«Bastion Social» à Marseille: la percée des néofascistes français
Les discours, surtout sur Internet, conspirationnistes, confusionnistes, complotistes et négationnistes touchent jusqu’à 14 % des habitantes et habitants ( En France). Ces théories fantaisistes inspirées par l’Extrême Droite et reprises maintenant par l’Extrême Gauche et Antifa jouent sur les peurs et les pertes de sens. L’Extrême Droite et ses idiots utiles est elle en train de gagner la bataille des idées ? (5/20).
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Une partie des militants de l’Action Française ont rejoint le groupuscule «Bastion Social», qui pourrait prendre le même chemin que «CasaPound» en Italie, seul mouvement néofasciste en Europe à avoir réussi à sortir de la marginalité politique.

En 2010, l’Action Française, mouvement d’extrême droite royaliste et maurrassien, s’est installé à Marseille, sous le nom AF Provence. Avec comme particularité une capacité notable à occuper l’espace –physique et médiatique– dans une mesure déconnectée de la réalité de ses effectifs. Une surreprésentation qui tient au choix audacieux de l’implantation de son local en 2014, rue Navarin, au cœur du bastion antifa et libertaire marseillais.
C’est donc fort logiquement que les habitants expriment leur exaspération, principalement alimentée par les affrontements réguliers et le climat délétère qui règne dans le quartier depuis les deux dernières années. Les plaintes affluent et la tension est exacerbée par un niveau de violence auquel les forces de l’ordre semblent impuissantes à mettre un terme définitif.
Car l’enjeu territorial est l’essence même des groupuscules radicaux, qu’ils soient issus de l’ultragauche ou de l’extrême droite.
«C’est leur Fort Apache»
Lorsque la politique n’est pas affaire de partis ou de syndicats, la force se mesure à l’aune de la conviction de ses militants. Souvent, la conviction n’est que la représentation urbaine de la force. Il reste donc inconcevable pour le milieu antifa local que l’ennemi puisse nicher au cœur même d’un quartier qui leur est historiquement acquis.
Jeremy Palmieri, l’un des deux responsables de l’AF Provence, l’a bien compris: le local de la rue Navarin fait figure, dans l’esprit du groupuscule royaliste, de village gaulois, d’îlot de résistance, de fait d’arme.
«C’est leur Fort Apache», nous dit un militant antifasciste de la première heure.
Mais la pression constante à laquelle ils sont soumis, combinée à la réaction –tardive– de la préfecture, poussent aujourd’hui les royalistes à déménager dans un autre quartier de Marseille, en plein centre ville, à deux pas du Vieux-Port.
Ce nouveau local, dont l’ouverture est prévue le 24 mars dans le VIIe arrondissement de la ville, répond également à une scission interne du mouvement: les leaders de l’AF Provence, suivis par une partie importante des militants, désirent faire de ce nouveau local la branche marseillaise du «Bastion Social».
Des militants très jeunes
Ces lieux étiquetés «Bastion Social» essaiment sur le territoire, avec un certain succès. Pour le comprendre, il convient d’analyser à la fois le conflit générationnel au sein de l’Action Française et l’influence de l’extrême droite italienne sur l’ensemble des groupes organisés de l’extrême droite européenne.
Les militants de l’AF Provence sont jeunes –voire très jeunes. L’encadrement idéologique autour du corpus maurrassien est assuré par des cadres de l’association royaliste souvent sexagénaires.
Mais les jeunes veulent vivre dans la société d’aujourd’hui. Les célébrations poussiéreuses qui leurs sont proposées ne parviennent vraisemblablement pas à satisfaire leurs désirs de pratiques politiques plus modernes. Surtout quand elles font leurs preuves ailleurs, notamment en Italie par l’intermédiaire du mouvement CasaPound.
Le modèle CasaPound
CasaPound, c’est aujourd’hui le modèle à suivre dans la galaxie de l’extrême droite européenne. Très bien structurée, quasi reproduction des squats autonomes qui ont fleuri dans l’Allemagne et l’Italie au cours des années 1980 et 1990, l’organisation dispose de locaux dans toutes les villes italiennes ayant une influence politique et historique.
Pour faire passer ses idées, CasaPound se rend visible par une offre qui dépasse le cadre des militants. Pas de bunkerisation: les membres partent à la rencontre des habitants du quartier, offrent leur aide aux personnes en difficulté et organisent des maraudes de soutien aux SDF (à une unique condition: que ces derniers ne soient pas étrangers…).
Casapound peut mobiliser ses militants dans toute l’Italie, faire appel à son syndicat étudiant (Blocco Studentesco), organiser des cortèges offensifs et présenter des candidats aux élections locales. Une forme moderne, et un fond efficace. Cette synthèse, aucun mouvement d’extrême droite n’est parvenu à la bâtir ailleurs. Ce fascisme du troisième millénaire s’est adapté aux batailles culturelles de son siècle en se débarrassant du folklore désuet et improductif dans lequel sont encore empêtrées les autres formations –qu’elles soient françaises, espagnoles, britanniques ou allemandes.
La matrice idéologiee maurrasienne de l’AF Provence est tout à fait compatible avec ce fascisme moderne proposé par Gianluca Iannone et les cadres fondateurs de CasaPound. La praxis des militants italiens est en adéquation avec les codes et les représentations culturelles de la jeunesse occidentale. Casapound offre un biotope politique complet et un modèle fort, fondé sur la culture, mais aussi la sous-culture urbaine: concerts, urban wear, salons de tatouages, sports de combat, littérature, histoire…
La modernisation va jusqu’à une féminisation inédite dans ce milieu autrefois réservé aux pratiques viriles.
Action Française, GUD, CasaPound: des amitiés qui comptent
En France, le Bastion Social, émanation qui résulte de la dissolution du Groupe union défense (GUD), ambitionne de bâtir le CasaPound français. L’AF Provence, depuis sa scission interne, est en passe de les rejoindre et de fonder le Bastion Social Marseille.
Une partie des membres marseillais de l’AF a bien compris la possibilité de sortir de l’enclavement politique auquel ils sont confinés grâce aux liens étroits et amicaux que certains d’entre eux ont tissé avec les militants de CasaPound –tel Antoine Deguillen, membre de l’AF Provence, qui a étudié à Parme, où il a fréquenté l’antenne locale de CasaPound.
En novembre 2016, une manifestation s’est tenue dans le centre-ville de Marseille. On pouvait y voir flotter les drapeaux de l’AF et… de CasaPound. La même année, un militant de CasaPound, Marcello Ursi, a vraisemblablement beaucoup aidé au rapprochement entre le mouvement italien et les provencaux: un drapeau de l’AF est d’ailleurs depuis installé dans le local de Parme.
En février 2017, les millants marseillais et aixois se sont rendus à Parme. En avril de la même année, ils étaient officiellement invités à la tribune de la réunion romaine rassemblant les groupuscules d’extrême droite les plus efficients d’Europe: Europa communita di popoli, dans une sa salle décorée des portraits de Dominique Venner, Nietzsche ou encore des légionnaires de la Rome antique.
La communauté de destin entre l’AF Provence et CasaPound est alors actée.
Le divorce entre l’AF Provence et les cadres parisiens sera scellé par le rappel à l’ordre des premiers par les seconds lors du désordre communicationnel qui suit l’arrestation de Logan Nisin. Ce très jeune membre de l’AF Provence et militant au Front national est interpellé en juillet 2017 pour suspicion de projet d’attentat sur Jean-Luc Mélenchon. L’AF Provence assure que Logan ne faisait plus partie de ses effectifs au moment de l’arrestation mais le site antifasciste la Horde affirme le contraire par l’analyse d’une photo (non publiée). L’association royaliste dément, mais le doute persiste. Ce flottement et cette impréparation irritent Paris, qui le fait savoir. Les Marseillais y verront, plus tard, l’occasion de se détacher de l’AF, comme l’a fait quelques mois plus tôt l’antenne aixoise pour s’affilier au Bastion Social.
La gauche radicale inquiète
Les premiers jours de janvier 2018, les anciens membres du GUD de Lyon, Paris et Strasbourg, à l’origine du Bastion Social au niveau national, se réunissent pour un concert identitaire à Chambéry en présence de la figure tutélaire Gianluca Ianonne. Les Marseillais sont également présents. Est-ce à ce moment là que se joue l’acte fondateur du Bastion Social marseillais? Difficile d’en être certain.
Mais il n’en demeure pas moins que le 24 mars prochain, le local sera inauguré et baptisé «Le Navarin», du nom de la rue où ils étaient implantés lorsqu’ils étaient affiliés à l’AF: un hommage à leur Fort Apache…
Une implantation en plein centre-ville qui inquiète les antifas locaux: ils redoutent l’afflux de militants plus nombreux, plus durs et mieux formés, issus pour la plupart des GUD de Lyon ou Paris. Aussi, afin de bâtir une réponse cohérente, une réunion est organisée par les jeunesses communistes le 24 mars. Il s’agit également pour les associations antiracistes, les militants syndicaux les plus radicaux et les antifas de savoir comment faire face à un ennemi politique qui se structure.
La police ne perd pas son sang froid
Les militants s’inquiètent de l’attitude adoptée par la puissance publique dans sa gestion des heurts avec l’AF Provence installée dans la rue Navarin depuis 2014:
«Nous avons toujours eu le sentiment que le préfet n’a pas pris la mesure du danger que constitue l’installation de ce type de groupuscule. Nous sommes souvent renvoyés dos à dos comme les faces d’une même pièce, explique un militant libertaire. La crainte c’est surtout le coup de couteau qui pourrait blesser –voire tuer. Cela est arrivé à l’un de nos camarades qui s’est fait poignardé dans l’enceinte de son domicile. Il est clair que nous ne resterons pas passifs», poursuit-il.
Interrogée, la préfecture de police et les cadres en charge de l’ordre public affirment que l’installation du Bastion Social dans le centre-ville ne génère aucune modification des pratiques policières:
«Nous connaissons bien les milieux antifa et royaliste de Marseille. Nous savons quels sont les militants qui sont susceptibles de poser problème. Nous les surveillons depuis longtemps et continuerons à le faire avec la même attention, mais sans exagérer une menace qui est souvent auto-entretenue par les groupes antagonistes eux-mêmes», explique un fonctionnaire de police en charge de l’ordre public.
Autre interrogation: quelle sera la réaction de l’élu frontiste Stéphane Ravier, qui avait soutenu le Bastion Social de Strasbourg en mai 2017, à l’annonce de l’ouverture prochaine du Bastion Social?

La légitimité accordée par un élu de la République à des groupes radicaux parfois violents contribue largement à leur ancrage territorial. C’est sur cet ancrage et cette légitimité que CasaPound s’est appuyée pour asseoir son expansion et sa normalisation.
Rien ne permet d’affirmer que ce pari sera gagné par le Bastion Social, mais à l’heure où Matteo Salvini, leader du parti d’extrême droite de la Ligue du Nord, pourrait être président du Conseil en Italie, il convient de comprendre le rôle des groupes radicaux extraparlementaires: rendre acceptables des idées et des pratiques radicales par l’intermédiaire des partis institutionnalisés.
L’activiste d’extrême droite Tommy Robinson n’a pas été censuré, il a enfreint la loi britannique
Le militant a été interpellé le 25 mai, alors qu’il tournait une vidéo devant le tribunal de Leeds. Pendant quelques jours, les conditions de son arrestation ont été passées sous silence.

L’arrestation et la condamnation à 13 mois de prison de Tommy Robinson, le co-fondateur de l’English Defence League, un mouvement d’extrême droite dont le but affiché est de «combattre l’islamisation de l’Angleterre», ont été largement commentés sur le web cette dernière semaine.
L’homme, de son vrai nom Stephen Yaxley-Lennon, a été arrêté vendredi 25 mai, alors qu’il filmait des gens entrant dans le tribunal de Leeds, au Royaume-Uni, où étaient jugés selon lui «des prédateurs sexuels».
Tommy Robinson diffuse la vidéo en direct sur Facebook live, où elle est vue plus de 500.000 fois. Pendant qu’il tourne, il se fait embarquer par la police pour «trouble à l’ordre public» –une interpellation elle aussi diffusée en live sur le réseau social.
Accusations de censure
Les médias anglo-saxons sont sommés, via une décision du juge, de ne pas évoquer l’arrestation. Aucun d’entre-eux ne traitera le sujet jusqu’au mardi 29 mai, à l’exception de The Independent.
Ce silence médiatique trouve rapidement un écho en France, dans les milieux très à droite, qui reprochent aux médias de taire le scandale anglais. Le hashtag #FreeTommyRobinson apparaît sur Twitter et certains sites de droite et d’extrême droite, comme Dreuz.info, s’emparent de l’affaire.
Breizh-infos explique que l’emprisonnement menace de mort Tommy Robinson, car selon son avocat, il aurait été agressé lors d’une incarcération antérieure et sa tête serait mise à prix.
Valeurs Actuelles embraye et publie à son tour un article, relayé par la secrétaire générale adjointe du groupe Les Républicains, Valérie Boyer.
La veille, le président du groupe Front national-Marseille Bleu Marine au Conseil municipal de Marseille, Stéphane Ravier, y était également allé de son tweet.
Selon l’extrême droite, le procès que souhaitait couvrir Tommy Robinson serait celui du scandale de Telford, une importante affaire de viols sur mineures et de pédophilie, dévoilée par le Sunday Mirror et largement reprise par la fachosphère.
Si cette affaire fait autant de bruit, c’est parce que les militantes et militants sont persuadés qu’elle a été passée sous silence pour «protéger» les accusés, en majorité d’origine pakistanaise.
Tommy Robinson affirme le procès qui se déroulait à Leeds le jour de son interpellation était bel et bien celui de Telford, mais rien ne permet de le confirmer. Cette incertitude alimente les accusations de censure des droites et extrêmes droites françaises et britanniques.
«Reporting restrictions»
Au Royaume-Uni, la loi impose, dans certaines affaires, des «reporting restrictions»; les juges peuvent fixer un embargo limitant le traitement médiatique d’une affaire. Comme le précise Libération, cette mesure est destinée à empêcher tout «risque ou préjudice à l’administration de la justice».
Le procès de Leeds nécessitant visiblement cette protection, l’arrestation et l’emprisonnement de Tommy Robinson y ont également été aussi soumis.
Si l’on ne connaît toujours pas l’objet du procès qui a attiré Robinson, la restriction empêchant d’évoquer son interpellation a été levée mardi 29 mai, alors que les médias eux-mêmes contestaient l’embargo, que les manifestations de soutien à Tommy Robinson se multipliaient et qu’une pétition en ligne avait déjà recueilli 400.000 signatures.
Outrage au tribunal
Rapidement, le Sun, le Mirror, la BBC et le Guardian ont donné les raisons de l’arrestation de l’ancien leader de l’English Defence League. On apprend que l’homme, âgé de 35 ans, a été condamné à treize mois de prison pour outrage au tribunal –et non pour trouble à l’ordre public.
L’outrage au tribunal, en droit britannique, est le fait de désobéir à un ordre de la cour ou de manquer de respect envers son autorité –en somme, de manifester sa méfiance quant à sa capacité à rendre la justice. Le choix de Tommy Robinson de couvrir médiatiquement le procès de Leeds, malgré restriction, explique sa condamnation.
Même si la BBC explique que Robinson a plaidé coupable, le jugement alimente l’impression –fausse– que l’on voudrait faire taire celui qui est considéré comme un lanceur d’alerte par une partie de la fachosphère.
Lors du procès, l’avocat de Robinson a exprimé le «profond regret» de son client, qui assure que ses actions n’avaient pas pour objectif de «causer des difficultés dans le processus judiciaire». Il n’a pas été entendu par le juge, qui a estimé que ses commentaires sur les réseaux sociaux, pendant la vidéo, risquaient de priver les accusés du droit à un procès équitable.
Lorsqu’il diffusait sa vidéo en live, Tommy Robinson avait d’ailleurs conscience que son acte pouvait être considéré comme un outrage: il le dit expressément et à plusieurs reprises.
Sur la page Facebook de l’activiste, dans la nuit du 29 au 30 mai, un statut a été publié. Si l’homme a reconnu l’outrage devant le tribunal, sa défense publique est tout autre: «Vous devez vous poser la question: pourquoi un reporter lisant un acte d’accusation publique devant un tribunal risque-t-il soudainement de provoquer l’effondrement d’un procès?».
La liste des procès du jour, avec le nom des personnes entendues, est en effet disponible sur le site du tribunal. N’y est cependant pas mentionné ce qui est débattu.
Tommy Robinson est un habitué des outrages au tribunal. En 2017, il avait tenté de filmer des accusés dans une affaire de viol, alors que leur procès était en cours –un acte qui lui avait valu du sursis.
Réactions internationales
En France, où aucune loi ne peut imposer un tel embargo sur une affaire, la condamnation de Robinson surprend, certains comparant le Royaume-Uni à une dictature.
Aux Pays Bas, Geert Wilders, le leader du Parti pour la liberté (PVV), mouvement d’extrême droite, a apporté son soutien à Tommy Robinson. Dans une vidéo publiée sur Twitter, il affirme que la condamnation du Britannique est une «disgrâce absolue», une preuve que «les autorités veulent nous faire taire».
Donald Trump Jr., le fils du président des États-Unis, a également tweeté sa désapprobation.
Décision pragmatique
Le verdict rendu contre l’activiste et l’interdiction de couvrir le procès relèvent pourtant davantage d’un certain pragmatisme que d’une censure d’État: le juge a choisi de condamner Robinson car son action est susceptible d’entraîner un nouveau procès dans l’affaire de Leeds –ce qui coûterait aux contribuables «des centaines et des centaines de milliers de livres», selon Le Sun.
«Je respecte le droit de chacun à la liberté d’expression. C’est l’un des droits les plus importants que nous avons. Avec ces droits viennent des responsabilités –la responsabilité d’exercer sa liberté de parole dans le cadre de la loi. Je ne suis pas sûr que vous mesurez les conséquences potentielles de ce que vous avez fait», aurait justifié le juge lors du procès.
La motivation du juge était similaire lorsque Robinson avait déjà été condamné en 2017: «Il s’agit de justice, de faire en sorte qu’un procès puisse être mené avec justice et équité […], d’être innocent jusqu’à preuve du contraire.»
Frédéric Scarbonchi
Prévisualiser la vidéo YouTube Blocco Studentesco – Europa, comunità di popoli e civiltà (Riassunto)


J’ai trés peur…mais surtout d’autre chose.