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Alexandre Grondeau, universitaire : « Les rave-parties sont une réponse citoyenne et collaborative d’une partie de la jeunesse à une réalité sociale inquiétante »

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« Arrêtez de faire chier les jeunes !  » . Ou cela va se retourner contre vous les vieux, et de façon ingérable et violente ! MCD

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En voulant criminaliser un peu plus les fêtes libres, des députés Ensemble et Horizons poursuivent un vain combat, car les jeunes qui y participent cherchent avant tout à se divertir dans un cadre autre que celui proposé par l’économie de marché, explique, dans une tribune au « Monde », l’universitaire Alexandre Grondeau.

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29 mars 2025

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Portée par des députés Ensemble et Horizons, (Ah! les vieux cons encore , NDLR ) une proposition de loi visant à renforcer la pénalisation de l’organisation de rave-parties a été déposée, sous le numéro 1133, à l’Assemblée nationale, le 18 mars. Son objectif est de « réaffirmer l’autorité de l’Etat face aux difficultés et dangers causés par ces rassemblements illégaux », arguant qu’ils « facilitent le blanchiment d’argent, l’usage de la soumission chimique, causent des nuisances aux riverains et incitent à la consommation de drogue notamment. D’innombrables viols, blessés et morts sont à déplorer ».

Au-delà du constat expéditif et quelque peu outrancier qui est fait des rave-parties, et de l’absence de définition claire des rassemblements festifs en question, cette proposition de loi passe à côté du sujet pourtant fondamental porté par ces rassemblements : pourquoi existent-ils depuis plusieurs décennies dans notre pays ? Qu’est-ce qui motive leur organisation et, a fortiori, leur fréquentation ?

Pour y répondre, de très nombreux travaux et études peuvent être mobilisés. Ils font consensus et montrent de manière convaincante que, depuis le début des années 1990, en France, les rave-parties en tant que rassemblements festifs illégaux sont une réponse citoyenne et collaborative d’une partie de la jeunesse à une réalité sociale inquiétante : il n’est pas possible, dans notre pays, de faire la fête librement sans subir de récurrentes discriminations sociales, raciales, de genre, d’apparence, celles-ci n’étant d’ailleurs pas exclusives les unes des autres. Les discriminations festives se combinent, en effet, très souvent.

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Une alternative aux discriminations

Aujourd’hui, des jeunes Français qui désirent aller s’amuser et danser, le week-end, ne pourront pas le faire s’ils n’ont pas les moyens de payer l’entrée d’un club, d’une boîte de nuit, ou les consommations dans un bar, et même s’ils disposent de cette capacité financière, il est possible que l’entrée leur soit refusée, de manière tout à fait illégale par ailleurs, en raison de leur couleur de peau, de leur genre, de leur manière de s’habiller ou de se coiffer. Et le cas échéant, s’ils pouvaient entrer dans certains lieux, il est possible également que la musique qu’ils souhaiteraient écouter pour faire la fête et s’amuser ne soit pas programmée en raison des choix artistiques dudit lieu festif.

Chaque week-end, ces discriminations ont lieu par dizaines de milliers (probablement plus) sans que les députés porteurs de la proposition de loi n° 1133, ou d’autres représentants du peuple français, ne proposent de solutions rapides et effectives à la jeunesse française pour qu’elle puisse faire la fête librement. Cet état de fait durant depuis des décennies, de petits groupes d’individus, des collectifs, proposent une alternative à ces discriminations, en instituant de manière éphémère des moments de convivialité festive et musicale qualifiée de « free-parties », ce que les députés porteurs de la proposition de loi n° 1133 appellent « rave-parties ».

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Lors d’une rave-party à Pluguffan (Finistère), le 30 mars 2024.

Si ces députés souhaitent s’intéresser aux motivations effectives des jeunes gens organisant ou participant à ces free-parties, ils le peuvent : plusieurs enquêtes, dont certaines très fournies, ayant étudié ce phénomène de la fête libre existent. Pour ne prendre que celle réalisée auprès de 1 663 usagers de free-parties, dont j’ai assuré la direction en 2018, et s’interrogeant sur ces rassemblements festifs libres et autogérés comme alternative à la ségrégation et aux inégalités territoriales festives nocturnes, ils pourront ainsi constater que plus de 90 % des usagers considèrent une free-party comme un lieu pour faire la fête librement (contre 10 % qui pensent que c’est un supermarché de la drogue et 2 % un lieu dangereux).

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En décalage avec la société consumériste

Les pratiques portées par la fête libre sont, il est vrai, un peu en décalé d’une société consumériste portée par la volonté de rentabiliser n’importe quelle activité humaine, en particulier pour le sujet qui nous intéresse, les activités festives et musicales nocturnes. Les usagers des free-parties interrogés expliquent ainsi y aller régulièrement pour trouver une autre manière de faire la fête que celle proposée par l’économie de marché et les tenants du capitalisme nocturne. Ils sont nombreux ainsi à y avoir expérimenté le troc (à 63,5 %) et l’autogestion (à 94,1 %), et expliquent que cette dernière est satisfaisante ou très satisfaisante pour eux quand il s’agit d’écouter la musique qu’ils aiment (95,2 %), d’organiser leur sécurité (77,5 %) ou de s’approvisionner en nourriture et en eau (51,9 %).

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Il est également important de noter qu’à aucun moment ces amateurs de fêtes libres n’exigent la fermeture des lieux festifs qu’ils considèrent comme vecteurs et producteurs de discriminations. Les usagers de free-parties souhaitent, en revanche, pouvoir faire la fête librement, et sans alternative possible, reconnaissant être obligés de le faire dans des lieux souvent interdits – ils les réquisitionnent et les occupent de manière illégale, les rendant la plupart du temps nettoyés –, faute d’autre possibilité.

Les violences constatées lors de ces événements sont condamnées sans appel et les usagers considèrent que le premier public jugé indésirable en free-party est constitué par les personnes qui s’engagent dans des activités délictueuses (à 54,3 %), devant les policiers (à 41,3 %), dont la présence ne rassure que 3,5 % des fêtards libres et qui auraient probablement mieux à faire que de réprimer un penchant humain pourtant bien naturel : faire la fête.

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Au bout du compte, dans le cadre de cette proposition de loi, il est gênant pour bon nombre de citoyens français de voir des jeunes gens qui peuvent pour certains être leurs cousins et cousines, leurs frères et sœurs, leurs neveux et nièces, leurs copains ou copines, se retrouver pénalisés, voire condamnés, pour avoir seulement souhaité danser librement dans une free-party parce qu’ils ou elles ne trouvaient aucun lieu leur permettant de faire la fête librement, sans discrimination, sans ségrégation ni volonté consumériste.

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Alexandre Grondeau est professeur des universités en géographie à Aix-Marseille Université-CNRS et fondateur du site spécialisé Reggae.fr.

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Lozère : Une rave-party illégale réunie 9.000 participants, selon la préfecture

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La Fête sauvage a débutée vendredi, la free-party réunie 9.000 personnes ce samedi. Pour l’heure, aucun incident particulier n’a été relevé, note la préfecture qui a fermé trois routes départementales menant au site…

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20 Minutes 

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