«Séparés à la présidentielle, c’est l’échec assuré» : Lucie Castets propose une «méthode» pour une candidature commune à gauche en 2027
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Malgré les divisions de la gauche, l’ex-candidate du NFP à Matignon tente toujours de faire le «pont» entre société civile et partis en vue de l’élection suprême dans deux ans. Et invite les chefs de file des différentes familles à se retrouver mercredi 2 juillet pour «construire une dynamique» commune.

Il y a bientôt un an, Lucie Castets, haute fonctionnaire, économiste, alors directrice des finances et des achats à la Ville de Paris et inconnue du grand public était désignée candidate au poste de Première ministre par le Nouveau Front populaire. Malgré le refus du président de la République de la nommer et le délitement de l’alliance de gauche, elle tente encore aujourd’hui d’être un «trait d’union» dans l’optique de la présidentielle de 2027. A son initiative, après un appel publié le 23 avril, les chefs des partis de gauche et écologistes volontaires doivent se retrouver à Bagneux (Hauts-de-Seine) le 2 juillet pour discuter d’une candidature commune à la présidentielle. Après un moment d’échanges à huis clos avec la société civile, elle espère aboutir à un «calendrier» et une «méthode».
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Vous avez invité la gauche à se réunir mercredi pour parler de la mise en œuvre d’une candidature unique pour la présidentielle de 2027. Qu’attendre de ce rendez-vous ?
C’est d’abord un grand moment de rassemblement, où l’on passe de la parole aux actes. Beaucoup de participants ont déjà annoncé qu’ils étaient pour une candidature commune mais on ne s’est jamais retrouvé tous ensemble dans ce format. J’espère en sortir avec le calendrier le plus précis possible sur la méthode de désignation commune mais aussi une méthode de travail pour les aspects programmatiques. C’est également un moment de dialogue avec la société civile, pour réfléchir avec les partis de gauche, y compris en les interpellant dans un sens positif, et sur la mobilisation, pour que la gauche puisse gagner.
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Quels partis politiques seront présents ?
Les Ecologistes, le Parti socialiste, l’Après [des ex-LFI, ndlr], Générations et Debout ! [le nouveau mouvement de François Ruffin]. Notre démarche a vocation à s’élargir. Nouvelle Donne, les régionalistes ou encore La Gauche républicaine et sociale ont demandé à être là, on ouvrira le cercle progressivement.
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Le PCF a annoncé qu’il ne participerait pas à la réunion. Comment réagissez-vous ?
Je regrette la non-participation de Fabien Roussel à la réunion de mercredi, en revanche, comme j’ai pu lui rappeler, nous voulons construire ce chemin avec les communistes et leurs militants très unionistes. La porte reste ouverte, notamment pour travailler ensemble sur les aspects programmatiques comme le souligne le courrier.
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Jean-Luc Mélenchon et Raphaël Glucksmann ont refusé votre invitation et préparent l’un et l’autre leur candidature pour 2027. Dès lors, il n’y aura pas de candidature unique…
Vraisemblablement non. Mais il peut se passer beaucoup de choses d’ici là. Pour l’instant, on essaie de construire une dynamique avec les participants mais la porte est toujours ouverte en ce qui me concerne.
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Les socialistes parlent, eux, d’une «candidature non mélenchoniste»…
Ce n’est pas mon cas. Je veux parler aux électeurs, et y compris aux électeurs insoumis, qu’il faut respecter. Par ailleurs, La France insoumise a, depuis ses débuts, porté des combats qui parlent à des millions de Français comme un meilleur encadrement de l’enseignement privé ou la question de l’eau et de sa raréfaction, sujet d’actualité en cette période de forte canicule.
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Les partis sont-ils un frein ?
Je pense qu’ils ont tous conscience qu’il faut une forme d’union pour passer de 28 % à une majorité absolue. Ensuite, il y a des stratégies différentes avec d’un côté une vision plus hégémonique de ceux qui espèrent qu’à la fin le vote utile fera se rassembler derrière eux et une stratégie unioniste a priori qui propose de construire collectivement en amont.
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Cette stratégie demande du temps alors que Glucksmann et Mélenchon sont déjà lancés et ont un programme… En 2021, Yannick Jadot avait d’ailleurs organisé une réunion du même type qui n’avait abouti à rien. Pourquoi ce serait différent cette fois ?
Forcément, mettre d’accord des appareils prend du temps mais je crois que les partis ont vraiment conscience que séparés, c’est l’échec assuré. Les stratégies unitaires ont d’ailleurs été approuvées en interne et l’aspiration des électeurs de gauche ne recule pas, au contraire. Nous avons aussi un socle programmatique avec le Nouveau Front populaire. Ce qui est sûr c’est qu’il faut aller vite et viser plusieurs millions d’électeurs.
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Quel est votre rôle dans ce processus ?
Je suis une artisane de l’union de la gauche et je continue à faire le pont entre société civile et les partis, j’essaye d’être un tiers qui facilite les choses.
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Cela empêche l’hypothèse d’une candidature à cette candidature unique ?
A ce stade je n’y pense pas. Pour rester tiers de confiance, il ne faut pas être dans le jeu.
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Comment être sûr que les participants soutiendront le vainqueur ?
L’enjeu, c’est de faire émerger une équipe, notamment via le travail programmatique. Cela permettrait d’exprimer un panel large d’opinions et de combats qui créerait du ciment et de la loyauté. On doit imaginer un gouvernement mais aussi qui serait à quels postes de pouvoir au Sénat, à l’Assemblée ou dans les cabinets. Un peu comme dans une équipe d’handball ou de football, chacun à son rôle prêt à rentrer sur le terrain et à défendre.
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Quelle marge de manœuvre aura le candidat ?
Ma vision serait un socle programmatique commun en partant du programme du NFP. On y intégrerait les discussions avec la société civile et organisée ainsi que le travail de fond mené par les partis. Ensuite, on sélectionnerait une dizaine de sujets communs, sur lesquels on serait tous d’accord, et chaque candidat choisirait deux ou trois priorités parmi ce socle pour qu’il y ait quand même de la différenciation et que ça ne soit pas juste une primaire de casting.
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Sécurité, immigration, déficit, réarmement… Les grands sujets de la présidentielle se posent petit à petit, et la gauche a du mal à ramener la discussion sur son terrain. Le peut-elle ?
Je pense que la France est un pays d’électeurs de gauche qui s’ignorent. Il faut réfléchir aux combats qu’on veut mener pour être davantage audibles que nous le sommes depuis dix ans. On a trop laissé de côté les questions économiques et sociales pour accepter d’aller, avec un mauvais angle et en des termes souvent problématiques, sur les questions culturelles au sens large, identitaires, où on perd toujours. Je pense sincèrement qu’il faut parler de sécurité ou d’immigration mais différemment. Pas en des termes qu’on se laisse imposer. Et il ne faut jamais abandonner le champ économique et social. La préservation des services publics, c’est ce qui nous protégera de l’extrême droite et de l’ubérisation de la société.
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