« Bibliothèque idéale de la consolation » : où trouver un soulagement à la souffrance morale
.
.

« Bibliothèque idéale de la consolation. De l’Antiquité au XVIIe siècle », anthologie dirigée par Claudie Martin-Ulrich, avec Michèle Gally et Sabine Luciani, Les Belles Lettres, 592 p., 35,50 €, numérique 25 €.
.
Ton père aussi a perdu son père. » Ainsi Shakespeare fait-il s’exprimer Claudius, roi du Danemark, dans Hamlet (1603). Deuil et consolation face à la mort : un thème bien connu en littérature. La Bibliothèque idéale de la consolation, méthodique et foisonnante anthologie dirigée par Claudie Martin-Ulrich, présente plus de 200 textes, traitant tous du réconfort à apporter aux affligés.
Les auteurs de ces courtes pièces – entre une et trois pages – sont très variés : philosophes, poètes, dramaturges, humanistes de la Renaissance, théologiens, moralistes, épistoliers privés, de l’Antiquité jusqu’à la fin du XVIIe siècle. L’ouvrage fait découvrir de remarquables écrits, souvent inédits, chacun précédé d’une brève mise en contexte.
Ce long florilège consolatoire donne un accès direct à des œuvres et des pensées méconnues, principalement européennes – les quelques incursions dans la tradition indienne frappent par leur étrange poésie. Cette multitude de morceaux choisis donne la parole à Platon, Cicéron, Héloïse et Abélard, Pétrarque ou Montaigne, mais aussi à des dizaines d’autres bien moins célèbres. Leur ancienneté confère à l’ensemble la saveur de la culture classique, de sensibilités passées.
.
Au plus profond
La tonalité religieuse est très présente, avec entre autres le dominicain Maître Eckhart (1260-1328), qui professe « mourir à soi, être à Dieu », tout comme le moralisme d’un Sénèque, qui condamne l’autoapitoiement – « on gémit plus haut quand on est entendu ». Mais le stoïcien enseigne aussi l’anticipation des maux, la maîtrise de soi pour atténuer la tristesse.
Socrate, convaincu de l’immortalité de l’esprit, cherche à convaincre son ami Criton que son être immatériel lui survivra, avant de boire la ciguë. L’expression des sentiments touche au plus profond dans le luthérien Cantique pour les parents qui ont perdu un enfant (1683), qui fait entendre la vivacité des déchirements d’une mère, une douleur que la résignation aux volontés divines peine à apaiser.
.
Mis en relation, ces écrits éclairent l’universel besoin de soulager la souffrance morale et la variété des réponses apportées. On s’étonne ainsi des lieux communs du réconfort compilés dans les manuels du XVIIe siècle à l’usage de rédacteurs de lettres de condoléances en manque d’inspiration. A mille lieues de ces formes rhétoriques convenues, Shakespeare met en scène toute sa capacité critique : le même roi Claudius qui admoneste Hamlet, l’accusant de manquer de virilité par excès de tristesse, est l’assassin du père pleuré. Lorsque la sagesse n’est qu’un masque, la profondeur de la littérature et sa liberté de dérision sont de puissants remèdes à la mélancolie.
.
Lire un extrait sur le site des éditions Les Belles Lettres.