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Duel à Monte-Carlo del Norte
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Cerise sur le gâteau : Benjamin Flao, dessinateur de bande dessinée et participant au projet The Chômeuse Go On, sera présent. Un invité de choix, qui connaît bien l’univers de Bill Plympton et sa folie créative.
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1h 20min
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De Bill Plympton : Par Bill Plympton, Jim Lujan
Synopsis
Slide, un cowboy solitaire armé de sa seule guitare, arrive dans la ville forestière de Sourdough Creek, gangrénée par la corruption. Le maire et son frère jumeau y sèment la terreur et se préparent à raser un petit village de pêcheurs pour ériger Monte-Carlo del Norte, un lotissement de luxe qui servira aux besoins du tournage d’un film hollywoodien. Prêts à tout pour s’enrichir, ils n’auront aucun scrupule à mettre en danger l’équilibre de la communauté et de l’environnement et à tuer quiconque s’opposera à leur projet.
Lorsque Slide rencontre Delilah, c’est le coup de foudre. La jeune entraineuse du Lucky Buck Saloon aidera le nouvel arrivant à nettoyer la ville. Ils seront secondés par Hellbug, la bestiole géante des enfers. Bill Plympton, dont l’imagination n’est une fois de plus pas en reste, nous entraîne ainsi dans une lutte sans merci où tous les coups sont permis.
Mily RENAUDEAU et Sandrine FLOC’H
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« Duel à Monte-Carlo del Norte », le nouveau western
Chez Bill Plympton, les objets ont des pouvoirs magiques, les animaux ont des yeux caméras et les femmes ne sont pas que des vamps. Duel à Monte-Carlo del Norte, huitième long-métrage du réalisateur de films d’animation, né en 1946, n’échappe pas à la règle. Mais le cinéaste new-yorkais, multiprimé, se renouvelle avec un western dessiné au stylo à encre, peu coloré, loin de l’esthétique acidulée de ses films-cultes.
Ici, un cow-boy sauvé des eaux débarque dans un saloon où travaille, contrainte et forcée, une nouvelle entraîneuse aux faux airs de Rita Hayworth. C’est le coup de foudre entre Delilah et Slide, mais le tandem doit d’abord gérer l’urgence. La ville est au bord de la guerre civile. Le maire s’est mis en tête de détruire un hameau de pêcheurs afin de construire un complexe touristique et d’accueillir un tournage hollywoodien.
Décollant du réel, le film regorge d’idées fantasques, jouant avec l’espace (intérieur, extérieur) ainsi qu’avec les codes du Far West. Il y a ce bureau du shérif qui jouxte la taverne. Il suffit à ce dernier de se coller à l’œilleton pour vérifier l’ambiance, quitte à liquider le musicien sur scène, si celui-ci joue trop lentement. Débarquant avec sa guitare, Slide compte bien imposer son tempo, dans cette œuvre musicale qui sonne comme un retour aux sources. Cl. F.
Film d’animation américain de Bill Plympton (1 h 20).
Cet ancrage dans le classicisme pourrait néanmoins laisser penser, sur le papier, que Plympton s’est assagi. Simple façade, bien entendu : son cinéma tient justement et paradoxalement debout grâce à la précarité de son équilibre, garantissant une liberté absolue ; la folie furieuse de ce cinéaste d’animation se révèle peut-être même plus intense lorsqu’elle prend pour principe d’habiter, presque de parasiter l’ordre classique et établi.
Même si la tonalité est elle aussi plus sombre, on retrouve l’humour satirique de Plympton qui canarde tous les pans de la société américaine, de l’ultralibéralisme au bigotisme en passant par la violence systémique, le patriarcat ou encore le mépris de l’environnement, ne manquant pas non plus d’égratigner Hollywood au passage.
Bill Plympton poursuit son exploration déjantée des genres cinématographiques dans un western musical, cinéphile et fantastique, inclassable et délirant.
Adepte de la fluidité des métamorphoses, Plympton mène le western sur le terrain inattendu du film psychédélique dans ses interludes chantés aux couleurs chamarrées, déjouant au passage le risque d’une trajectoire narrative trop sagement linéaire.
On n’oubliera pas la belle chanteuse de saloon Delilah pour qui se bat notre «lonesome cow-boy» tanné jusqu’à la moelle. Avec des teintes terre de Sienne, Plympton revisite à sa façon le western en y injectant sa touche parfaitement délirante.
Un festival de fantaisie et d’ironie.Inventif et savamment corrosif, ce film d’animation de Bill Plympton est un petit bijou d’imagination.
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