Procès en appel de Marine Le Pen : face au refrain populiste du RN, toujours rappeler la gravité des faits jugés
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Après la condamnation en première instance de l’ex-patronne du RN, son camp avait étrillé une justice soi-disant partisane. Mais son inéligibilité, si elle est confirmée, ne changera rien à l’essor du discours d’extrême droite dans le paysage politique.
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Le procès en appel de Marine Le Pen s’ouvre ce mardi 13 janvier. Nul doute que ce retour à la barre du tribunal de la leader d’extrême droite sera, comme le furent sa convocation et sa condamnation en première instance, l’occasion pour beaucoup de dénoncer une justice politique. Et bien sûr de crier à la confiscation du scrutin de 2027 si la peine de cinq ans d’inéligibilité était confirmée. Il n’en est évidemment rien. Face à ce refrain populiste qui mine un des piliers de notre démocratie – également chanté par un Nicolas Sarkozy après sa condamnation à une peine de prison –, il faut d’abord rappeler la gravité des faits reprochés à la triple candidate à la présidentielle : le rôle «central» qu’elle a joué dans le détournement de fonds publics organisé par sa formation politique. Ce n’est donc pas une idéologie qui est jugée, mais un comportement délictueux d’une personnalité politique, et d’un certain nombre de ses proches. Rappelons au passage que le FN devenu RN a longtemps prospéré sur la dénonciation populiste du «tous pourris», avant de se faire lui-même prendre les mains dans le pot de confiture.
Récuser le procès d’une politisation de la justice ne signifie en rien que la décision de justice qui a été prise l’an dernier, comme celle qui sera prise à l’issue du procès en appel, n’aura pas de conséquence politique. Évidemment qu’une confirmation de l’inéligibilité de Marine Le Pen, et donc l’impossibilité pour elle de se présenter en 2027, serait un fait politique important. Mais il faut là encore nuancer. Si sa condamnation a sans doute entravé la liberté d’action personnelle de Marine Le Pen, le discours de l’extrême droite se porte malheureusement toujours aussi bien dans les enquêtes d’opinion. La bonne santé du plan B comme Bardella pour remplacer l’héritière désignée de Jean-Marie Le Pen le prouve. Si conséquences politiques il y a, elles auront à faire avec le destin d’un clan installé depuis des décennies à la tête de l’extrême droite française, qui verrait le sol se dérober au moment où la première marche du podium semble à portée de pied. La justice ne serait donc que l’auxiliaire d’une ironie de l’histoire, dont on pourra sans doute sourire, certainement pas se réjouir, tant le RN, Le Pen ou pas Le Pen, pèse aujourd’hui sur la politique française…
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Affaire des assistants parlementaires du RN : au procès en appel de Marine Le Pen… c’est la faute à Bruxelles
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Lors de la première journée de son procès en appel, mardi 13 janvier, l’ex-présidente du RN a esquissé un changement de défense, envisageant qu’un délit ait bien été commis à son insu.
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On dit que c’est l’intention qui compte. En tout cas Marine Le Pen semble avoir envie de le répéter pendant les cinq prochaines semaines de son procès en appel dans l’affaire des assistants européens, qui s’est ouvert mardi 13 janvier au palais de justice de l’île de la Cité, à Paris. «Si un délit a été commis – parce qu’en réalité chacun s’accorde à dire qu’un délit a été commis, alors je veux bien l’entendre – je veux que la cour sache que je n’ai aucun sentiment d’avoir commis un délit quand, en 2004 puis en 2009, puis en 2014, nous avons embauché des assistants», a promis l’ancienne eurodéputée et ex-présidente du Front national, condamnée en première instance pour avoir détourné l’argent du Parlement européen au profit de sa boutique partisane.
Pour rapide qu’elle fut, cette première prise de parole de la députée d’extrême droite, lâchée en fin d’après-midi après plus de trois heures de lecture du dossier par la présidente, Michèle Siboni-Agi, laisse entrevoir une possible inflexion de sa défense. A rebours de son attitude en 2024, Le Pen semble presque disposée à admettre la réalité de ce qui lui est reproché. L’ingénue n’avait simplement pas conscience de fauter, et tout cela est la faute de Bruxelles qui n’a «pas joué son rôle d’alerte» alors que le Parlement européen «avait connaissance de l’ensemble des éléments de ces contrats». «Nous n’avons absolument rien dissimulé», promet-elle ensuite, avant de laisser ses dix coprévenus répéter peu ou prou la même chose qu’elle, profil bas, pleins de bonne volonté et de componction.
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Attitude piteuse
C’est Julien Odoul, aujourd’hui député de l’Yonne, qui a «le sentiment de ne pas avoir été suffisamment clair». Ou Nicolas Bay, eurodéputé passé chez Zemmour puis chez Marion Maréchal, qui a lui aussi «le sentiment d’avoir parfaitement compris ce qui [lui] a été reproché et en même temps le sentiment de ne pas avoir du tout été entendu». Ou encore Catherine Griset, la copine de Le Pen, élue frontiste à Bruxelles, qui s’est «sans doute mal exprimée». Le premier va sans doute s’efforcer de clarifier le vrai sens du courriel envoyé à Le Pen quatre mois après son embauche comme assistant, dans lequel il exprime le souhait de «faire connaissance avec la députée à laquelle je suis rattaché».
Le deuxième va devoir faire entendre que les preuves de travail de son poulain, qu’il a reconnu en première instance avoir un peu «reconstituées» a posteriori, ne remettent pas en cause la réalité de son emploi. Et la dernière va mieux expliquer pourquoi, malgré un statut d’assistante parlementaire accréditée ayant obligation de résider à Bruxelles et percevant pour cela une prime de dépaysement, n’a pas cru bon de passer plus d’une douzaine d’heures au Parlement entre octobre 2014 et août 2015. Une histoire d’intention peut-être ? Tel semble être l’étroit sentier que Le Pen et ses voisins de banc vont essayer d’arpenter les cinq prochaines semaines.
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Certes rien n’a encore filtré sur la stratégie de la défense. Mais l’attitude piteuse des prévenus tranche avec la morgue de l’automne 2024. Plus question, cette fois, d’expliquer la politique aux juges tout en les accusant de faire de la politique. Les rares confidences que l’on réussit à glaner dans les somptueuses galeries du palais laissent entendre que personne n’a l’air trop pressé de rechausser les gros sabots populistes. Ainsi, l’idée que la justice ne serait pas compétente pour juger des élus européens, au nom de la séparation des pouvoirs, aurait été abandonnée, au grand soulagement des conseils. «C’était encore en débat la semaine dernière, mais personne n’avait l’air trop emballé, sachant qu’il y avait peu de chances que ça marche et beaucoup que ça énerve les juges», lâche une source. Sans trop en dire, une autre confirme une volonté d’«infléchissement».
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Orchestre bien accordé
A condition que tous les violons s’accordent. Ce n’était pas l’impression donnée par Bruno Gollnisch à la sortie de son taxi, vers midi. Même malice dans le regard, même vanne bidon sur la valise de dossiers qu’il traîne derrière lui – «Si j’avais dû tous les emporter avec moi, il m’aurait fallu venir avec deux ou trois camions.» Mêmes vitupérations, aussi, contre une justice «absolument politique dans son principe, partisane et assez indigne». Un autre vieux de la vieille, Fernand Le Rachinel, imprimeur à l’époque du père Le Pen, eurodéputé entre 2004 et 2009, a expliqué à la cour qu’il n’avait «jamais commis d’infraction de sa vie» et qu’être condamné, dans un petit village de province, ce n’était pas la même chose qu’à Paris, rapport à la réputation. Deux possibles casseroles dans l’orchestre bien accordé des prévenus.
L’ambiance part de toute façon pour être un poil plus solennelle qu’au tribunal judiciaire de la Porte de Clichy. Ici, les plafonds surchargés, les lustres massifs et les tapisseries passées narrant des scènes bibliques, poussent à une romaine gravité. «Ça fait un peu arène», admet l’un des prévenus, Timothée Houssin, aujourd’hui député de l’Eure. «C’est plus chaleureux», trouve son compagnon de banc, l’expert-comptable Nicolas Crochet. C’est une question de point de vue.
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