Derrière les mairies, la France des « interco »
Pendant le mois de juillet, les 1 254 établissements publics de coopération intercommunale, qui exercent des compétences croissantes, ont élu leur président.
Passé l’épisode hors norme des élections municipales, qui aura vu, pour cause de coronavirus, les deux tours se tenir les 15 mars et le 28 juin, les 1 254 établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) – 21 métropoles, 14 communautés urbaines (CU), 222 communautés d’agglomération et 997 communautés de communes – ont enfin pu élire leurs exécutifs, au cours de la première moitié du mois de juillet. Pour la Métropole de Lyon, collectivité à statut particulier, le vote avait eu lieu en même temps que les élections municipales.
Bien qu’elles ne soient pas reconnues par la Constitution comme collectivités territoriales et que leurs attributions restent méconnues du grand public, les intercommunalités jouent un rôle croissant tant en ce qui concerne les compétences que les budgets. Toutes les communes – à l’exception de quatre communes îliennes – sont aujourd’hui membres d’une intercommunalité. Regroupant des élus de sensibilités différentes, les assemblées communautaires, à l’heure d’élire leurs organes exécutifs, ont tendance à favoriser la recherche du compromis permettant d’aboutir à une gouvernance partagée. La couleur politique de la présidence de l’« interco » ne coïncide donc pas nécessairement avec celle du maire de la ville-centre.
Les succès remportés par les écologistes dans plusieurs grandes villes lors des municipales ne se sont que rarement répercutés à l’échelle de la métropole ou de la communauté urbaine. Si l’on excepte le cas particulier de Lyon, où les électeurs ont porté dans le même temps Europe Ecologie-Les Verts (EELV) à la tête de la ville, avec Grégory Doucet, et de la métropole, avec Bruno Bernard, sur les 21 métropoles et 14 CU, seule Anne Vignot, élue maire (EELV) de Besançon, exercera également la présidence de la CU Grand Besançon Métropole.
86,2 % des présidents sont des maires
Ailleurs, les écologistes ont dû céder les présidences des exécutifs communautaires, soit à la suite d’un accord politique leur garantissant une vice-présidence, comme à Bordeaux, Strasbourg, Tours ou Poitiers, soit parce qu’ils se sont heurtés à un front des oppositions. Ainsi, la victoire de Michèle Rubirola à Marseille n’a pas permis au Printemps marseillais d’empêcher Martine Vassal (LR) de conserver la Métropole Aix-Marseille-Provence. De même, à Grenoble-Alpes Métropole, malgré la réélection d’Eric Piolle dans la capitale dauphinoise et les conquêtes de plusieurs autres villes périphériques par les écologistes, c’est le maire (ex-PS) de Pont-de-Claix, Christophe Ferrari, qui a été reconduit en l’emportant au troisième tour, grâce à l’apport des voix de la droite et de La République en marche (LRM), face au candidat écologiste, Yann Mongaburu, soutenu par les élus communistes. Une élection qui risque de laisser des séquelles dans une gauche plus divisée que jamais. Du côté du Rassemblement national, le succès remporté par Louis Aliot à Perpignan ne lui a pas suffi pour transformer l’essai au niveau de la CU Perpignan-Méditerranée Métropole, qui revient au maire (LR) de Saint-Estève, Robert Vila, élu avec l’appui de la gauche.
Globalement, sur les 22 métropoles (Lyon inclus) et 14 communautés urbaines – qui regroupent à elles seules 1 626 communes et 22,5 millions d’habitants –, 14 présidences de métropole et 8 présidences de communauté urbaine sont de la même couleur politique que la mairie de la ville-centre. Hormis Lyon, dans l’ensemble des cas, c’est le maire de la ville-centre qui exerce également la présidence de l’assemblée communautaire.
Selon les données collectées par l’Assemblée des communautés de France (AdCF), sur l’ensemble des 1 254 intercommunalités, 86,2 % des présidences de communauté ou de métropole reviennent à des maires, les autres étant exercées par des adjoints ou des conseillers municipaux.
Peu de femmes
Dans 39,6 % des cas, la présidence est détenue par un élu de la commune principale et, pour 32,3 %, il s’agit du maire. Le poids politique de la ville-centre est nettement plus marqué dans les groupements dits « urbains » que dans les communautés de communes, essentiellement rurales. Seules 33,5 % de ces dernières – où il n’est pas toujours évident de distinguer une ville ou un bourg-centre – sont présidées par un élu de la commune la plus peuplée, alors que ce pourcentage s’élève à 61,1 % dans les communautés d’agglomération, 85,7 % dans les communautés urbaines et 63,6 % dans les métropoles. « Seulement 8,9 % des intercommunalités urbaines sont présidées par un adjoint ou un conseiller de la ville centrale et non par le maire, contre 19 % en 2005 et 15,1 % en 2012, note l’AdCF. Dans quelques cas, le président est issu de la ville-centre, mais siège dans l’opposition au conseil municipal. »
Le taux de reconduction des présidents sortants est en hausse par rapport aux précédentes élections. Ce qui n’est pas étonnant puisque le scrutin municipal de 2014 avait été marqué par un très fort basculement de la gauche vers la droite. Ainsi, 54,6 % des présidents sortants ont été réélus. Ce taux est encore plus important dans les groupements urbains, où 59,7 % des présidents sont des sortants, contre 49 % en 2014.
Enfin, dans l’ensemble des intercommunalités, la part de celles qui sont présidées par des femmes dépasse à peine 11 %, allant de 18,3 % dans les Pays de la Loire à 5,2 % en Corse et dans les outre-mer : un très modeste progrès par rapport à la précédente mandature, où ce pourcentage était de 7,7 %. La féminisation atteint cependant 21,4 % dans les communautés urbaines et 18,2 % dans les métropoles. Dans certains départements, comme la Manche, le Calvados, les Pyrénées-Orientales, la Charente, l’Aude ou le Haut-Rhin, l’AdCF ne recense aucune communauté présidée par une femme. La parité reste décidément le point noir des intercommunautés.



