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La paix en Ukraine, maintenant !

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Il est grand temps de mettre fin à ce conflit qui a déjà couté la vie à des milliers
d’Ukrainiens et de Russes, mais aussi qui détruit l’économie européenne et risque
d’entrainer cette dernière, par le processus légitime des urnes, vers une nouvelle
période tragique de sa longue histoire.

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Le national-populisme gagne du terrain et prospère quotidiennement au sein d’une
U.E. dont le nom est à peu près tout ce qui lui reste, tandis que sa faiblesse atteint
des sommets, reflétant l’obsolescence intellectuelle de ses dirigeants.
En deux décennies, nous avons dilapidé l’héritage de nos proches prédécesseurs,
à savoir le trio remarquable que formaient Mitterrand, Kohl et Delors. Ceux-ci
avaient, entre autres, fait tomber les frontières intérieures, mis en place une
monnaie commune et lancé l’Europe sur les rails de la prospérité.

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Mais voilà, une idéologie anglo-saxonne est venue perturber la longue
construction européenne : le néolibéralisme a détruit la cohésion sociale en
appauvrissant une grande partie de la population, y compris dans les classes dites
«moyennes».
Parallèlement, la chute du mur qui séparait l’Europe en deux entités allait, tel un
cancer, ronger tranquillement le Vieux Continent et conduire à un grand
élargissement de l’U.E. dans l’impréparation destructrice en mariant trop vite deux
caractères que tout opposait. À l’époque au moins!
Sans compter, la réunification allemande qui allait changer la donne en créant une
puissance économique sans rivales : le président Mitterrand avait averti que cela
était prématuré, mais il était bien seul et prêcha dans le désert.

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Les guerres de Yougoslavie ne tardèrent pas et firent de nouveau entendre le bruit
des canons sur le continent européen. L’Allemagne (de Kohl!) en assuma d’ailleurs
une grande responsabilité en actant trop vite la fin de la fédération yougoslave. À
noter que les trois pays baltes et… l’Ukraine avaient précédé l’Allemagne alors que
le processus de dislocation de l’URSS était toujours en cours.

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À cette époque, la suprématie mondiale des États-Unis, souvent désignée sous le
terme «hyperpuissance», s’inquiétait de l’émergence d’une Europe politique, alors
que l’URSS avait disparu et que la Chine n’était pas encore considérée comme
une puissance montante par les experts. Pour ce faire, ils poussèrent les pays
fondateurs à un grand élargissement, ce qui fit de l’Europe un vaste marché ouvert
à tous les vents. La logique du néolibéralisme l’exigeait. Les États-Unis se sont
longuement abreuvés de cela, atteignant finalement un sommet avec leur
domination dans la révolution numérique. Les nouveaux membres, ceux qui
venaient de la sphère soviétique, en profitèrent pour se développer après une
période tragique de vaches maigres qui suivit 1989.

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Nos alliés des États-Unis poussaient au grand élargissement en utilisant NATO
(l’OTAN) que chaque pays ayant quitté le bloc de l’Est voulait rejoindre comme
garantie de son indépendance.
Au point où le président George W. Bush, lorsqu’il décida en 2003 d’attaquer l’Irak,
n’eut aucune difficulté à former une coalition comprenant notamment l’Estonie, la
Lituanie, la Lettonie, la Bulgarie, la Roumanie, la Hongrie, la Slovaquie, la
République tchèque, la Pologne et… l’Ukraine.

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Si un pays parmi ceux-ci avait eu l’outrecuidance de refuser, il aurait subi le veto
des États-Unis d’Amérique et ne serait pas entré dans l’OTAN… ni dans l’U.E.
Ce sont donc les mêmes anciens pays du bloc de l’Est qui ont rejoint l’U.E. en
2004 et 2007 (Roumanie, Bulgarie). L’Ukraine n’y est pas entrée, car elle ne
satisfaisait pas aux critères d’adhésion, dits de Copenhague. Toutefois, le contexte
géopolitique complexe a également joué un rôle.

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L’antidote démocratique que tout un chacun pouvait espérer à ce moment-là ne
fut pas très marquant :
– En novembre 2003, une «révolution des Roses» en Géorgie, dont la figure de
proue était Mikhaïl Saakachvili, formé aux États-Unis et bien qu’ayant été
ministre du président Eduard Shevardnadze, le renversa.
– En novembre 2004, un an plus tard, une «révolution Orange» a lieu en Ukraine
lors des élections présidentielles. Viktor Ianoukovitch, un candidat pro-russe, est
élu face à Viktor Iouchtchenko, un candidat favorable aux États-Unis et à
l’Europe. Finalement, au troisième tour, le candidat pro-occidental est élu.
En réalité, un simple coup d’œil sur la carte des résultats électoraux suffit pour
constater que ce vote se divise en deux blocs ukrainiens : l’est, qui penche en
faveur de la Russie, et l’ouest, qui est enclin à l’Occident. En regardant les cartes
du début du XXe siècle de manière schématique, on remarque que l’est faisait
partie de l’Empire russe et que l’ouest appartenait à l’Autriche-Hongrie.
Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis. En novembre 2013, le président
ukrainien élu en 2010, Viktor Ianoukovitch, proche de la Russie, suspend l’accord
d’association avec l’U.E. Une nouvelle révolution, appelée «révolution de la
Dignité» ou «révolution du Maïdan», éclate. C’est alors que le conflit commence.
– Petro Porochenko devient président en 2014. Il est un oligarque proche de
Viktor Ianoukovitch, mais qui a su prendre le virage du Maïdan. On assiste à un
processus de «dé-soviétisation».
– En même temps, des soulèvements favorables à la Russie éclatent à l’est du
pays. Des séparatistes déclarent l’indépendance de Donetsk et de Lougansk.
– La Russie annexe la Crimée. Selon la doctrine russe, il est inconcevable
d’abandonner Sébastopol, un port militaire vital pour la «mère patrie». L’accès
aux mers chaudes, considéré comme crucial pour l’indépendance et la grandeur
de la Russie depuis les tsars, n’est pas négociable.
Il est important de noter que la Crimée a été «donnée» à la république socialiste
soviétique d’Ukraine au début des années 50 par Nikita Kroutchev, qui était à la
fois dirigeant de l’Union soviétique et d’origine ukrainienne. Bien entendu, cela n’a

pas eu un impact significatif sur les infrastructures militaires de Sébastopol à
l’époque, puisqu’il s’agissait de la même armée.

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Après l’indépendance de l’Ukraine, la Fédération de Russie a signé un bail avec les
autorités ukrainiennes pour continuer d’occuper ces infrastructures.
Il est devenu manifeste en 2014 qu’une réforme profonde de la gouvernance
ukrainienne et de ses alliances récentes poserait problème aux dirigeants russes.
Ces derniers ont donc décidé d’annexer purement et simplement la Crimée.
Il est intéressant de noter que, selon mes souvenirs, lorsque j’ai eu l’occasion de
travailler en Crimée dans les années 90, la plupart des personnes que j’ai
rencontrées se définissaient comme russes plutôt qu’ukrainiennes. À cette
époque, Boris Eltsine était le président de la Fédération de Russie, tandis que
Leonid Koutchma était le chef d’État d’une Ukraine nouvellement indépendante et
considérée comme favorable à la Russie.

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Au printemps 2019, une nouvelle élection présidentielle se déroule avec… 39
candidats. Il s’agissait d’un record pour le pays. Cette situation s’explique
certainement par le fait que l’Ukraine était à la dérive, amputée d’une grande partie
de son territoire à l’est et au sud; le dégoût de la politique par une majorité de
citoyens; les problèmes économiques qui paraissaient insurmontables et un
appauvrissement certain de la population déjà bien fragilisée.

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L’acteur et comique Volodymir Zelensky fit son apparition sur la scène politique
après avoir été la vedette d’une série télévisée dans laquelle il jouait le rôle d’un
président élu par surprise et très naïf. Il était donc connu de toute l’Ukraine, mais
totalement novice en politique.
Il mena une campagne atypique, axée sur les réseaux sociaux et ciblant la
jeunesse, avec un programme flou mais promettant de lutter contre la corruption et
de rétablir la paix.
Étant sur place en février et mars 2019, j’ai pu interroger des Ukrainiens de milieux
urbain et rural au sujet du vote Zelensky : ça ressemblait à une boutade face à une
classe politique qu’ils ne voulaient plus.
Au deuxième tour, Zelensky est élu avec 73,2 % des suffrages, contre 26,8 % pour
Porochenko, le président sortant.

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Durant la campagne, Volodymyr Zelensky avait promis de relancer le processus de
paix avec la Russie pour mettre fin à la guerre dans le Donbass. Il avait évoqué
l’organisation de référendums, bien que non contraignants, pour interroger la
population sur un accord de paix avec la Russie. Cette promesse s’inscrivait dans
sa volonté de mettre fin au conflit dans l’est de l’Ukraine. Les référendums n’eurent
jamais lieu.
Trois ans plus tard, la guerre avait commencé. L’Europe s’est avérée impuissante
sur le plan militaire et surtout diplomatique, malgré les gesticulations du président
Macron à Moscou. En outre, elle entraînait une baisse du niveau de vie des
populations. L’impact a été dévastateur, s’ajoutant à la crise de la COVID-19 et
entraînant une forte augmentation des prix de l’énergie. Le pétrole, représenté par
le baril de Brent, a connu une hausse vertigineuse de 123 %, tandis que le gaz a
bondi de manière stupéfiante de 290 %. En Espagne, l’électricité a augmenté de
plus de 200 %.

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Évidemment, les nations de l’Union européenne cherchèrent d’autres sources
d’approvisionnement en énergie après l’invasion russe. En effet, les États-Unis se
sont rapidement positionnés comme un partenaire fiable, notamment grâce à leur
abondance de pétrole et de gaz de schiste. Cependant, la fracturation hydraulique,
la méthode d’extraction couramment utilisée pour ces ressources, est strictement
réglementée, voire interdite, dans de nombreux pays européens, y compris en
France, depuis 2011. Cela suscite au minimum des interrogations!
En définitive, on peut affirmer que l’UE a réussi à se libérer de sa dépendance

énergétique envers la Russie, mais qu’elle s’est simplement tournée vers les États-
Unis. La dépendance demeure, mais les coûts globaux ont changé…

malheureusement, dans le mauvais sens.

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Il semble que, d’un point de vue général, cette guerre ait constitué une véritable
manne pour les États-Unis, et ce, principalement parce qu’ils ont pu vendre
beaucoup d’armes, entre autres, des avions de combat, à plusieurs pays de notre
continent.
Les pays européens membres de l’OTAN ont augmenté leurs importations d’armes
de 105 % sur cette période. Les États-Unis sont de loin les principaux
fournisseurs, représentant une part importante des ventes, soit environ 64 %.
Il est manifeste que l’article 5 de l’OTAN (en cas d’agression militaire contre un
pays membre, chaque autre membre considère cet acte comme une attaque
dirigée contre l’ensemble de l’Alliance) joue un rôle crucial, en particulier pour les
pays voisins de la Russie.

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Ensuite, en janvier 2025, Donald Trump a repris son poste de président des États-
Unis et a rappelé que l’article 5 ne garantissait pas automatiquement une aide

militaire. Chaque pays membre doit décider des mesures qu’il juge appropriées
pour soutenir le pays attaqué. Si l’attaquant possède plus de 5000 armes
nucléaires, cela peut faire réfléchir…

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En résumé, compte tenu des faits suivants :
1) — Il est peu probable que l’Ukraine récupère les territoires occupés, car il serait
irréaliste de s’attendre à ce qu’un régime russe, ayant engagé une guerre
coûteuse, accepte de revenir sur sa décision. De plus, justifier les pertes humaines
considérables tiendrait de la quadrature du cercle.
2) — L’Ukraine, vraisemblablement, ne rejoindra jamais l’OTAN, car les États-Unis
ont déjà exercé leur droit de veto, préférant rétablir leurs relations commerciales
avec la Russie, une nation gigantesque au potentiel économique exponentiel.
3) — L’Ukraine, déjà confrontée à des défis majeurs avant le conflit, se trouve
désormais décimée, et le montant nécessaire pour sa reconstruction est
impossible à évaluer. Compte tenu des difficultés financières actuelles de l’U.E.,
qui peine à rassembler 90 milliards d’euros pour empêcher la faillite du pays sans
avoir recours à l’emprunt, il est hautement improbable que ce dernier devienne un
État membre de l’Union.
En outre, cette perspective paraît-elle vraiment réaliste?
4-) — Il ne serait pas tout à fait déraisonnable de considérer ce conflit comme une
forme de guerre par l’Ukraine interposée visant à affaiblir la Russie. Il ne faudrait
pas non plus écarter l’hypothèse que l’Union européenne soit également
concernée par ces mêmes intentions.

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L’Europe et le Royaume-Uni devraient faire preuve de modération et s’efforcer de
rétablir la paix, au lieu d’attiser les tensions. Dans le cas contraire, il est possible
qu’ils ne puissent pas y remédier. Il est également crucial de surveiller de près la
montée en puissance militaire du continent, qui semble inévitable. Les armes en
surabondance ne peuvent que mener à la guerre.
J’aimerais aussi poser une question à nos amis allemands, qui ont été deux fois au
XXe siècle les vecteurs de l’autodestruction de l’Europe et qui investissent
actuellement 100 milliards d’euros dans le réarmement.
— Qu’en fera le parti qualifié de «néonazi» qui connaît un succès considérable
dans les urnes, s’il accède au pouvoir prochainement?

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En conclusion, Il est crucial de mettre un terme le plus rapidement possible à ce
conflit qui nous mène irrémédiablement vers la catastrophe.
Pour rétablir les fondations de nos démocraties et mettre fin à la dépendance
envers les États-Unis, l’Europe et la France doivent s’engager dans un dialogue et
une coopération avec le monde entier, y compris la Russie.
Et, si le reste de l’Europe refuse de se libérer du joug des États-Unis, la France doit
se rappeler qu’elle bénéficie, depuis le général de Gaulle, de la dissuasion
nucléaire. C’est un véritable gage d’indépendance militaire.

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Dominique Repellin

26  Recoubeau Jansac

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Envoyé par l’auteur

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Les  5 photos  de l’Ukraine sont de MCD.

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