Budget 2026 : « Les riches n’ont jamais été aussi riches », déplore la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet
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La dirigeante syndicale de la CGT Sophie Binet était l’invitée des « 4V », mardi. Alors que François Bayrou doit présenter ses orientations pour le budget 2026, elle recommande de taxer les riches
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Jean-Baptiste Marteau : François Bayrou doit présenter, mardi 15 juillet à 16h, les grandes lignes du budget 2026. Vous l’avez dit, on ne peut pas redresser les comptes sur le dos des salariés. Et pourtant, il y a tout de même 40 milliards d’euros d’économies à faire. On fait comment selon vous?Sophie Binet : On prend l’argent là où il est, chez ceux qui sont responsables du déficit, à savoir les plus grandes entreprises et les plus riches. Pourquoi est-on dans cette situation budgétaire ? Parce qu’Emmanuel Macron, depuis qu’il est président de la République, a baissé chaque année les impôts des plus riches de 73 milliards d’euros. Il suffirait de remettre la moitié de ces baisses d’impôts en cause pour trouver les 40 milliards. L’équation n’est pas si compliquée.
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L’idée d’année blanche est mise sur la table par François Bayrou, qui l’a proposée à tous les partenaires sociaux, notamment les partis politiques, qu’il a reçus. Gel des prestations sociales, des retraites, des embauches dans la fonction publique. C’est une ligne rouge pour vous, pour la CGT, cette année blanche ?
Oui, cette année blanche, c’est en réalité une année noire pour les travailleuses et les travailleurs, pour les services publics. Ça serait une année où toutes les Françaises et les Français s’appauvriraient parce que cela veut dire très concrètement que les salaires, le financement des services publics, les prestations sociales, les retraites ne suivraient pas le montant de l’inflation. Donc, que toutes et tous, nous perdrions en pouvoir d’achat.
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Mais ça fait six milliards d’économies.
Oui, sauf que ça appauvrit tout le monde. Moi, ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi le gouvernement refuse, par principe, d’aller chercher l’argent là où il est, à savoir dans la poche des actionnaires, des rentiers et des plus riches qui n’ont jamais été aussi riches.
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Mais nous sommes aussi le pays le plus taxé d’Europe, celui qui prélève le plus déjà.
Il y a un rapport qui est sorti il y a quelques jours qui montre qu’en France, les inégalités n’ont jamais été aussi importantes. Les riches n’ont jamais été aussi riches et les pauvres n’ont jamais été aussi pauvres. Il y a de plus en plus de travailleuses et de travailleurs qui sont pauvres. Aujourd’hui, le 15 juillet, il y a des millions de Françaises et de Français, de travailleuses et de travailleurs qui ne peuvent même pas payer le départ en vacances de leurs enfants et on nous parle de leur imposer de nouveaux sacrifices.
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« On n’a jamais donné autant d’argent à nos entreprises »
On parle aussi de travailler plus. Emmanuel Macron a dit qu’il n’y aura ni dette supplémentaire ni impôts supplémentaires. Il veut donc financer tout ça par plus de production. Est-ce que vous comprenez cette injonction présidentielle ?
Je suis scandalisée. Ça fait un an que la CGT alerte sur les licenciements qui se multiplient en France et sur les fermetures d’entreprises. Non seulement le gouvernement refuse de lever le petit doigt pour empêcher ces fermetures d’entreprises et ces licenciements, mais il nous explique qu’il faudrait travailler plus en faisant comme si on choisissait d’être au chômage et que les chômeurs et chômeuses seraient des privilégiés. Il faut arrêter de se moquer du monde.
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La commission d’enquête sénatoriale s’est penchée sur les aides aux entreprises, qui représentent 211 milliards d’euros chaque année. Le Sénat demande au moins davantage de transparence parce qu’on ne sait pas forcément ce que ça peut rapporter aussi. Est-ce que vous comprenez déjà qu’il faut faire un état des lieux sur ce qu’on donne aux entreprises et les allègements de charges qui sont promis ?
Oui, ça fait des dizaines d’années que la CGT demande cela. Ces 211 milliards d’euros d’aide publique, c’est l’éléphant dans la pièce. On n’a jamais donné autant d’argent à nos entreprises. On n’est même pas capables de les évaluer, de les chiffrer. Elles ne sont évidemment absolument pas conditionnées et elles bénéficient d’abord aux plus grandes entreprises qui versent des dividendes à leurs actionnaires. Et, en fait, à chaque fois, dans les 400 plans de licenciement que la CGT a recensés, à chaque fois, ces entreprises reçoivent des aides publiques. Elles sont subventionnées pour licencier les salariés. Il faut une transparence. Il faut une évaluation de ces aides publiques. Il faut les conditionner et les concentrer sur les entreprises qui sont exemplaires d’un point de vue social et environnemental, en nous donnant les moyens à nous, représentants du personnel, de pouvoir contrôler ces aides publiques.
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François Bayrou pourrait lancer deux négociations avec les partenaires sociaux. L’une sur l’assurance chômage et l’autre sur le travail et l’emploi. Est-ce que c’est une proposition qui peut vous satisfaire de dire, on va mettre les partenaires sociaux autour de la table et on va négocier sur des sujets essentiels, le travail, l’emploi et l’assurance chômage ?
Il faut que le gouvernement arrête d’instrumentaliser les organisations syndicales. On a très mal vécu la séquence du conclave où le Premier ministre nous a annoncé des discussions sur les retraites pour aussitôt les refermer en disant qu’on ne parlerait pas des 64 ans. Là, nous demander de négocier sur l’assurance chômage alors qu’un accord a été signé au mois de décembre dernier, il y a à peine six mois, et que le gouvernement ne l’a même pas transposé dans la loi, c’est se moquer du monde.
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Donc, vous n’irez pas dans ce genre de négociations si on vous le propose ?
Ce n’est pas la question à ce stade. J’attends de voir les annonces de ce soir et puis nous en débattrons à la CGT et avec les autres organisations syndicales.
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Si jamais les organisations syndicales et la CGT n’y vont pas, c’est le gouvernement qui va décider seul. C’est prévu comme ça dans la loi maintenant depuis plusieurs années.
Oui, il assumera ses choix devant les Françaises et les Français. Les parlementaires n’ont pas été élus pour faire ces coupes et cette austérité. Il y a une majorité de Françaises et de Français qui sont opposés.
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Vous ne voulez pas aller et, en quelque sorte, cautionner des éventuelles coupes ou des efforts supplémentaires qui seront demandés aux salariés ?
Il ne faut pas compter sur la CGT pour cautionner cette politique d’austérité. Nous serons présents partout pour défendre les droits des salariés et empêcher ces scandaleuses coupes. Je rappelle que, depuis qu’Emmanuel Macron est président de la République, il y a eu au moins quatre réformes de l’assurance chômage. Et dans ce rapport dont je parlais de l’INSEE sur la pauvreté, on voit que la pauvreté explose chez les femmes, les familles monoparentales, les travailleurs et travailleuses précaires, les privés d’emploi, à cause des réformes d’Emmanuel Macron. Il faut arrêter cet acharnement obsessionnel contre les chômeurs.
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