Centrale thermique de Provence – Enquête publique complémentaire : la contribution de FNE PACA et AURA
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Découvrez la contribution de France Nature Environnement Provence-Alpes-Côte d’Azur et France Nature Environnement Auvergne-Rhône-Alpes à cette enquête publique.
En 2023, au regard des arguments avancés par les associations de protection de l’environnement et de certaines collectivités, la Cour Administrative d’Appel de Marseille, sur renvoi du Conseil d’État, a sommé la société GAZELENERGIE GENERATION, propriétaire de la Centrale thermique de Provence, de présenter un complément à l’étude d’impact de 2012, censé tenir compte des effets indirects de la Centrale, notamment quant à son approvisionnement en bois. En vertu des articles R .123-1 et suivants du Code de l’environnement, ce complément à l’étude d’impact fait l’objet d’une enquête publique.
Au préalable, FNE tient à rappeler que nous n’opposons pas emploi et environnement. Nous tenons compte de ces deux paramètres que constitue un développement soutenable dans notre région. Ainsi, nous sommes favorables à la réindustrialisation, à la décarbonation de manière sobre et compatible avec l’environnement.
FNE milite pour une préservation de cet écosystème tout en structurant une filière bois soutenable. L’enjeu est aujourd’hui d’avoir une vision prospective permettant de concilier la diversité des usages de la forêt en assurant sa résilience face au changement climatique.
Nous soulignons que la forêt n’est pas réduite aux boisements monospécifiques ; c’est un écosystème composé d’une multiplicité d’essences avec des arbres d’âges différents qui se gère sur du temps long (150 ans). C’est un réservoir de carbone, un habitat écologique qui assure une résilience face aux risques naturels majeurs (éboulement de terrain, inondation). Elle participe aussi au cycle de l’eau et au maintien de températures acceptables pour les milieux aquatiques (pour les forêts alluviales). Enfin la forêt a aussi une valeur culturelle et récréative dont les générations futures sont en droit de bénéficier.
Dans ce cadre et dans la continuité de ses actions, France Nature Environnement Provence-Alpes-Côte d’Azur et France Nature Environnement Auvergne-Rhône-Alpes souhaitent contribuer à cette enquête publique par l’intermédiaire du présent document.
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Publié par FNE Auvergne Rhône Alpes
Le Mardi 10 juin 2025
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Contribution enquête publique – Enquête publique complémentaire portant sur le complément d’étude d’impact – Centrale Thermique de Provence – juin 25 1
Enquête publique complémentaire portant sur le complément d’étude d’impact – Centrale Thermique de Provence
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https://www.fne-aura.org/uploads/2025/06/ep_ctpgardanne_contrib_fnepaca_aura_2025.pdf
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France Nature Environnement Provence-Alpes-Côte d’Azur et Auvergne-Rhône-Alpes sont les
fédérations régionales des associations de protection de la nature et de l’environnement. Nous
œuvrons à réconcilier l’humain et l’environnement à l’échelle territoriale, pour une transition
écologique et sociale vers un autre modèle de société.
FNE Provence-Alpes-Côte d’Azur rassemble 250 associations et 27 000 adhérents. FNE PACA est
agrée pour la protection de l’environnement et reconnue d’utilité publique. Organisée en dix
réseaux thématiques, nous agissons sur l’ensemble des enjeux environnementaux, du local au
global, et du global au local.
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FNE Auvergne-Rhône-Alpes regroupe près de 70 000 adhérents et 240 associations en
Auvergne-Rhône-Alpes. Fondé en 1971, FNE AURA est agréé pour la protection de la nature et
reconnu d’utilité publique depuis 1984. FNE AURA se préoccupe de la protection des ressources
naturelles (eau, air, sols, forêts) et de la biodiversité autant que du réchauffement climatique et
de la nécessaire transition énergétique.
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En 2023, au regard des arguments avancés par les associations de protection de l’environnement
et de certaines collectivités, la Cour Administrative d’Appel de Marseille, sur renvoi du Conseil
d’Etat, a sommé la société GAZELENERGIE GENERATION, propriétaire de la Centrale thermique
de Provence, de présenter un complément à l’étude d’impact de 2012, censé tenir compte des
effets indirects de la Centrale, notamment quant à son approvisionnement en bois. En vertu des
articles R .123-1 et suivants du Code de l’environnement, ce complément à l’étude d’impact fait
l’objet d’une enquête publique.
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Au préalable, FNE tient à rappeler que nous n’opposons pas emploi et environnement. Nous
tenons compte de ces deux paramètres que constitue un développement soutenable dans notre
région. Ainsi, nous sommes favorables à la réindustrialisation, à la décarbonation de manière
sobre et compatible avec l’environnement.
FNE milite pour une préservation de cet écosystème tout en structurant une filière bois
soutenable. L’enjeu est aujourd’hui d’avoir une vision prospective permettant de concilier la
diversité des usages de la forêt en assurant sa résilience face au changement climatique.
Nous soulignons que la forêt n’est pas réduite aux boisements monospécifiques ; c’est un
écosystème composé d’une multiplicité d’essences avec des arbres d’âges différents qui se gère
sur du temps long (150 ans). C’est un réservoir de carbone, un habitat écologique qui assure une
résilience face aux risques naturels majeurs (éboulement de terrain, inondation). Elle participe
aussi au cycle de l’eau et au maintien de températures acceptables pour les milieux aquatiques
(pour les forêts alluviales). Enfin la forêt a aussi une valeur culturelle et récréative dont les
générations futures sont en droit de bénéficier.
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Dans ce cadre et dans la continuité de ses actions, France Nature Environnement Provence-
Alpes-Côte d’Azur et France Nature Environnement Auvergne-Rhône-Alpes souhaitent
contribuer à cette enquête publique par l’intermédiaire du présent document.
Enjeux de forme relatifs au complément à l’étude d’impact
L’aire géographique de l’enquête publique correspondrait à l’aire d’influence des impacts de la
Centrale thermique de Provence, étendue à trois régions (Occitanie, Auvergne-Rhône-Alpes et
Provence-Alpes-Côte d’Azur), dix-sept départements et seulement 324 communes. Ce nombre
interroge : les éléments avancés par GazelEnergie pour la sélection des communes ne
permettent pas de rendre compte réellement des impacts futurs du plan d’approvisionnement de
la Centrale Thermique de Provence.
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Ne serait-ce que s’agissant de la fédération régionale des Communes Forestières Sud –
Provence-Alpes-Côte d’Azur, celle-ci rassemble plus de 500 communes. La fédération
départementale d’Ardèche comptabilise 140 communes. Celle du Gard, 134 communes. La
Drôme comprend 363 communes, avec 51% de son territoire couvert de forêts, un potentiel de
plus de 150 communes forestières.
Nous constatons, donc, que parmi les plus de 4 000 communes couvertes par l’aire géographique
d’impact de la Centrale Thermique de Provence, seules 324 ont été sélectionnées. Malgré les
éléments fournis par GazelEnergie pour justifier ce choix, la faible proportion de communes
sollicitées nous interroge, et font craindre des impacts futurs non-évalués sur nos territoires.
Nous nous questionnons sur le seuil de l’impact notable définit autour des 10% de l’accroissement
annuel. Quel est la base de calcul ? Par précaution et au vu des impacts du changement climatique
il serait opportun de réduire ce seuil autour des 5%.
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Seuls 8 départements sur 16 bénéficient de lieux de réunions publiques (04, 05, 13, 30, 34, 48,
83 et 84) : des départements pourtant intégralement compris dans l’aire géographique
d’influence de la Centrale, et donc potentiellement dans l’aire de prélèvement, ne bénéficieront
donc d’aucune permanence ni de réunions publiques comme par exemple la Drôme.
En l’état des choses, cette enquête publique ne pourra conclure qu’en fonction d’une
participation partielle.
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Enjeux relatifs aux impacts environnementaux
Impact écologique sous-estimé
– Appauvrissement des écosystèmes par simplification de la sylviculture. Au lieu de
favoriser les éclaircies, comme argumenté au départ, il est visible sur le terrain que la
demande en bois-énergie aboutit à des récoltes massives dans un objectif logique de
rentabilité des opérations.
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Le problème est dans la disproportion de la demande par rapport à l’offre potentielle d’un
territoire à faible production. Cela aboutit à sortir complètement de la logique de
Contribution enquête publique – Enquête publique complémentaire portant sur le
complément d’étude d’impact – Centrale Thermique de Provence – juin 25 3
hiérarchie des usages et d’utilisation du bois en cascade, et donc de la logique de
transition énergétique prônée au départ.
Le résultat est dans le maintien d’un état dégradé de la forêt méditerranéenne, par un
traitement simplificateur en taillis, alors que des évolutions par balivage vers la futaie
seraient possible dans beaucoup de situations. Voir ci-après « un cadre de gestion
inabouti ».
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– Élévation du risque d’incendie. Le maintien d’une végétation basse feuillue, mais aussi de
jeunes peuplements résineux exploités précocement, constitue un danger par rapport
aux incendies. A contrario la ressource que pourraient produire les obligations légales de
défrichement (OLD) est hors de proportion de 2 ou 3 ordres de grandeur et doit rester une
ressource locale.
– Aucune garantie sur l’exclusion des forêts anciennes ou des zones à haute valeur
écologique non couvertes par des espaces protégés. La région Provence-Alpes-Côte
d’Azur ne dispose plus de forêts « primaires » ; les rares forêts anciennes et matures
restantes sont essentielles pour le climat et la biodiversité. Le plan d’approvisionnement
n’apporte aucune garantie spécifique de préservation de ces massifs à haute valeur
écologique.
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– Il manque des précisions sur les essences, volumes, impacts paysagers ou
biologiques. : incohérences des essences ciblées par rapport à la réalité de terrain ;
doute sur l’exploitation du feuillu
– Les incidences sur les zones Natura 2000 sont écartées par GazelEnergie en affirmant
qu’ils refuseront tout chargement en provenance de ces zones, gageant sur la
géolocalisation. De l’aveux même des forestiers, l’identification de ces zones est parfois
incertaine et rend difficile de garantir qu’aucun chargement de bois ne proviendra de
zones Natura 2000. FNE Provence-Alpes-Côte d’Azur et AURA s’interrogent donc sur la
promesse de GazelEnergie. Les moyens allégués sont insuffisants pour garantir l’absence
d’impact sur les zones Natura 2000.
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– Outre le fait que l’importation de bois étranger pour faire fonctionner une centrale
biomasse nous apparaissent totalement hors-sol, les sources d’approvisionnement
demeurent très floues pour le bois importé. GazelEnergie souligne d’ailleurs les risques
importants de non-conformité, a fortiori pour l’Espagne et le Brésil. S’agissant en
particulier de ce dernier, GazelEnergie allègue que le bois est issu de plantation
existantes depuis le début du XXème siècle, certifié, mais n’apporte pas de réponses
satisfaisantes quant aux enjeux environnementaux locaux.
– Non prise en compte sérieuse des effets du changement climatique sur les forêts et la
ressource en bois.
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Impact du changement climatique et disponibilité de la ressource
Dans le dossier nous ne trouvons aucune modélisation de ce type d’impact, d’où une incertitude
sur la durabilité des prélèvements. La forêt souffre dès à présent de l’impact du CC.
L’étude d’impact se base sur l’inventaire IGN de 2023 (p 3) qui prévoit une diminution de
0,8m3/ha/an qui est une moyenne nationale alors que la zone méditerranéenne est plus
fortement impactée que cette moyenne. Le GREC Sud, dans son cahier forêt et CC et ses paroles
d’acteurs, indique que les effectifs de peuplement sont en forte baisse1 : 30 à 40% des espèces
régionales montrent une perte de production de biomasse.
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L’INRAe, dans ses paroles d’experts, explique que la forêt Méditerranéenne en cas de sècheresse
extrême va subir des défoliations entrainant des dépérissements de massifs2.
En somme, les forêts sont sous stress hydrique et ont moins de chance de se régénérer toutes
seules. Le complément d’étude se base encore sur des valeurs du passé basées sur les 30
dernières années sans vision prospective.
– Les méthodes de calcul sont déjà dépassées, basées sur des données de 2018 : produire
de nouvelles données à jour en 2024/2025 n’apporterait pas de résultats
significativement différents selon GazelEnergie. Pourtant, selon les données de l’IFN, la
production biologique nette est passée au niveau national de 83,1Mm3/an pour la période
2007-2015 à 72,7Mm3/an pour la période 2014-2022, soit une réduction de 13%.
– La disponibilité réelle du bois-énergie n’est pas démontrée dans chaque région
d’approvisionnement. GazelEnergie allègue de l’accroissement des forêts en région PACA
et au niveau national. Seulement, nulle mention n’est faite de la qualité de ce
peuplement (diversité des essences, potentiel de croissance et séquestration carbone,
résilience face au changement climatique…)
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En dehors des grosses unités, existent déjà des circuits locaux de consommation du bois énergie,
à l’échelle communale et individuelle, bien intégrés aux territoires et respectueux des services
écosystémiques. Gardanne leur apporte une concurrence plus ou moins confiscatoire compte
tenu de l’importance disproportionnée des besoins par rapport à la ressource.
Absence de garanties suffisantes sur la traçabilité, le contrôle, les sanctions et
les alertes
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– Un cadre de gestion inabouti
Un projet de cadre de bonnes pratiques est mentionné par GazelEnergie. Ce projet s’inspire
largement de la Charte du Parc Naturel Régional des Cévennes, mais en supprimant plusieurs
points essentiels. Ce projet de cadre n’est qu’une ébauche. Aucune garantie quant aux
modalités de modification et de validation n’est apportée. Un comité de suivi semblerait devoir
être mis en place, sans précision quant aux délais, aux membres et à la gouvernance. Autant
d’éléments qui maintiennent le flou autour des engagements de GazelEnergie.
A ce stade il manque un certain nombre de mesures que notre mouvement préconise3 :
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Préservation des arbres d’intérêts écologiques ;
Saisonnalité des coupes (enjeu reproduction faune sauvage) ;
1 Contribution volontaire du GREC SUD à la présente enquête publique.
2 https://www.grec-sud.fr/publications/le-cahier-agriculture-et-forets/
3 France Nature Environnement, Forêts en Changement climatique, Livre blanc pour une gestion différenciée, avril 2025
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Lieu des coupes : au-delà de Natura 2000 il y a des habitats spécifiques à préserver
comme les forêts alluviales (véritable corridor écologique), les zones rouges des Tortues
d’Hermann dans le Var ou les ZNIEF de type 1 (celles présentant un intérêt patrimonial).
En termes de modalité de gestion, FNE rappelle son positionnement quant méthodes
différentes méthodes d’exploitation des forêts : les coupes rases dénudent les sols et
favorisent l’érosion. FNE Provence-Alpes-Côte d’Azur et AURA rappellent l’enjeu de
favoriser une sylviculture mélangée à couvert continu.
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Préservation des équipements et des aménagements (chemin d’accès et des sols) à lier
avec des sorties de bois respectueuses des sols.
Gestion des résidus de broyage avec l’enjeu de laisser un couvert au sol permettant de
nourrir le sol.
Préservation des arbres sénescents (vieux) qui offrent nourriture et habitat à la faune.
Ainsi, Gazel devrait privilégier un approvisionnement en biomasse issue de boisements sans
intérêt écologique au niveau des coupes. Afin d’avoir un effet levier au niveau de la gestion de la
ressource et de structurer la filière bois, GazelEnergie devrait exiger un document de gestion
systématique pour toutes les surfaces.
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– Contrôle/alerte/sanction
Que se passe-t-il si la coupe est issue de zones ne respectant pas la mesure d’évitement des sites
Natura 2000 ? Nous observons que rien n’est prévu à cet effet. Il n’existe aucun mécanisme
d’alerte pour les habitants, pas plus que pour les gestionnaires des sites Natura 2000 et Espaces
Naturels Sensibles.
Aucune garantie n’est apportée quant au respect du cadre de gestion notamment sur les coupes
en deçà des seuils d’autorisation (4ha ou 0,5 ha en ripisylve) ; qui plus est, la multiplicité de petites
surfaces entraine un impact important en l’absence de contrôle et d’évaluation
environnementale.
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Les audits internes au nombre de 20 demeurent assez faibles et ne sont pas répartis dans les 26
sylvo-éco régions concernées. Aucune mention n’est faite de contrôles inopinés, pourtant
nécessaires, pas plus que des sanctions en cas de manquement.
Par ailleurs, nous nous questionnons sur les prélèvements en Italie et en Espagne. Est-ce que,
dans ces pays, les zones Natura 2000 seront évitées aussi ? Si non une évaluation spécifique
devra être réalisée.
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Non-conformité à la directive RED III
– Aucun engagement sérieux pour respecter les nouveaux critères de RED III (transposition
exigée au 21 mai 2025).
– Rendement énergétique de 31 % (2022), inférieur au minimum de 36 % requis : les
éléments avancés par GazelEnergie pour affirmer que le rendement atteindra 37% sont
insuffisants et ne correspondent à aucune réalité technique.
– Bois prélevé dans des zones riches en biodiversité, y compris dans des « réservoirs de
biodiversité ».
– Conséquences sur la cascade des usages : avec la transposition de RED III qui incitera à
n’utiliser le bois pour produire de l’énergie qu’en dernier recours, la disponibilité du bois-
énergie va diminuer (actuellement, 80% de la biomasse prélevée en PACA sert au bois-
énergie ou pour la fabrication de pâte à papier)4.
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Remise en question de l’opportunité du projet :
Enjeux relatifs au rendement énergétique
Le rendement de la Centrale Thermique de Provence continue d’être trop faible. GazelEnergie
se base sur la réglementation européenne qui fixe des seuils entre 30 et 40% de rendement pour
balayer d’un revers de main la question du rendement énergétique de la centrale.
Cette question ne ferait pas l’objet d’une partie de cette note si la question du rendement ne
devait pas être mis en relation avec l’impact environnemental des prélèvements de bois ainsi
que la question du coût pour le contribuable.
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D’après nos sources de terrain issu de la CSS, le rendement de la Centrale Thermique de Provence
avoisinerait les 23% sur les dernières années de fonctionnement. Selon GazelEnergie, les années
précédentes ne peuvent servir de références pour analyser le rendement du fait des arrêts et
redémarrages « subis » par la Centrale, en raison de certaines contraintes techniques et parfois
liées à des mouvements sociaux. Toujours selon GazelEnergie, le rendement de la Centrale
devrait atteindre les 37% en 2025. Nous ne pouvons nous satisfaire de ce chiffre.
37% de rendement, cela signifie que 3 arbres sur 5 continueront d’être brulés pour rien.
Une solution serait la mise en place de la cogénération. Seulement, « Aucun de ces projets n’a pu
finalement voir le jour soit pour des raisons d’impossibilité technique (par exemple canalisations à
faire passer par des zones résidentielles ou incompatibilité des caractéristiques de la vapeur avec
les exigences qualité des installations) ou de coût de réalisation trop important rendant sa
rentabilité et son financement impossibles. »5. Ceci démontre que la Centrale ne pourra atteindre
de meilleur rendement dans un délais raisonnable.
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Nous nous interrogeons également sur la part de l’électricité produite par la Centrale
Thermique de Provence au regard de la consommation en région Provence-Alpes-Côte d’Azur.
La production, de la Centrale peut atteindre, au maximum, 600 GWh. Cela représente :
3,45% de l’électricité produite en région Provence-Alpes-Côte d ‘Azur (17,4 TWh)
1,54% de l’électricité consommée en région Provence-Alpes-Côte d ‘Azur (39 TWh)
0,13% de l’électricité consommée en France (445,7 TWh).
Ces chiffres sont dérisoires. GazelEnergie est allé jusqu’à soutenir que les coupures de courant
subis par l’Espagne en mai 2025 ne pourraient avoir lieu en région Provence-Alpes-Côte d’Azur
grâce à la Centrale Thermique de Provence, celle-ci pouvant couvrir les besoins. Cela est
manifestement faux.
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4 https://www.onf.fr/onf/%2B/6b::onf-en-region-sud-provence-alpes-cote-dazur.html
5 Mémoire en réponse à l’avis délibéré n°2024-108 de l’Autorité environnementale sur la centrale biomasse de Provence, p. 18
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Enjeux relatifs au coût de l’électricité produite
Si cette enquête publique porte effectivement sur le complément à l’étude d’impact demandé par
la Cour administrative d’appel de Marseille à GazelEnergie, suite au contentieux porté en partie
par FNE Provence-Alpes-Côte d’Azur et ses associations membres, cette enquête ne peut
s’extraire du contexte politique et économique dans lequel elle s’inscrit.
Le contrat conclu entre l’Etat et GazelEnergie, qui garantit une enveloppe de rachat de 800
millions d’euros par an de l’électricité produite, est un scandale financier en lui-même.
Pour 4 000 heures de fonctionnement et une puissance 150 MWh maximum à pleine
puissance, cela revient pour le contribuable à 167 euros du MWh. Un tarif jusqu’à deux fois
supérieur aux tarifs de rachats d’autres filières de production d’électricité renouvelable.
Si GazelEnergie renvoie ses détracteurs à la loi de finance 2025 et au secret des affaires, les
associations de protections de l’environnement maintiennent que ces négociations et le contrat
conclu manquent totalement de transparence et ne peuvent satisfaire au principe d’une
information éclairée nécessaire à toute participation à un débat public.
Enjeux relatifs à la consommation d’eau
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Pour le fonctionnement de la Centrale, près de 1,8 millions de m³ d’eau par an sont nécessaires.
Une envergure comparable aux plus gros projets industriels de la zone de Fos-sur-Mer (CARBON,
GravitHy…). Les ressources nécessaires pour la production de moins de 2% de l’énergie
consommée en région Provence-Alpes-Côte d’Azur sont démesurées.
Enjeux logistiques liés au transport du bois
Qu’il provienne de l’étranger, du Gard ou des Hautes-Alpes, le bois devra être transporté de son
lieu de prélèvement jusqu’à la centrale. Bien que GazelEnergie mette en avant son engagement
de favoriser le transport ferroviaire, tout l’approvisionnement ne sera pas concerné, loin s’en faut.
Par exemple, la totalité du bois prélevé dans le département de l’Ardèche sera transporté par la
route, ce département ne dispose pas de réseau ferroviaire. Des dizaines de camions devront
faire des aller-retours jusqu’à la centrale, accompagnés de bruits et de pollution, qui impacteront
principalement les habitants des alentours de la centrale.
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Enjeux relatifs au bilan carbone
Le complément à l’étude d’impact présenté par GazelEnergie se base sur une étude du cabinet
Carbone 4. Celle-ci démontre que le CO2 est capté par les forêts lors de leur croissance, rejeté
lors de la combustion du bois (Centrale Thermique de Provence), puis capté à nouveau par les
arbres jeunes, parfois plantés pour l’occasion. L’idée serait que ce processus soit à l’équilibre,
dans un cycle de circulation du carbone permanent, sans excédent.
Le bilan carbone annoncé de 234 gCO₂e/kWh est quatre fois supérieur à la moyenne française.
Sans compter que cette valeur ne prend pas en compte les émissions de CO2 du bois, bois qui est
considéré comme biogénique. Les énergies fossiles représentent encore plus de 15 % de l’énergie
primaire utilisée, contre 6 à 9 % estimés techniquement suffisants selon l’exploitant lui-même.
La logique de réduction des émissions est donc incomplète et peu ambitieuse, sans stratégie
claire de désengagement du fossile.
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Une centrale qui demeure carbonée et fortement consommatrice d’importations
La Centrale Thermique de Provence continue d’utiliser du charbon, là où les moyens de
production d’énergies renouvelables comme les éoliennes ou le photovoltaïque fonctionnent
grâce à des sources d’énergies totalement renouvelables : soleil, vent…
Nous nous interrogeons également sur les implications des différentes importations :
150 000 tonnes de bois depuis le Brésil, l’Italie et l’Espagne !
20 000 tonnes a minima de charbon depuis l’Afrique du Sud !
L’avis de l’Autorité Environnementale souligne à juste titre le manque de garanties sur la
durabilité réelle des approvisionnements, notamment pour les bois importés (jusqu’à 150 000
tonnes/an). Les systèmes de traçabilité évoqués (SBP-RED II, BRMT) ne compensent pas
l’absence de contrôle effectif sur les pratiques hors Union Européenne, particulièrement au
Brésil.
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A nouveau, dans un contexte planétaire de changement climatique, nous ne pouvons pas nous
permettre d’importer des ressources forestières venant de l’autre bout du monde ou de nos pays
voisins. Si la Centrale ne peut fonctionner qu’avec des ressources locales, alors elle n’a pas lieu de
fonctionner, a fortiori avec un aussi faible rendement.
Des enjeux sociaux importants
La Centrale Thermique de Provence emploie une cinquantaine de personnes sur site, et pourvoit
indirectement à 400 autres emplois. Les associations environnementales sont pleinement
conscientes des problématiques sociales soulevées.
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Les salarié·s ne doivent pas être les victimes des mauvais choix industriels passés et du manque
d’anticipation de l’exploitant. C’est pourquoi FNE Provence-Alpes-Côte d’Azur et les associations
environnementales à l’origine du contentieux avec GazelEnergie souhaitent favoriser la
reconversion du site industriel, en intégrant en premier lieux les qualifications des emplois
directs et indirects concernés.
De la même manière, des solutions doivent être envisagées pour les entreprises et emplois
indirects de la Centrale. Une concertation doit être menée afin de trouver la meilleure solution :
transition de l’entreprise, aide à la recherche de nouveaux contrats…
Dans le contexte de crise climatique et environnementale que nous connaissons, il est essentiel
de conserver, ou de soutenir dans leur transition, des industries vertueuses qui savent conjuguer
l’emploi avec une exploitation raisonnée des ressources de nos territoires, en forêt comme
dans la filière-bois. L’objectif de France Nature Environnement est de réconcilier l’être humain
et l’environnement !
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Les éléments portés à notre connaissance dans le cadre de l’enquête publique, ainsi que le cadre
du contrat passé avec l’Etat, portent sur les 10 ans à venir seulement : une pérennité somme-
toute relative donc. Qu’en sera-t-il dans 10 ans ? Le rendement aura-t-il augmenté drastiquement
? GazelEnergie pense-t-elle à nouveau poursuivre son activité et préserver les emplois à l’aide de
centaines de millions d’euros d’argent public ?
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Conclusion
Pour FNE Provence-Alpes-Côte d’Azur et FNE Auvergne-Rhône-Alpes, il est nécessaire
d’anticiper la reconversion du site et des emplois en créant un nouveau projet de territoire
conciliant emplois et environnement avec fermeture de cette chaudière biomasse. Au vu du
faible rendement, du coût exorbitant et de l’impact sur la forêt nous émettons un avis
défavorable.
FNE