
L’utilisation massive de pesticides prônée aujourd’hui par les géants de l’agro-industrie représente une menace directe pour la biodiversité. Ces substances toxiques détruisent la terre, l’eau, l’air mais nuisent aussi gravement à notre santé.
Une loi pro-élevages industriels
L’article 3 de la proposition de loi vise quant à lui à faciliter l’installation et l’agrandissement des fermes-usines en France. Il préconise de relever les seuils des exploitations pour soumettre obligatoirement un élevage à une procédure d’autorisation. Les méga-fermes, classées ICPE (installations classées pour la protection de l’environnement), sont en effet soumises à des autorisations préalables car elles peuvent créer des risques de pollutions graves et des nuisances sur l’environnement (pollution au nitrate et développement des algues vertes, par exemple). Si cette loi était votée, les seuils passeraient de 40 000 à 85 000 emplacements de volailles, soit plus du double. Pire encore, les élevages bovins pourraient être potentiellement exonérés de ces procédures environnementales. Une aberration.
Cette proposition de loi Duplomb accélèrera indéniablement l’industrialisation de l’élevage en France, alors que ce système a déjà un lourd impact environnemental : il contribue à la pollution des sols et des eaux, menace la biodiversité et aggrave la chute des petites et moyennes exploitations. Il y a quelques jours encore, nous alertions dans un communiqué de presse sur des contaminations préoccupantes de l’eau de baignade dans le Finistère par des bactéries pathogènes (notamment des Escherichia coli, des salmonelles et des staphylocoques), très probablement issues de la pollution fécale des élevages industriels environnants étant donné la densité d’animaux et de lisiers sur le territoire.
ar ailleurs, le texte risque aussi de restreindre la consultation publique lors des procédures d’autorisation d’installation des fermes-usines, bafouant le droit à l’information des citoyens et citoyennes et la démocratie environnementale.
Une loi pro-mégabassines
Un autre article nous paraît particulièrement inquiétant : l’article 5,qui pourrait faciliter le développement des mégabassines qui accentuent la pression sur les ressources en eau et facilitent son accaparement au profit d’une minorité d’agriculteurs privilégiés.
Les mégabassines sont principalement utilisées pour irriguer des cultures très consommatrices d’eau, comme le maïs, destiné en grande partie à l’élevage industriel et à l’exportation. Ces réserves géantes profitent à une minorité d’acteurs agro-industriels qui accaparent l’eau pour des pratiques industrielles délétères au détriment de l’intérêt général et des alternatives locales et paysannes.
Un loi portée par la droite conservatrice et la FNSEA, qui sert les intérêts des géants de l’agro-industrie
Cette loi a été portée par le sénateur conservateur Laurent Duplomb qui n’est autre que l’ancien président FNSEA de la chambre d’agriculture de Haute-Loire, actuel président régional du groupe laitier Sodiaal et membre du conseil de surveillance de la marque Candia. Par ailleurs, cette loi reprend tout simplement les propositions clés de la FNSEA qui encouragent le maintien et le développement d’une agriculture industrielle destructrice. Bref, un cadeau doré à l’agro-industrie.
PPL Duplomb : un soutien pour les agriculteurs et les agricultrices, vraiment ?
Les agriculteurs et les agricultrices sont les premières victimes du dérèglement climatique et les premiers exposés à l’utilisation massive d’intrants chimiques. Cette proposition de loi visant à lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur est en réalité un cadeau empoisonné pour les personnes qui nous nourrissent.
Agriculture et dérèglement climatique
Sécheresses prolongées, vagues de chaleur, inondations, épisodes de gel : ce sont autant d’évènements qui perturbent fortement les récoltes et compromettent la santé du bétail. Ces phénomènes entraînent une diminution des rendements et une augmentation des coûts pour s’adapter, accentuant ainsi la fragilité économique des exploitations agricoles. Encourager l’utilisation de pesticides ou le développement de fermes-usines polluantes qui perturbent l’environnement et accélèrent le dérèglement climatique est un non sens. D’ailleurs, tous les paysans et paysannes ne sont pas en faveur de cette loi, loin de là !
Expositions massives aux pesticides
En encourageant l’utilisation de pesticides, alors que des alternatives existent, le gouvernement menace gravement la santé des agriculteurs et des agricultrices.
Un passage en force qui restera dans l’histoire de la 5ème République
Mardi 27 mai, le projet de loi Duplomb devait commencer son examen à l’Assemblée nationale. Malheureusement, pour échapper au débat parlementaire, des député·es allant de la droite au Rassemblement national ont voté une motion de rejet. Le texte passe donc directement en commission mixte paritaire, sans débat et sans possibilité d’amendement par l’hémicycle. Ce coup de force anti-démocratique et anti-écologique est inacceptable. Ces député·es évitent de nombreux échanges sur le texte qui auraient peut-être fait vaciller certains membres de leurs camps en défaveur de cette loi. Aussi, sauter l’étape de l’Assemblée nationale permet d’invisibiliser le sujet des pesticides, de l’élevage industriel et des mégabassines dans le débat public. Cette loi passe alors catimini et de manière expéditive et permet d’éviter trop d’oppositions de la société civile qui se s’est largement opposée aux mesures de ce texte.
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Résumes des intervention à Die le 29 juin 2025 de 10h à 11h30 à la Comtesse
Avec cette motion de rejet, les député·es mettent aussi sous le tapis la contestation citoyenne : près de 150 000 citoyen·nes se sont en effet opposés à cette loi.
